C’est avec gravité que la Vᵉ République perd aujourd’hui un Homme d’État, un homme de rigueur et de conviction. Homme de lettres, d’esprit et de principes, Lionel Jospin avait fait de la méthode une vertu et de la clarté une exigence. Il incarnait cette politique qui refuse l’outrance pour lui préférer le respect du contradicteur et la dignité du débat. J’ai découvert, au fil d'une cohabitation exigeante mais respectueuse, un homme ouvert à la confrontation des idées et des visions, capable de travailler sans anathèmes pour faire avancer l'intérêt général. Nous partagions ce même souci de l’équilibre juste et de nous rendre utiles aux Français. Ministre de François Mitterrand puis Premier ministre de Jacques Chirac, porte-voix d’un Parti socialiste qui mettait en actes sa pensée, il emporte avec lui l’élégance d’une époque où la politique avait encore à cœur d’être utile. J’adresse mes pensées à ses proches, à ceux qui l’aimaient, comme à la famille socialiste qui perd une boussole et une sentinelle. Dominique de Villepin ©️ Lionel Jospin, à Paris, le 5 Février 2010. Bruno Levy pour Le Monde.