ONE HEALTH : L'HEURE DE VÉRITÉ Nous vivons une heure de vérité. Le monde se fragmente. Les conflits s’étendent. Les rapports de force s’imposent. Le multilatéralisme recule. Et dans ce basculement du monde, une évidence devrait s’imposer à tous : la santé mondiale n’est pas une cause secondaire, encore moins un luxe pour temps calmes. Elle est au cœur de la sécurité des peuples, de la stabilité des nations, de la paix entre les continents. Car qu’est-ce qu’une pandémie, sinon une crise totale ? Elle désorganise les économies, déstabilise les États, fracture les sociétés, nourrit les peurs, affaiblit la confiance démocratique. Qu’est-ce qu’un système de santé abandonné et qui périclite, sinon une société livrée à la vulnérabilité ? Investir dans la santé mondiale, c’est protéger les peuples. C’est prévenir le chaos. C’est défendre l’avenir. C’est pourquoi je suis convaincu qu’il est indispensable de défendre une approche ambitieuse qui réaffirme que la santé de l’être humain est une et indivisible et qui s’appuie sur l’unité du vivant, sur l’interdépendance entre santé humaine, santé animale et santé environnementale. C’est l’approche « One Health ». Nous vivons une contradiction insupportable. Emmanuel Macron veut mettre en scène à Lyon, aujourd’hui mardi 7 avril, un grand sommet sur le One Health. Comment prendre cela au sérieux alors que, dans le même temps, la France affaiblit les instruments concrets, éprouvés, efficaces, du combat pour la santé mondiale ? On ne peut pas célébrer la santé du vivant dans les discours, et reculer sur les financements qui sauvent effectivement des vies. On ne peut pas invoquer la solidarité internationale à la tribune, et laisser planer le doute sur l’engagement de la France envers les grandes institutions multilatérales de santé. La France devrait être à l’avant-garde de ce combat. Parce qu’elle a une histoire. Parce qu’elle a une voix. Parce qu’elle fut, avec Jacques Chirac, l’un des grands artisans du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme et d’Unitaid. Elle avait su alors montrer que la solidarité n’était pas une faiblesse, mais une forme supérieure de puissance. Elle avait compris que la santé mondiale n’était pas un supplément d’âme, mais un intérêt stratégique majeur. Aujourd’hui, au contraire, que voyons-nous ? De l’hésitation. De l’ambiguïté. Du recul. Et derrière les mots, la réalité d’un désengagement qui est une faute morale autant qu’une erreur géopolitique. Voilà pourquoi ce sommet de Lyon ne doit pas être un sommet pour la galerie. Il ne doit pas être une cérémonie de plus, un décor de plus, un instant de communication de plus. À quoi bon parler d’action, si l’on ne décide rien ? À quoi bon invoquer le multilatéralisme, si l’on ne lui donne pas les moyens d’agir ? À quoi bon se réclamer de One Health, si l’on n’assume pas les conséquences budgétaires, diplomatiques et stratégiques d’une telle ambition ? La vérité est simple : la France ne peut pas prétendre défendre sa souveraineté, son influence, son rang, et dans le même temps abandonner son leadership sur la santé mondiale. Car le Fonds mondial, comme les autres grands outils de coopération sanitaire, n’est pas une abstraction bureaucratique. C’est une digue. C’est un levier. C’est une protection concrète contre la maladie, contre l’effondrement des systèmes de santé, contre le retour des grandes déstabilisations sanitaires. Face à la montée des périls, il faut moins de communication et plus de fidélité. Moins de scénographie et plus d’engagement. Moins de sommets d’apparat et plus de décisions. Si Emmanuel Macron veut que ce sommet de Lyon n’apparaisse comme un sommet de plus, ou pire, un sommet pour rien, alors qu’il annonce clairement le rétablissement d’un effort français à la hauteur de notre histoire, qu’il confirme sans ambiguïté notre engagement auprès du Fonds mondial et dans l’aide au développement. Il n’est pas trop tard. Le sommet de Lyon peut être celui d’une France qui redevienne la nation qui agit, la nation partenaire, la nation humaniste qui protège, la nation qui tient parole. Dominique de Villepin ©️ Hilma af Klint - The Ten Largest No. 3 - Youth - 1907.