Une liste noire ? Vraiment ? Délit de lèse-majesté, délit d’opinion ou délit de mutinerie culturelle : du livre au cinéma, l’empire Bolloré contre-attaque. Quand le premier financeur du cinéma français laisse entendre qu’il ne travaillera plus avec des artistes, producteurs ou techniciens parce qu’ils ont signé une tribune critique, ce n’est plus seulement une querelle professionnelle. C’est un signal d’alarme démocratique. La culture française ne peut pas vivre sous surveillance. Elle ne peut pas dépendre du bon plaisir d’un actionnaire, d’un groupe, d’un pouvoir économique ou idéologique. Elle est faite d’irrévérence, de liberté, de désaccords, d’expériences, de voix discordantes. La création commence précisément là où l’obéissance s’arrête. Après la presse, l’édition, la télévision, la radio, voici le cinéma sommé de rentrer dans le rang. À cette vitesse, ce n’est plus une bataille sectorielle : c’est une bataille pour l’imaginaire français. Alors oui, il est temps que l’alliance rebelle s’organise : artistes, auteurs, producteurs, techniciens, libraires, éditeurs, journalistes, spectateurs, citoyens. Tous ceux qui croient que la culture n’est pas une annexe de la puissance financière, mais un bien commun de la Nation. 2027 sera aussi le rendez-vous de la culture française. Car une France qui laisse mettre au pas ses créateurs est une France qui renonce à parler librement au monde. Dominique de Villepin ©️ Détail de l’oeuvre sur toile de Francis Bacon. “Étude d’après le portrait du pape Innocent X de Velázquez”, 1953.