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Dominique de Villepin

2026-06-04 22:07 original

Monsieur Bardella, parlez clairement. Lorsque vous attribuez les violences qui ont suivi la victoire du PSG à « l’immigration », qui visez-vous exactement ? Des étrangers ? Ou bien ces Français nés ici, élevés ici, scolarisés ici, mais dont le nom, le quartier, la couleur de peau ou la religion supposée suffiraient, à vos yeux, à les rendre suspects ? La vraie question est là : à partir de quand est-on pleinement français ? À la deuxième génération ? À la troisième ? À la quatrième ? Faut-il répondre à une condition d’origine, d’apparence ou de croyance pour être reconnu comme un enfant légitime de la République ? Je condamne sans réserve les violences, les pillages, les attaques contre les forces de l’ordre. Ceux qui ont cassé doivent être sanctionnés. Ceux qui ont pillé doivent être jugés. Ceux qui ont frappé doivent être condamnés. La République doit faire respecter la loi, partout, pour tous, sans faiblesse. Mais la République juge les actes. Elle ne juge pas les origines. Elle ne transforme pas une faute individuelle en culpabilité collective. Elle ne confond pas un délinquant avec une communauté, ni un Français avec un étranger parce que son visage, son nom ou son histoire familiale dérangent certains. Voilà ce qui nous sépare. Vous prétendez rétablir l’ordre, mais vous installez le soupçon. Vous prétendez défendre la nation, mais vous introduisez entre les Français une hiérarchie invisible : ceux qui seraient français sans discussion, et ceux qui devraient sans cesse prouver qu’ils le sont assez. Cette logique n’est pas républicaine. Elle appartient au vieil héritage de l’extrême droite française : celui qui trie, qui désigne, qui exclut ; celui qui, depuis les pages les plus sombres de notre histoire, nourrit les réflexes xénophobes, racistes et antisémites contre l’idée même d’une France humaniste et universelle. La France n’est pas une couleur de peau. Elle n’est pas une religion. Elle n’est pas un nom de famille. Elle n’est pas une généalogie. La France est une volonté commune, une loi respectée, une histoire partagée, une promesse tenue. Et cette promesse est simple : nul Français ne doit être regardé comme moins français qu’un autre. L’ordre véritable n’est pas l’ordre du soupçon. C’est l’ordre républicain : ferme contre les coupables, juste envers chacun, fidèle à l’unité nationale. Dominique de Villepin ©️L'Équipe