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Dominique de Villepin

2026-06-07 21:21 original

Je veux vous parler d’un roman qui commence comme une histoire d’amour et finit en méditation sur le temps : « Le Musée de l’innocence » d’Orhan Pamuk. Istanbul, des années 1970 aux décennies suivantes. Salons, codes, pudeurs, mensonges, une ville où l’on s’aime sous le regard des autres. Kemal est promis à Sibel. Puis surgit Füsun. La passion éclate. Elle est choc, obsession, bonheur comme une fulgurance, puis la peur, puis la perte. L’innocence du titre, c’est celle du moment, cet instant où l’on croit encore que le bonheur peut durer. C’est celle d’un homme qui collectionne chaque fragment de son amour dans une ville et une société qui changent. L’amour est un travail de mémoire. Les objets sont les archives de la vie. La société fabrique des tragédies intimes. Enfin, la nostalgie peut devenir une œuvre Voilà les leçons de ce livre, et à le lire on comprend que la modernité n’est pas seulement un progrès ; elle est aussi une disparition. L’innocence est fragile, et Pamuk en fait une manière d’habiter la vie. Là où le Taj Mahal élevait l’amour dans un palais de marbre, lui l’enferme dans un palais de poussière.