Le pouvoir n’est pas diminué lorsqu’il se laisse atteindre. Il est diminué lorsqu’il prétend ne rien sentir. Cette leçon, nous la devons à Georges Pompidou. Le 22 septembre 1969, à l’issue d’une conférence de presse, le Président Pompidou est interrogé sur l’affaire Gabrielle Russier, cette professeure de lettres qui, après sa condamnation pour avoir entretenu une relation avec un élève mineur, s’est donné la mort. Face à ce drame, Pompidou aurait pu se réfugier derrière l’indépendance de la Justice, choisir de rester muet, de rappeler la réserve qui s’impose au chef de l’Etat. Il fait un autre choix. Il cite Éluard. « Comprenne qui voudra / Moi mon remords ce fut / la victime raisonnable / au regard d’enfant perdue / celle qui ressemble aux morts » Remords. Tout le non du Président Pompidou tient dans cette retenue. Non à la réponse automatique. Non à la froideur correcte. Non à la société qui juge sans mesurer ce que son jugement produit. Non à l’affaire refermée comme un dossier lorsque demeure une morte. Ce non passe par un silence, par un vers, par un mot. Voilà ce qui lui donne sa force. Pompidou n’a pas réparé l’irréparable. Il n’a pas prétendu le faire. Il a trouvé, devant la mort de Gabrielle Russier, le mot qui empêche une société de s’endurcir : remords. Non pas comme une condamnation, mais comme le commencement d’une vigilance, d’une attention fraternelle à l’autre.