Il y a dix ans, ce soir-là, la fête nationale s’est achevée dans le deuil sur la promenade des Anglais. Quatre-vingt-six personnes ont été tuées. Quinze d’entre elles étaient des enfants. Plus de quatre cents autres personnes ont été blessées. Et beaucoup d’autres, ce soir-là, ont vu l’horreur en face - ce que personne ne devrait avoir à voir - et vivent encore avec. Dix ans ont passé. Certaines blessures se voient. La plupart, non. On ne voit pas les nuits sans sommeil, les cauchemars qui reviennent, la peur qui monte sans raison un soir d’été, au milieu de la foule. On ne voit pas les enfants qui ont grandi avec cela au fond d’eux, sans l’avoir choisi. On ne voit pas les mères qui ont dressé la table pour quelqu’un qui ne rentrera pas. Rien de tout cela ne se referme parce que dix ans ont passé. Il n’y a pas de délai au terme duquel on doit aller mieux. Nous n’avons rien à leur demander. Nous avons seulement à être auprès d’eux : à les écouter, à ne pas fermer l’oreille, à ne pas détourner le regard. Ce soir, à 22 h 34, à l’heure où quatre-vingt-six faisceaux s’élèveront de la Promenade vers le ciel, soyons avec eux, par le cœur et par la pensée. Pour les quatre-vingt-six. Pour leurs familles. Pour ceux qui ont survécu et qui n’en parlent pas. Ils étaient de Nice et d’ailleurs, français et étrangers, croyants et non-croyants. Ils étaient venus voir un feu d’artifice avec leurs enfants. Ils ne demandaient rien de plus que le bonheur d’une fête nationale partagée. Et cela, pour toujours, nous lie à eux. Nous ne les oublions pas. Dominique de Villepin ©️ Photo : AFP / Valery Hache.