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Dominique de Villepin

2026-07-17 21:03 original

Nous avons tous, quelque part, un poulailler à traverser. Voilà la leçon d’une petite fable, une fabulette, que François Mitterrand aimait raconter, une histoire de presque rien, quelques personnages, une scène de campagne. Et comme souvent dans les vraies fables, ce presque rien contient une grande leçon sur la vie. Il y est question d’un fou, d’une ferme et d’un poulailler. Et dans cette histoire, les poules sont l’opinion, la rumeur, les étiquettes qui collent à la peau. Elles sont cette part du monde qui ne vous connaît qu’à travers votre ancienne faute, votre ancienne peur. l’image qu’elle s’est faite de vous et qu’elle refuse d’abandonner. Notre époque est pleine de poulaillers. Elle archive tout, répète tout, exhume tout. Elle parle de pardon mais ne sait plus toujours tendre la main. Qui n’a pas son grain de blé ? Qui n’a jamais échoué, été malade, pauvre, rejeté ou humilié ? Pour soi-même, la fable dit : ne restez pas prisonnier de l’ancienne peur. Même si les poules s’agitent, avancez. Même si le monde tarde à comprendre que vous avez changé, avancez. Pour les autres, elle dit : ne soyez pas les poules. Ne réduisez pas un être à ce qu’il a été. Laissez au temps, à la vérité et à la réparation, la possibilité de faire leur œuvre. Pour la politique enfin, elle rappelle qu’une République doit juger, sanctionner lorsque c’est nécessaire, mais aussi permettre le relèvement. Il faut apprendre à se guérir. Et surtout, il faut apprendre à ne pas picorer éternellement les blessures des autres. Car un monde où les hommes, même guéris, devraient encore trembler devant les poulaillers, serait inhabitable.