L’attalisme est donc un autoritarisme subversif et surexcité. Voilà ce que l’on apprend dans son entretien en une du JDD - drôle de choix estival pour livrer son programme sur des sujets aussi importants que la justice, la sécurité ou l'immigration quand on connaît les options politiques de ce média. L’attalisme est donc au droit constitutionnel ce que la musculation est à l’athlétisme. Subversif d’abord, parce qu’il ne croit pas aux règles. Quand certains veulent aller à 50, ou d’autres à 80 (Édouard Philippe aura compris le clin d’œil amical), lui jure qu’il ira à 140. Il nous promet de ne pas respecter les limitations de vitesse. Ce n’est pas anecdotique mais un mépris fondamental des codes. Il veut nous libérer du code de la route (qui sauve des milliers de vies chaque année) comme il voudrait nous libérer du droit international qui ne sert que les méchants ou du droit du travail qui empêche paraît-il le droit au travail. Autoritarisme car ces propositions ouvrent à une pratique très verticale d’une présidence de la République déjà profondément désaxée par dix ans de macronisme. En cela il est bien le premier et peut être le dernier de ses apôtres. Des référendums à choix multiples ? On ne sait trop ce qu’il faut entendre par là, mais cela semble dessiner le renoncement au fait majoritaire. Un président pourra gouverner sans Parlement en s’appuyant sur une minorité solide dans le pays, s’imposant à la majorité. Il y a là une certaine créativité ! Un « spoils system » à la française? Politiser encore davantage la haute administration alors que la fonction publique, à tous les niveaux, est ce qui tient encore le pays ensemble avec les services publics? Quelle tentation d’apprenti sorcier. D’autant que le système américain et les nominations de Donald Trump sont un éclatant gage de succès. Le Président de la République française pratique d’ailleurs lui aussi le jeu des dépouilles au sens strict depuis un an avec des nominations de complicité à la Cour des comptes, à la Banque de France ou comme Défenseur des droits. On en voudrait donc encore plus ? 100000 fonctionnaires en moins, c’est le vestige d’un sarkozo-macronisme historique. Le plaisir de répéter avec dévotion des politiques qui n’ont pas marché mais qui ont, il est vrai, rapporté des voix. Immature et même surexcité enfin parce que ces mesures bricolées laissent dubitatif sur bien des points. C’est un fantasme d’étudiant en droit constitutionnel qui, plein de ressentiment envers la complexité, se rêve Premier consul. Le « silence vaut accord » automatique au bout de deux mois ? Une fausse bonne idée typique qui va conduire l’administration à dire non tout de suite et à tout, de crainte d’être submergée par des récriminations ultérieures. 350 députés ? Je comprends le désir de réduire une assemblée bruyante mais il faut mesurer qu’en retaillant ainsi les circonscriptions on va favoriser inévitablement les grands centres urbains. Les populations rurales, elles, n’auront quasiment plus de députés en propre. Est-ce vraiment cela une juste représentation nationale? Avec ce système au moins deux départements n’auraient plus de député et dans les dix ans neuf peut-être. Gouverner et réformer sont des tâches longues, complexes et graves. Cela demande du respect pour la loi, du respect pour l’expérience et du respect pour la démocratie. Dominique de Villepin