Cinq ans jour pour jour après la chute de Kaboul aux mains des talibans, je veux parler des femmes d’Afghanistan. Celles qui apprennent à lire en cachette à leurs filles privées d’école. Celles que l’on efface de l’espace public, à qui l’on interdit d’étudier, de travailler, et jusqu’à faire entendre librement leur voix. Il y a un siècle, la reine Soraya ouvrait à Kaboul l’une des premières écoles de filles du pays, défiait publiquement l’obligation du voile et envoyait de jeunes Afghanes étudier à l’étranger. Je veux lui rendre hommage parce que son combat demeure. La première leçon de la reine Soraya, c’est que tout commence par une école. La deuxième, c’est qu’une nation qui écarte ses femmes s’ampute d’elle-même. La troisième, enfin, c’est qu’aucun droit n’est jamais définitivement acquis et qu’un « non » peut traverser un siècle. La France a une responsabilité. Elle doit refuser toute normalisation avec les talibans qui se paierait de l’oubli des femmes. Elle doit protéger celles qui fuient, soutenir celles qui résistent, ouvrir davantage ses universités à celles qui veulent apprendre. Elle doit porter, avec ses partenaires, la reconnaissance de l’apartheid de genre par le droit international, pour que cette oppression ait un nom et puisse être jugée. En ce 15 août, cinq ans après la chute de Kaboul, je veux dire aux femmes d’Afghanistan : la France ne vous oublie pas. Le combat de Soraya continue dans les vôtres. Votre « non » nous oblige. Et l’histoire, qui a retenu le nom de Soraya, retiendra les vôtres.