La disparition d’Yvette Roudy laisse un vide dans l’histoire Française. À 97 ans, elle laisse derrière elle un parcours hors du commun, celui d'une femme libre qui n’a jamais cessé de se battre pour que toutes les femmes le soient. Fille d’un ouvrier invalide de guerre et orpheline d’une maman disparue lorsqu'elle avait 12 ans, elle quitte l'école très jeune pour travailler comme dactylographe. Mais ce besoin d'émancipation, pour elle et pour les autres femmes, est plus fort que tout et la pousse au dépassement. Elle apprend l'anglais par correspondance, révise le soir pour décrocher à 26 ans son baccalauréat en candidate libre. Elle s'engage aux côtés de Colette Audry au Mouvement démocratique féminin et prend la tête de la revue La Femme du XXe siècle. En 1964, c'est elle qui traduit pour la première fois en français l'ouvrage fondateur de Betty Friedan, La Femme mystifiée. Mai 1981. François Mitterrand la nomme à la tête du tout premier ministère des Droits de la femme. Elle obtient le remboursement de l'IVG par la Sécurité sociale, droit jusqu'alors réservé à celles qui pouvaient se le permettre, fait voter la loi de 1983 sur l'égalité professionnelle et pose les bases du combat pour la parité. Son combat est celui de l’émancipation, et je veux saluer aussi son engagement pour la valorisation de la pratique théâtrale à l’école ; l’art est une voie vers l'amélioration de l'esprit et le progrès de l’humanité. Saluer sa mémoire aujourd'hui, alors que des droits que l'on pensait inaliénables redeviennent fragiles, c'est faire la promesse de défendre toujours ce qu'elle a mis une vie à bâtir. Dominique de Villepin ©️ Yvette Roudy, le 6 avril 1984. | Julien Cassagne / AFP