Peu de gestes rassemblent encore la France comme la rentrée des classes. Partout, à la même heure, dans les écoles de nos villes et de nos villages, 11,6 millions d’élèves, avec leurs enseignants, vivent aujourd’hui le même rite de passage républicain. Je me souviens de cette journée où naissent des souvenirs pour la vie. Le cartable préparé la veille et posé près de la porte. Le nom écrit sur la première page du cahier. Le petit écriteau portant son prénom sur la table. Le choix du vêtement, la fébrilité au moment de chercher sa classe sur la porte de l’école. À tous ceux qui retrouvent aujourd’hui le chemin de l’école, du collège, du lycée, je veux dire ma fierté et mon engagement. Ma fierté, parce que chacun de ces enfants porte en lui une part de notre avenir commun. Fierté pour leurs enseignants, qui reprennent ce matin l’un des plus exigeants de nos métiers, souvent sans les moyens, souvent sans la reconnaissance. Fierté pour ces parents qui accompagnent leurs enfants sur le chemin qui les fera grandir. L’école a fait la République et la République a fait l’école. Mais cette promesse, aujourd’hui, se brise. Près de quatre élèves sur dix entrent en sixième sans atteindre le niveau attendu de fluence en lecture. Au collège, nos classes comptent parmi les plus chargées d’Europe. Et, malgré le regain enregistré cette année aux concours, la crise d’attractivité du métier d’enseignant reste profonde. Nous avons laissé l’école devenir un marché des places, des études, de l’avenir. Et sur un marché, ce sont toujours les mêmes qui gagnent. Mon engagement est de rompre avec cette résignation. D’abord, la priorité absolue au primaire, parce que tout se joue avant onze ans et que la France dépense encore davantage pour un lycéen que pour un écolier. Je rééquilibrerai les moyens en faveur des premières années, avec moins d’élèves par classe à l’élémentaire et les savoirs fondamentaux garantis à chaque enfant de la République, adossés à un véritable apprentissage des savoir-faire pratiques, de l’art à l’artisanat. Ensuite, remettre l’enseignant au cœur de l’école : revalorisation des rémunérations, parcours de carrière, vraie formation, vrai collectif de travail. Et recruter de nouveaux hussards noirs de la République, venus des quartiers populaires, des campagnes, mais aussi de ceux qui choisissent d’enseigner au cours d’une seconde carrière. Exiger aussi davantage de mixité de l’enseignement privé sous contrat, puisqu’il reçoit de l’argent public et doit prendre sa part de l’effort commun. L’argent public ne peut financer l’entre-soi. Protéger enfin l’école : du harcèlement, de la course à la performance qui épuise trop tôt, mais aussi des réformes successives qui la désorientent. L’urgence est à un pacte de stabilité scolaire : une grande loi en début de mandat, une direction claire, puis le temps de l’appliquer, de l’évaluer et de la corriger sans tout recommencer chaque année. Une école qui forme des personnes entières, avec une tête, un cœur et des mains. Voilà ce que je veux pour nos enfants. Bonne rentrée à chacune et à chacun. Dominique de Villepin ©️ Alexandre Marchi / L’Est Républicain