Le Sommet international sur l’espace organisé aujourd’hui et demain par la France est une belle initiative. Mais il ne rencontre pas encore l’élan politique que l’enjeu aurait exigé. Après neuf ans de diplomatie d’Emmanuel Macron, l’idée s’est installée que la France parle beaucoup mais agit trop peu. Quelques jours auparavant, Donald Trump revendiquait symboliquement la Lune pour les États-Unis, tandis que son administration fixait l’objectif de plus de 1 000 lancements et rentrées spatiales par an d’ici 2030. L’espace est la dernière frontière. S’y joue déjà une part croissante de notre avenir : communications, infrastructures numériques, connaissance scientifique, énergie, sécurité et rivalité des puissances. Mais surtout, l’espace est la dernière frontière de l’universel. Depuis plus d’une décennie, une course à la conquête, à l’appropriation et à l’exploitation de l’espace et des corps célestes est engagée. Elle met à l’épreuve le traité de l’espace de 1967, l’un des grands textes universels de l’après-guerre, qui affirme que l’espace doit être librement accessible à tous et interdit toute appropriation nationale de la Lune et des autres corps célestes. Depuis une décennie, pourtant, des législations nationales, à commencer par le SPACE Act américain de 2015, ont ouvert la voie à l’appropriation privée des ressources extraites de l’espace. Les États-Unis considèrent cette exploitation compatible avec le traité ; d’autres y voient une brèche dans son principe de non-appropriation. Le « space-trumpisme » n’a fait qu’accélérer une tendance plus ancienne : faire précéder le droit par le fait accompli. L’Europe doit mener la bataille pour un espace libre. C’est une bataille vitale pour sa propre liberté et pour sa souveraineté. C’est d’abord une bataille juridique. La France doit réexaminer sa participation aux accords Artemis et, surtout, porter avec ses partenaires européens une doctrine autonome de l’espace. Les accords Artemis proclament leur fidélité au traité de 1967, mais organisent autour des États-Unis des règles nouvelles concernant l’exploitation des ressources et les zones de sécurité. La France ne peut se contenter d’adhérer à des normes élaborées ailleurs. Elle doit reprendre l’initiative multilatérale. Nous devons pour cela renforcer le Bureau des affaires spatiales des Nations unies et proposer d’en faire progressivement une véritable autorité internationale de régulation, capable d’assurer la transparence des activités, l’enregistrement, la surveillance et, demain, des formes d’inspection dans l’espace extra-atmosphérique. Aujourd’hui, l’UNOOSA demeure avant tout le secrétariat du dispositif multilatéral onusien consacré aux usages pacifiques de l’espace. C’est ensuite une bataille technologique. Depuis des années, malgré nos talents et nos acquis, l’Europe perd du terrain, en partie à cause de ses divisions. Les rivalités franco-allemandes et la fragmentation des investissements affaiblissent aujourd’hui notre capacité collective, alors même que SpaceX domine le lancement commercial et que la Chine accélère. Il est temps de redonner une impulsion politique et des moyens communs à l’Agence spatiale européenne. C’est enfin une bataille économique. Nous devons retrouver le chemin d’une coopération européenne efficace pour soutenir nos lanceurs, nos satellites, nos industriels et nos nouveaux acteurs du spatial, d’Arianespace aux entreprises qui inventent aujourd’hui le spatial européen. Car la question est désormais simple : voulons-nous que l’espace devienne le prolongement des rapports de force terrestres, ou l’un des derniers lieux où l’humanité peut encore décider d’une règle commune ? Dominique de Villepin ©️ Sophie Adenot, ici le 18 août lors d’une sortie dans l'espace - Esa/Nasa