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Dominique de Villepin

2026-11-04 19:20 original

Un tour de scrutin de plus de gagné. Le grand référendum global pour la démocratie et les libertés avance. Après le Brésil qui a maintenu à la présidence Lula, après Israël où le gouvernement Netanyahou a perdu sa majorité, parce que les partis des Arabes-Israéliens se sont mobilisés pour que leur voix compte, les Etats Unis ont infligé un revers cinglant à Donald Trump. Les prochains tours de scrutin ne sont pas loin – en Espagne, déjà, le 29 novembre, où le parti d’extrême droite Vox semble en passe d’élargir son électorat. Mais la « manche décisive », ce sera l’élection présidentielle française, qui décidera, dans l’un des berceaux de la démocratie moderne et en plein cœur de l’Europe agitée par les tentations identitaires, de l’avenir de la démocratie libérale, car c’est bien d’un changement de régime, ouvert ou masqué, qu’il s’agit. Alors tirons les leçons de ce scrutin. C’est un nouvel espoir qui lève, pour plusieurs raisons. Première leçon, ce ne sont pas seulement les Démocrates qui ont gagné, mais l’amour de la démocratie, tant Donald Trump avait fait de ces midterms un plébiscite sur sa personne, son action et surtout son discours incendiaire, désireux de passer au kärcher toutes les institutions de la stabilité séculaire. On peut même hasarder l’idée que le trumpisme a davantage perdu que l’opposition n’a gagné par ses seules forces. Certes, les Américains ont voté pour leur pouvoir d’achat malmené, et les Démocrates devront désormais tenir parole, mais la portée du vote est allée bien au-delà. Deuxième leçon, c’est la démocratie elle-même qui a gagné du fait même d’un vote clair et sans discussion. Les institutions et les garde-fous tiennent le choc. Depuis un quart de siècle et l’élection contestée de George W. Bush, les Américains se sont enfoncés dans une guerre de tranchéesinstitutionnelle sur le mécanisme du vote, entre « recounts » et débats parfois byzantins sur les machines à voter ou le vote par correspondance. Mardi 3 novembre, les Américains ont montré que la démocratie fonctionnait, car le scrutin s’est bien passé. Déjà dans les derniers mois, on a vu les contre-pouvoirs du pays des « checks and balances » reprendre leurs esprits, après la période de sidération et de résignation qui les avait gagnés après novembre 2024. Les tribunaux, la cour suprême elle-même, en dépit de sa majorité conservatrice, les Etats fédérés, la presse libre, les universités, tous s’efforcent désormais de sauvegarder l’héritage commun l’année même des 250 ans de leur Indépendance. Voilà sans doute un plus bel hommage à George Washington et aux Pères fondateurs que l’« arc de Trump » où le bassin réfléchissant de Washington. Troisième leçon, c’est la jeunesse qui a pris l’avant-garde de l’alternative. Les sondages sortis des urnes montrent que les basculements d’électorats les plus massifs ont été ceux des hommes de 18 à 29 ans avec un déplacement vers les Démocrates de 38% de l’électorat. Plus généralement c’est toute la jeunesse qui s’est surmobilisée (+32% pour toute la classe d’âge). C’est-à-dire la même GenZ qui manifeste aujourd’hui en France, en Italie et ailleurs en Europe. Face au risque démocratique, ils sont là pour bâtir une alternative et nous avons besoin d’eux pour porter un projet de renouveau républicain. Quatrième leçon, il y a un vent de renouveau sur la vie politique américaine. Quatre Etats ont pour la première fois élu un gouverneur noir en Géorgie, en Floride, au Wisconsin et au Nevada. Il n’y en avait eu que dans trois Etats jusqu’ici dans toute l’Histoire des Etats Unis. Un sénateur musulman a été élu, en dépit d’attaques racistes et islamophobes sans fard de Donald Trump. Le Texas lui-même a élu un sénateur démocrate, alors que quarante ans de règne sans partage des Républicains pouvaient laisser croire que le « Lone Star State » était devenu un Parti-Etat d’un nouveau genre. Cinquième leçon, rassurante elle aussi, l’argent n’achète pas tout. En dépit des moyens colossaux déployés, 11,6 milliards de dollars dépensés pour influencer la campagne, dont une très large majorité de fonds vers des candidats républicains, les électeurs n’ont pas obtempéré. Ils ont utilisé leur jugement et leur bon sens. Elon Musk l’a reconnu lui-même, après avoir dépensé 500 millions de dollars en fonds de campagne : « l'ingérence de [s]es lasers spatiaux dans les élections n'a pas fonctionné cette fois ». Mais dernière leçon, rien ne sera acquis pour la démocratie tant que ce référendum permanent ne prendra pas fin. Car après la France, c’est toute l’Europe qui risque de suivre et d’enkyster la tentation illibérale, en Pologne ou en Italie, voire de céder comme l’Allemagne de Friedrich Merz enfoncée dans une crise de leadership durable. Plus qu’un référendum permanent, c’est en réalité une roulette russe politique, dans laquelle chaque coup peut être mortel. On n’en finira de ce poison illibéral qu’en refondant nos démocraties libérales, en les enrichissant des exigences de l’époque, mieux entendre les peuples, redonner le contrôle sur la souveraineté, intégrer l’action de long terme pour accompagner les transformations sociales, économiques et technologiques nécessaires. On n’en finira qu’en faisant à nouveau de la démocratie libérale un régime désirable, durable et stable. Dominique de Villepin ©️ Carlos Barria / Reuters

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