Arnaud Danjean
Je ne ferai pas d'English bashing, même si le pessimisme est parfois de mise. Certains exemples sont là pour montrer que, quand nos voisins y trouvent leur intérêt, ils embrayent – ils sont d'autant moins disposés à prendre l'initiative que l'armée britannique se pose des questions quasi existentielles à propos de son intervention en Irak, puis en Afghanistan, et de sa relation privilégiée avec les Etats-Unis. J'en veux pour preuve l'opération Atalante, au départ une initiative volontariste franco-espagnole qui ne suscitait guère leur intérêt. Aujourd'hui qu'elle fonctionne, les militaires britanniques – le QG est à Northwood, et à sa tête un amiral britannique – se félicitent de participer à ce succès.
On verra bien si les échéances électorales britanniques changent la donne, mais, si les Français, les Allemands et même les pays d'Europe centrale et orientale prennent des initiatives qui intéressent la Grande-Bretagne sans la heurter de front, je n'exclus pas qu'on puisse l'y associer. De toute façon, il est inconcevable de faire quelque chose d'ambitieux en matière de défense européenne sans les Britanniques. On entend dire qu'eux aussi sont perturbés par le désengagement américain du continent européen. Ils seraient les seuls à croire encore à leur relation privilégiée avec les Etats-Unis, qui n'y accorderaient pas autant d'importance, et cela serait de nature à amener une évolution dans la pensée stratégique de nos voisins.
Mais, en matière de PESD, je crois à la valeur de l'exemple. Quand les opérations marchent, qu'elles sont légitimes et efficaces, elles ont un effet d'entraînement. C'est ainsi que nous avons amené les Polonais en Afrique, et même certains pays neutres à s'associer aux opérations de PESD, comme l'Autriche ou l'Irlande. Je prends peut-être mes désirs pour des réalités, mais il ne faut pas désespérer.
S'agissant de la lutte contre le terrorisme, qui est en tête des priorités de la stratégie européenne de sécurité, les déclarations de bonnes intentions sont nombreuses. Un « M. Antiterrorisme » a été nommé, mais il y a peu de résultats concrets. Il faut dire que le terrorisme relevait du troisième pilier, c'est-à-dire des affaires intérieures, ce qui créait des difficultés d'ordre institutionnel. Le traité de Lisbonne offre de plus grandes marges de manoeuvre, notamment dans le cadre de la politique de sécurité et de défense commune et de la clause de solidarité dont il est explicitement prévu qu'elle pourra s'appliquer en cas d'attaque terroriste contre l'un des Etats membres. Mme Ashton a les moyens de nous faire des propositions plus concrètes.
Pour la dissuasion, la question est franco-européenne puisque la dissuasion britannique est largement américano-britannique, sur un plan à la fois technique et politique. Je m'en tiens, en ce qui concerne notre pays, au discours de Cherbourg du Président de la Répbublique, qui laisse la porte ouverte à la dissuasion concertée. Au niveau européen, le sujet est extrêmement sensible parce que les appartenances nationales démultiplient les clivages politiques. Ceux qui privilégient le désarmement à tout prix, pour lesquels un débat sur la dissuasion n'est même pas envisageable, côtoient ceux qui considèrent que la dissuasion nucléaire et la protection antimissiles sont des sujets à traiter en bilatéral avec les Etats-Unis, encore que cette approche ait pris du plomb dans l'aile avec l'initiative de M. Obama. Mais, pour les Polonais, la présence de troupes américaines sur leur sol était une garantie autant économique que militaire. Il est très difficile de dégager une vue consensuelle sur ce que pourrait être une dissuasion à l'échelle européenne.
La nouvelle approche de l'administration Obama laisse une marge de manoeuvre à l'Union européenne pour la défense antimissiles. Si l'Union décide que le sujet ne concerne pas que les Etats-Unis et l'OTAN, et qu'elle a son mot à dire, elle a une carte à jouer dans les mois qui viennent, avant que la question ne revienne dans le giron de l'OTAN. La France est prête en tout cas. Les discussions avec les Russes sont concernées également. Par rapport à ce qui était envisagé initialement, c'est-à-dire un dispositif tourné contre d'éventuels missiles iraniens, le débat a changé puisqu'il s'agit désormais de dissuasion stricto sensu : on fait l'hypothèse que les missiles iraniens ne seront pas des missiles balistiques classiques. Au Parlement européen, le débat est très difficile à mener à vingt-sept. Nous profiterons de la révision du traité de non-prolifération pour interroger la Commission et le Conseil à la session plénière de février.
La source —
nosdeputes
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Arnaud Danjean
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(La prise de parole ci-dessus)
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Arnaud Danjean
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