Arnaud Danjean
S'agissant de la question de la défense de l'Europe, nous enregistrons, malgré tout, quelques progrès.
Le changement de terminologie, tout d'abord, n'est pas neutre. On passe de la PESD – politique européenne de sécurité et de défense – à la PESC – politique étrangère et de sécurité commune. La notion de sécurité commune introduit un élément de cohérence plus fort.
Le passage d'une défense conçue comme la projection de forces dans un cadre de gestion de crise à une politique de défense du territoire européen ne peut que résulter de la volonté politique des vingt-sept Etats de l'Union européenne.
Ceux qui veulent aller un peu trop vite dans cette direction se heurtent à de fortes résistances de la part de ceux qui ne sont pas encore prêts, mais la situation est en train d'évoluer grâce à deux éléments nouveaux.
Le premier est, comme je l'ai déjà indiqué, le fait que les Américains ont renoncé à installer un bouclier antimissiles en Pologne et en République tchèque, ce qui est perçu comme un désengagement stratégique américain en matière de défense du territoire européen. Même s'il s'agit plus d'un redéploiement technologique et géographique que d'un véritable abandon de projet, cela tend à faire évoluer la position de pays qui étaient jusqu'alors réticents à envisager la défense du continent européen dans un cadre européen.
Le second élément tient au développement d'actions plus spécifiques, telle la surveillance maritime. Après la Baltique, où cette surveillance commune est assez « simple », elle devrait se développer progressivement en Méditerranée. Ces dispositifs de sécurité créent de vraies synergies et conduisent à avoir une conception commune et géographique de défense d'un territoire par rapport à des phénomènes de criminalité – trafic de stupéfiants ou encore flux migratoires illégaux. Ce que les Grecs tentent de promouvoir au niveau méditerranéen, l'Espagne va sans doute vouloir le promouvoir de manière plus ambitieuse au cours de sa présidence de l'Union. C'est une des briques par laquelle on construit la « maison commune » en matière de défense du territoire européen.
La sous-commission « Défense et sécurité » du Parlement européen a toute liberté pour parler de ces sujets. Elle est d'ailleurs majoritairement constituée de représentants de pays d'Europe centrale et orientale. Ce qui pourrait constituer un handicap représente une vraie chance car ce sont des gens qui, en matière de défense et de sécurité, ont une vraie expertise, un vrai intérêt et un vrai appétit.
Je déplore que nous ne soyons que deux Français dans cette sous-commission, M. Vincent Peillon et moi-même. C'est dommage parce que nous traitons de vrais sujets. En tout cas, j'estime comme vous, Monsieur le président, que les questions de défense et de sécurité seront la prochaine frontière que l'Union européenne aura à dépasser s'agissant de son projet collectif et de son ambition politique.
La sous-commission compte nombre de Polonais, de Baltes, de Hongrois et de Roumains. Tant mieux, dirai-je, si cela permet de les « agréger » à nos conceptions franco-allemandes en matière de défense européenne. Il est possible, par les opérations extérieures (OPEX), de les intéresser à une définition plus ambitieuse de la défense de l'Europe.
Cela étant, je dois reconnaître que la notion de défense du territoire européen n'est encore qu'au stade embryonnaire. Le traité de Lisbonne nous dote cependant de deux outils nouveaux – l'assistance mutuelle et la clause de solidarité – qui nous permettent d'avancer dans cette voie.
Si l'on ne peut que faire le constat, Monsieur Voisin, de la modestie des avancées en matière de défense européenne au niveau parlementaire, de nombreux progrès ont été accomplis au niveau de la Commission et du Conseil dans les autres domaines. Une mécanique est indéniablement en marche.
L'intervention en Afghanistan fournit un exemple des tensions qui règnent entre les pays membres de l'Union et des contradictions potentielles de la défense européenne. Elles apparaissent de façon d'autant plus criante que c'est le dossier d'actualité majeur.
Un débat a eu lieu, la semaine dernière, au Parlement de Strasbourg sur l'Afghanistan. Un plan d'action a été élaboré par le Conseil et a été adopté. Mais cela reste des déclarations de bonnes intentions. Quand on additionne la contribution financière de l'Union européenne, qui est la plus élevée, celles des Etats membres – que ce soit dans les domaines diplomatique, militaire, policier, économique et humanitaire – et celles, un peu disparates, de la Commission et de la mission PESDEUPOL, on ne peut que déplorer que les actions menées ne soient ni cohérentes ni bien coordonnées avec les Afghans eux-mêmes et avec l'OTAN.
A cause du problème chypriote et du problème turc, nous avons des difficultés considérables avec l'OTAN. Nous n'avons pas d'accord de sécurité avec ce dernier sur place permettant à nos personnels déployés dans la mission EUPOL de bénéficier de la logistique et de la protection de force de l'ISAF – International Security Assistance Force. C'est un frein pour atteindre la capacité maximale de 400 personnes, qui n'est quand même pas énorme. Mais, quand nous envoyons 150 gendarmes de la force de gendarmerie européenne – FGE –, ils n'opèrent pas dans le cadre d'EUPOL. Ils sont affectés à d'autres missions, associées à l'ISAF, en bilatéral, ce qui est dommage. En matière de coordination, de cohésion, de rationalisation, on peut espérer que le Service d'action extérieure et la Haute représentante aux affaires étrangères, qui sera en même temps vice-présidente de la Commission, permettront de parvenir à une action un peu plus compacte.
Cela étant, nous atteignons les limites d'une Europe à vingt-sept Etats ayant tous des agendas différents sur ces questions.
La source —
nosdeputes
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Dans la séance, autour de cette prise de parole
C'est tout le dilemme !
Arnaud Danjean
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Arnaud Danjean
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Arnaud Danjean
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