- Monsieur le Président, Monsieur le Commissaire, ma région, le Languedoc-Roussillon, la Provence, tout le sud de la France, est à nouveau sinistrée par les inondations. Certes, nous avons bénéficié de la solidarité des pompiers allemands et italiens, mais la réalité, à l’instant où je vous parle, là, maintenant encore, est faite de centaines et de centaines de cadavres de taureaux, de moutons, que l’on ne peut pas encore aller récupérer dans les manades, dans les élevages, dans les fermes inondées.
La réalité, c’est quantité de petits villages, comme celui de Codole, dans le Gard: 98% des maisons sont détruites à sept jours de Noël, des centaines de familles sont sans maison, avec des réalités budgétaires concrètes. Il faut 700 000 euros pour un seul kilomètre de digue, 150 000 euros dans un petit village pour refaire la voirie, des millions d’euros pour reconstruire les bâtiments publics, les écoles, les salles polyvalentes, les stations d’épuration, les réseaux d’égouts. La réalité, dans un petit village, c’est 5 000 euros chaque jour pour nourrir les sans-abri, les services de sécurité, les familles, même les militaires qui assurent la garde pour éviter les pillages; c’est au moins 40 000 à 80 000 euros par maison sinistrée, et il y en a des milliers. C’est là l’essentiel. Que faire? Qui paie? Sur quel budget? Est-ce que ce sont les communes, la région, la France, l’Europe?
En théorie, Monsieur le Président, Monsieur le Commissaire, il y a des mécanismes de solidarité. Il y a même un principe de solidarité, à l’article 2 du traité. Il y a des mécanismes sur le papier: le FEDER, l’Objectif 2, le FEOGA-garantie qui a joué pour la vache folle, les avances directes pour les agriculteurs qui ont joué après les inondations d’août 2002, le programme 2000-2004 pour la protection civile et le Fonds de solidarité, tout nouveau. À ce propos, nous savons tous, Monsieur le Commissaire, mes chers collègues, que la rigueur des critères d’éligibilité à ce Fonds et que la modestie du milliard d’euros dont il est doté, qui a d’ailleurs déjà été englouti dans les incendies au Portugal ou dans les tremblements de terre en Italie, laissent mes compatriotes du Languedoc-Roussillon bien seuls à la veille de Noël.
Si, dans le cas qui nous préoccupe, on a vu arriver les flots, mais pas les euros, il faut au moins travailler pour le futur. D’abord, en finançant un système d’information en temps réel, qui n’existe pas puisque les maires n’ont pas été avertis. Il faut, de Lyon à Arles, à l’époque où nous vivons, avoir un système informatique électronique qui permette de suivre toutes les rivières, les digues, les canaux, les bras, les affluents du bassin du Rhône, en temps réel, et de prévenir les élus locaux en cas de danger. La province de Murcie, Monsieur le Président, en Espagne, l’a fait: on doit pouvoir le faire.
Mais l’essentiel est ailleurs. Au-delà de la prévention, de la reconstruction, des indemnisations, il faut voir que les inondations aquatiques cachent la réalité d’une inondation démographique. Les troisièmes âges de l’Europe du Nord, sans parler d’ailleurs des cadres de la région parisienne, viennent s’installer en Languedoc-Roussillon, en Provence, dans le Grand Sud. Il y a des emprises foncières, des imperméabilisations de sol, 150 000 hectares de vigne qui ont débordé, et voilà pourquoi, si votre fille n’est pas muette, elle est inondée. En plus, les troisièmes âges néerlandais, anglais, belge, européen du Nord vont devenir des quatrièmes âges et exiger chez nous des équipements sanitaires très lourds.
Pour conclure, la refonte des fonds structurels doit anticiper cette justice territoriale: dès lors que l’on transfère des populations du Nord au Sud, il faut transférer aussi les financements, sinon nous serions les Palestiniens de l’Europe, voyant des colonies de gens du troisième âge venus de l’Europe du Nord s’installer chez nous. Nous ne voulons pas être la Cisjordanie sinistrée en permanence de la France du Sud!
La source —
parlement_europeen
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