Philippe Hourcade
Il serait prétentieux de ma part de distribuer les bons et les mauvais points, mais je visais à la fois le dispositif législatif que vous avez adopté et les mesures réglementaires qui ont été prises ensuite. De cet ensemble – et je sais que les rédacteurs des textes ne sont pas les mêmes – sont nées beaucoup de difficultés. On le voit encore avec le texte réglementaire que le Gouvernement s'apprête à publier sur le chèque santé : il semble perturber jusqu'aux gestionnaires d'organismes paritaires, qui n'ont pas été associés à sa rédaction. Ce n'est pas la finalité poursuivie qui est en cause, mais je pourrais prendre d'autres exemples, comme le décret visant à garantir la transparence des appels d'offres des régimes de complémentaire santé dans les entreprises, qui est une vraie usine à gaz. Certes, on pourra se satisfaire de ce que, l'an prochain, l'ensemble des salariés soient couverts par des régimes obligatoires de complémentaire santé, mais cela a soulevé de nombreuses difficultés, qu'il faudra résoudre très vite pour ne pas trop morceler la société française. Enfin, vous avez créé une obligation pour les entreprises au 1er janvier 2016, mais il conviendra de définir les conditions de contrôle du respect de cette obligation, car rien n'est prévu pour le moment à cet égard. Or il convient d'éviter que des salariés se voient privés de cet avantage.
Je ferme la parenthèse sur ce point, mais les débats relatifs à la désignation des prestataires de complémentaire santé et la censure du texte par le Conseil constitutionnel n'ont pas facilité la mise en oeuvre d'un dispositif qui, certes, n'avait été décrit que dans ses grandes lignes dans l'ANI. Il convient de veiller, même si cela vous est reproché, à ce que les partenaires sociaux – signataires et non signataires – soient au plus près de ce qui vous guide quand vous élaborez des lois transposant des accords.
Autre point, il faudra très certainement l'an prochain s'interroger quant à l'incidence sur la gestion paritaire des questions de représentativité. Pour le moment, ce point n'a guère fait l'objet de réflexions : cela remet-il en cause les mécanismes actuels de désignation – puisque les représentants ne sont élus qu'au troisième degré, et en réalité désignés par les confédérations ou fédérations syndicales ? Il semble également urgent de clarifier les conditions de représentativité des employeurs dans la négociation sociale et dans le cadre du paritarisme. Il importe de ne pas négliger les nouvelles formes de salariat, que vous évoquiez tout à l'heure, ni leurs employeurs qui ne sont pas toujours reconnus comme représentatifs. La ministre du travail a certes fait quelques ouvertures vis-à-vis des employeurs de l'économie sociale, de l'Union nationale des professions libérales (UNAPL) et de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA). Mais il nous semble qu'il faut aller plus loin, pour que les syndicats de salariés négociateurs aient en face d'eux l'ensemble du champ des employeurs. Ils sont, bien sûr, présents au niveau des branches puisque chacun est maître de la sienne, mais, au niveau interprofessionnel, il faut que soient présents l'ensemble des employeurs représentatifs de la diversité de notre pays. Ce sujet devra être abordé dans le courant de l'année prochaine afin que, lors du rendez-vous de 2017, tous les acteurs sachent comment les choses vont se présenter.
Nous voudrions à présent évoquer les questions de formation. Il nous semble essentiel d'instaurer des mécanismes, aujourd'hui encore inexistants, de formation des acteurs sociaux, qui soient coercitifs ou plus incitatifs. Il conviendrait en outre d'inciter au renouvellement des militants investis dans l'exercice de responsabilités syndicales, par exemple en instaurant une limitation du nombre de mandats syndicaux – limitation qui n'existe aujourd'hui que dans très peu de fonctions puisque, au sein de la sécurité sociale, seuls les présidents d'organisme se voient imposer de telles limites. Il ne serait pas inutile d'inciter les partenaires sociaux à renouveler leurs équipes et à revivifier leur pensée.
La source —
nosdeputes
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Dans la séance, autour de cette prise de parole
Philippe Hourcade
Pour en venir plus précisément au thème de vos travaux, on ne peut traiter du paritarisme en soi. Il faut d'abord en avoir une définition partagée et bénéficier de conditions qui permettent de faire vivre le dialogue social dans ce pays et d'obtenir des évolutions contractuelles. Nous sommes de fervents partisans...
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C'est un point très sensible pour les parlementaires, et il faudra que nous y travaillions. De deux choses l'une en effet : soit il y a un ANI et on nous dit de voter l'ANI, tout l'ANI et rien que l'ANI, soit il n'y en a pas et vous venez nous voir pendant les débats en nous indiquant ce que vous auriez aimé voir...
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Ayant été rapporteur de la loi transcrivant l'ANI du 17 février 2012, je ne peux qu'appuyer ce que vient de dire notre président – même si je ne l'ai pas entendu à ce moment-là dans l'hémicycle aussi clairement que ce matin… Les partenaires sociaux ont été auditionnés cinq fois avant le vote de la loi, pendant...
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Je pense pour ma part que la démocratie sociale fait partie intégrante de la démocratie politique. Elle en est un des éléments – mais pas sa totalité, naturellement. Vous semblez dire que nous aurions transcrit dans la loi, en nous éloignant de la volonté des partenaires sociaux, la partie de l'accord relative à la...
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Philippe Hourcade
(La prise de parole ci-dessus)
Il ne faut effectivement pas avoir peur d'aborder ces sujets sensibles. Sans faire d'analogie avec le monde politique, le statut du représentant syndical est-il stabilisé, clair, précis, encadré ?
Nous avons évoqué avec Jean-Denis Combrexelle la création, sur le modèle de l'institut fondé dans son domaine par le...
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Jean-Dominique Simonpoli
J'étendrai la réflexion au dialogue social en général : comment concevoir dans notre pays un dialogue social qui corresponde à une répartition des rôles entre les différents acteurs – pouvoir politique et pouvoir de la démocratie sociale ? On ne peut aborder cette question qu'en ayant à l'esprit un enjeu tout aussi...
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La dernière loi Rebsamen portait en partie sur cette question. Qu'elle ne vous satisfasse pas, je peux l'entendre, mais elle apporte au moins un début de réponse à la préoccupation que vous exprimez.
Jean-Dominique Simonpoli
Tout à fait. La loi ouvre la possibilité de créer des blocs de compétence et de les faire valider au titre des acquis de l'expérience. C'est une véritable avancée, mais elle est toute récente, de sorte qu'il nous faut gérer le « stock » de ceux qui exercent aujourd'hui une activité syndicale et qui ont du mal à...
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