geheim.land Recherche Politique
6 janvier 2026 · Sénat · hémicycle Séance
Madame la présidente, madame la ministre, mes chers collègues, nous sommes tous, à juste titre, préoccupés par les violences qui touchent nos territoires. Chaque fait divers tragique ravive l’émotion, la peur, et appelle des réponses fermes. Pourtant, il est essentiel que notre réflexion soit lucide et respectueuse des réalités humaines et juridiques. La délinquance des mineurs ne connaît pas une explosion telle que la décrivent certains. Selon les données du ministère de la justice, seulement 9 % des personnes mises en cause dans les affaires traitées par les parquets en 2024 sont mineures. Bien au contraire, ces chiffres sont en baisse : à La Réunion, entre 2024 et 2025, la proportion des mineurs dans les faits de délinquance est passée de 12 % à 8 %, selon les chiffres de la préfecture. En revanche, faute de moyens, ce qui explose réellement, ce sont les délais de prise en charge éducative. Aujourd’hui, lorsqu’un juge des enfants prononce une mesure éducative, il faut parfois attendre plusieurs mois, voire un an, pour que celle-ci soit effectivement mise en œuvre. Ce n’est pas un problème de droit ; c’est un problème d’abandon budgétaire. Plutôt que de garantir l’application de la loi existante, les gouvernements successifs préfèrent la modifier : on empile les textes pendant que la justice des mineurs s’enlise. La protection judiciaire de la jeunesse en fournit l’exemple le plus criant. Les professionnels du Syndicat national des personnels de l’éducation et du social rappellent que les effectifs éducatifs sont insuffisants et que les équipes sont épuisées. Chaque éducateur doit suivre individuellement plus de vingt-cinq jeunes, alors même qu’un accompagnement sérieux nécessiterait un taux d’encadrement bien supérieur. Dans ces conditions, parler de fermeté relève de l’hypocrisie. Ce que l’État ne fait pas par l’éducation, il prétend le compenser par la répression, mais cela ne fonctionne pas. Toutes les études convergent : plus on éloigne la justice des mineurs de sa logique éducative, plus on augmente le risque de récidive. La prison, en particulier pour les plus jeunes, est un accélérateur de marginalisation. Ce n’est pas une opinion idéologique ; c’est un constat partagé par les magistrats, les éducateurs et les chercheurs. Le Syndicat de la magistrature l’a rappelé avec force : précipiter les procédures, bâcler les enquêtes sociales, c’est rendre la justice plus expéditive et donc inefficace. C’est nier la singularité des petits, écrasés par un système impitoyable. L’Unicef insiste sur un point essentiel : l’éducation est le levier le plus efficace pour lutter contre la violence. Or que faisons-nous aujourd’hui, sinon abandonner notre jeunesse ? Par la suppression des postes d’enseignants, la surcharge de nos classes et l’abandon de la médecine scolaire, nous affaiblissons l’école de la République, qui relève et qui élève. Nous compromettons l’ambition qu’elle doit porter pour chaque jeune. Ensuite, compte tenu de la saturation de la protection de l’enfance, comment croire que nos départements sous-dotés soient en mesure d’assurer leur mission en la matière ? Enfin, la santé mentale des jeunes est sous-financée. Sacrifier la justice des mineurs sur l’autel des obsessions sécuritaires, c’est renoncer à toute ambition de prévention ; c’est accepter que des enfants en grande difficulté deviennent demain des adultes durablement exclus. Pourtant, au pays des droits de l’homme, sans naïveté ni laxisme, mais par humanisme, la justice des mineurs a été construite sur un principe simple : un enfant est un être en construction. Ce principe est conforme à la Convention internationale des droits de l’enfant. Surtout, il protège réellement la société sur le long terme. L’ordonnance de 1945 impose de considérer qu’un enfant délinquant est d’abord un enfant en danger, qui doit être protégé. Je rappelle à ce titre qu’en France, toutes les trois minutes, un enfant est victime d’inceste, de viol ou d’agression sexuelle et que, tous les cinq jours, un enfant est tué par un parent. Ce que nous demandons est simple : renforcer massivement la protection judiciaire de la jeunesse, redonner des moyens aux magistrats et aux éducateurs, investir dans la prévention plutôt que dans la communication sécuritaire, financer durablement l’aide sociale à l’enfance et, enfin, faire de l’éducation nationale une vraie priorité. Durcir des lois sans donner les moyens de les appliquer, ce n’est pas protéger la société. Au contraire, mes chers collègues, c’est mentir aux citoyens, c’est sacrifier notre jeunesse et son avenir. Nous devons protéger l’enfance ; nous devons encadrer et soutenir nos jeunes. Nous avons le devoir de leur donner à tous la chance d’avoir un avenir. (Applaudissements sur les travées du groupe CRCE-K, ainsi que sur des travées des groupes SER et GEST. – M. Marc Laménie applaudit également.)
La source — senat_opendata
Pas d'URL publique donnée par la source
Fichier d'origine conservé
Ce texte n'a été ni résumé ni corrigé

Dans la séance, autour de cette prise de parole

Madame la présidente, madame la ministre, mes chers collègues, les faits divers largement médiatisés nourrissent une idée aujourd’hui très répandue : la délinquance des mineurs serait en constante augmentation. Pourtant, contrairement à cette idée reçue, les données disponibles montrent que la délinquance des... Lire ▸
La parole est à M. Christophe Chaillou. (Applaudissements sur les travées du groupe SER.)
Madame la présidente, madame la ministre, mes chers collègues, la délinquance des mineurs est de nouveau soumise à notre examen, sur la demande de nos collègues du groupe Les Républicains. Ce sujet doit mobiliser toute notre attention, car nombre de nos concitoyens sont émus par ce phénomène, qui pose un défi... Lire ▸
La parole est à Mme Evelyne Corbière Naminzo.
(La prise de parole ci-dessus)
La parole est à Mme Mélanie Vogel. (Applaudissements sur les travées du groupe GEST.)
« La délinquance des mineurs suscite […] une forme d’inquiétude face à des phénomènes qui semblent dépasser la société, génère un climat d’anxiété et favorise la volonté d’une réponse pénale plus forte à leur encontre ». C’est par ces mots, madame la présidente, madame la ministre, mes chers collègues, que la... Lire ▸
Juste d’appliquer !
… mais surtout de prévenir, d’accompagner, et de réinsérer. Notre groupe accompagnera l’ensemble des démarches équilibrées qui, à partir d’évaluations et de discussions sérieuses, seront orientées vers le traitement des causes réelles de la délinquance des mineurs et donneront des moyens à la prévention et à... Lire ▸