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Dominique de Villepin

175,127 followers 189 following 1,472 tweets on X 549 archived Paris, France joined 2009-04-07

Ancien Premier ministre de la République française

41 tweets since 2026-08-25

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2026-08-09 18:25 original

Je voudrais vous parler d’un livre qui déplace nos certitudes. Dans Les Mots et les choses, Foucault montre que chaque époque pense à l’intérieur d’un cadre invisible, d’une grammaire du possible, et que cet ordre change sans que nous en ayons conscience. Il nous dit que nos débats portent sur des cadres de pensée avant de porter sur des opinions, et que contrôler le savoir, c’est contrôler le possible. Il nous dit aussi qu’une société qui oublie que ses catégories sont construites les transforme en essences, ce qui constitue le premier pas vers la déshumanisation. Lisons Foucault et gardons quelques gestes simples d’humanité : quand un débat s’enflamme, demandons-nous qui a le pouvoir de nommer, de définir, de classer. Quand une technologie promet l’objectivité, demandons-nous quel tableau elle construit et à qui il profite. Quand une société devient dure, demandons-nous quel « homme » elle fabrique. Notre époque se croit moderne parce qu’elle possède des machines puissantes. La vraie modernité serait de garder la liberté de penser autrement qu’elles, de rappeler que derrière les mots il y a des choses, et derrière les choses des vies. Si nous perdons ce lien, nous perdrons plus qu’un débat, nous perdrons notre humanité.

2026-08-07 20:12 original

Ce week-end est classé rouge par Bison Futé. Des centaines de milliers de familles partent sur les routes de France pour profiter de leurs vacances. Mais aujourd’hui, je veux parler de celles et ceux qui ne partent pas. Familles modestes, retraités, jeunes, agriculteurs, aidants, soignants. Ces situations ne se ressemblent pas, mais elles racontent toutes la même chose : une France qui s’est habituée à ce que les vacances soient un droit pour certains, un luxe pour d’autres. En 1936, le droit aux congés payés reconnaissait aux travailleurs une dignité nouvelle. Une révolution silencieuse, parce qu’elle touchait au temps, à cette ressource que l’argent seul ne peut remplacer. Quatre-vingt-dix ans plus tard, ce droit existe toujours sur le papier, mais il s’est vidé de sa substance réelle : avoir des congés ne sert à rien si l’on n’a pas les moyens matériels d’en profiter. C’est pourquoi je souhaite que nous instaurions dans notre pays une véritable politique du droit aux vacances, au même titre que le droit au logement ou le droit à la santé. Cet été, en pensant à tous ceux qui partent, ayons une pensée pour tous ceux qui restent. Et faisons en sorte, l’année prochaine, qu’ils soient un peu moins nombreux.

2026-08-05 19:09 original

Cet été, je vous fais découvrir ma playlist. Un morceau y revient sans cesse : Zombie, de Fela Kuti. En 1976, en pleine dictature militaire au Nigeria, l’inventeur de l’afrobeat ose l’impensable : comparer les soldats de la junte à des morts-vivants, à des automates qui marchent, tirent et tuent sans jamais penser. En réponse, un millier de soldats attaquent sa maison et brûlent son studio. Sa mère est jetée d’une fenêtre et meurt de ses blessures. Fela Kuti aurait pu se taire, s’exiler, renoncer. Il continue à chanter, parce que, si l’on peut brûler une maison, on ne brûle pas une chanson. Les grands crimes de l’histoire ont eu besoin de zombies. Fela Kuti leur oppose le plus haut des courages : le pouvoir de dire non. Non à l’ordre injuste, non à la force sans droit, non à la fatalité. Alors écoutez Zombie. C’est la démonstration, en douze minutes de cuivres flamboyants, que la joie elle-même peut être une forme de résistance.

2026-08-03 20:22 original

Je voudrais vous parler d’un « non » qui a les couleurs de la mer, qui porte le souffle du vent dans les voiles et qui ne cesse aujourd’hui de nous parler de liberté. Ce « non », c’est celui de Florence Arthaud. C’est le « non » à la fatalité lorsqu'à dix-sept ans, le corps brisé par un grave accident, elle choisit la haute mer plutôt que la prudence. C’est le « non » aux places assignées quand, à vingt et un ans, elle s'élance seule au milieu des géants sur la première Route du Rhum. C’est le « non » à des siècles d'évidence lorsque, en 1990, elle bat le record de l'Atlantique et s'impose en vainqueure absolue à Pointe-à-Pitre. De cette vie de sel et de vent, il faut retenir trois leçons. La première leçon, c'est que le destin ne prononce jamais de sentence définitive. Nos vies ne sont pas écrites d'avance : les verdicts les plus sombres s’effacent devant la volonté et le désir de vivre. On ne naît pas libre, on le devient. La deuxième leçon, c'est que l'égalité se prouve par les actes. Face à un océan qui ignore les préjugés et le genre, elle n'a réclamé qu'une ligne de départ égale pour prouver, devant les meilleurs marins de sa génération, que la mer ne demande que du courage, de l'endurance et du talent. La troisième leçon, c'est que la liberté est une fidélité. Fidélité à la solidarité des gens de mer, fidélité au courage face aux périls, et fidélité aux autres femmes pour lesquelles elle a ouvert la voie jusqu'à son dernier souffle. En léguant ce sillage aux nouvelles générations, Florence Arthaud nous rappelle qu’aucune traversée n’appartient seulement à celle qui l’accomplit, et invite chacune à oser, enfin, larguer les amarres.

2026-08-03 18:50 original

L’attalisme est donc un autoritarisme subversif et surexcité. Voilà ce que l’on apprend dans son entretien en une du JDD - drôle de choix estival pour livrer son programme sur des sujets aussi importants que la justice, la sécurité ou l'immigration quand on connaît les options politiques de ce média. L’attalisme est donc au droit constitutionnel ce que la musculation est à l’athlétisme. Subversif d’abord, parce qu’il ne croit pas aux règles. Quand certains veulent aller à 50, ou d’autres à 80 (Édouard Philippe aura compris le clin d’œil amical), lui jure qu’il ira à 140. Il nous promet de ne pas respecter les limitations de vitesse. Ce n’est pas anecdotique mais un mépris fondamental des codes. Il veut nous libérer du code de la route (qui sauve des milliers de vies chaque année) comme il voudrait nous libérer du droit international qui ne sert que les méchants ou du droit du travail qui empêche paraît-il le droit au travail. Autoritarisme car ces propositions ouvrent à une pratique très verticale d’une présidence de la République déjà profondément désaxée par dix ans de macronisme. En cela il est bien le premier et peut être le dernier de ses apôtres. Des référendums à choix multiples ? On ne sait trop ce qu’il faut entendre par là, mais cela semble dessiner le renoncement au fait majoritaire. Un président pourra gouverner sans Parlement en s’appuyant sur une minorité solide dans le pays, s’imposant à la majorité. Il y a là une certaine créativité ! Un « spoils system » à la française? Politiser encore davantage la haute administration alors que la fonction publique, à tous les niveaux, est ce qui tient encore le pays ensemble avec les services publics? Quelle tentation d’apprenti sorcier. D’autant que le système américain et les nominations de Donald Trump sont un éclatant gage de succès. Le Président de la République française pratique d’ailleurs lui aussi le jeu des dépouilles au sens strict depuis un an avec des nominations de complicité à la Cour des comptes, à la Banque de France ou comme Défenseur des droits. On en voudrait donc encore plus ? 100000 fonctionnaires en moins, c’est le vestige d’un sarkozo-macronisme historique. Le plaisir de répéter avec dévotion des politiques qui n’ont pas marché mais qui ont, il est vrai, rapporté des voix. Immature et même surexcité enfin parce que ces mesures bricolées laissent dubitatif sur bien des points. C’est un fantasme d’étudiant en droit constitutionnel qui, plein de ressentiment envers la complexité, se rêve Premier consul. Le « silence vaut accord » automatique au bout de deux mois ? Une fausse bonne idée typique qui va conduire l’administration à dire non tout de suite et à tout, de crainte d’être submergée par des récriminations ultérieures. 350 députés ? Je comprends le désir de réduire une assemblée bruyante mais il faut mesurer qu’en retaillant ainsi les circonscriptions on va favoriser inévitablement les grands centres urbains. Les populations rurales, elles, n’auront quasiment plus de députés en propre. Est-ce vraiment cela une juste représentation nationale? Avec ce système au moins deux départements n’auraient plus de député et dans les dix ans neuf peut-être. Gouverner et réformer sont des tâches longues, complexes et graves. Cela demande du respect pour la loi, du respect pour l’expérience et du respect pour la démocratie. Dominique de Villepin

2026-07-31 20:36 original

Sur les événements récents de Ceuta et face aux images de chaos, au-delà des slogans répétitifs de l’extrême droite, les exigences du réalisme sont claires : 1/ la diplomatie avec le Maroc, dans un moment de tensions vives ; 2/ la solidarité européenne avec l’Espagne, au lieu des agitations stériles ; 3/ le déploiement des forces de sécurité pour assurer la souveraineté, comme l’a fait le gouvernement Sánchez avec sang-froid. Les résultats sont là, avec 48 000 migrants déjà repartis vers le Maroc, soit près de 80 % des arrivées des derniers jours. Le moment est aussi de penser aux plus de cinquante personnes qui ont péri en mer dans ce moment de désordre. Ne laissons pas l’extrême droite identitaire globale poser les termes du débat. Regardons les réalités en face, même lorsqu’elles sont complexes et douloureuses. Dominique de Villepin

2026-07-30 18:34 original

.@LFHumaniste : un an ensemble. Rejoignez-nous sur https://t.co/XioBtpczDf https://t.co/FoO0IWMU7c

2026-07-28 18:21 original

Je voudrais vous parler d’un livre qui ressemble à une résurrection : L’Homme foudroyé de Blaise Cendrars. En 1915, Cendrars perd son bras droit à la guerre. Cette blessure traverse tout son livre. Elle n’est pas seulement une mutilation : elle devient une manière nouvelle d’habiter le monde. Cendrars n’est pas dupe : on ne se purifie pas par la souffrance. La blessure oblige seulement à une autre bataille, faite de gestes minuscules, de fidélités silencieuses et d’une volonté obstinée de continuer. Puis vient Marseille, carrefour des destins, où l’identité devient une traversée. Chez Cendrars, les êtres ne se laissent jamais enfermer dans une origine, une profession ou une nationalité. Ils vivent de rencontres, de départs et de recommencements. Son livre est une protestation contre les étiquettes, une défense de l’homme dans sa pluralité, dans sa liberté, dans sa capacité à renaître. Que nous dit ce livre aujourd’hui ? Il nous dit que la vie a besoin de souffle, plus que de certitudes ; que ce qui compte, c’est de rester fidèle à sa tenue intérieure, que l’on se sauve par les liens. L’Homme foudroyé est un livre de blessure et de reconquête. On peut être frappé, amputé, jeté à terre, et pourtant se relever, marcher, aimer, écrire, respirer, sans jamais laisser la blessure gouverner sa vie.

2026-07-27 18:01 original

Décrétons la République culturelle. Ma première mesure pour la culture ? Installer la culture à l’Élysée, la faire entrer dans le domaine réservé du Président de la République, comme la politique étrangère et la défense. À l’heure de la vassalisation des esprits, la culture sera le cœur de notre nouvelle politique d’indépendance. Après la culture pour tous, la culture de tous, nous ferons la culture par tous, en donnant à chaque enfant la possibilité d’exprimer son talent. La culture est aussi notre premier lieu de réconciliation : celui où les corps et les esprits se rassemblent, et où chacun s’affirme pleinement comme citoyen de la République française. Nous instaurerons une véritable solidarité dans le secteur culturel en mettant en place des mécanismes de répartition entre les grandes et les petites salles. Nous créerons une Maison des arts dans chaque bassin de vie. À Avignon, j’ai présenté mon programme culturel pour redresser la France par l’esprit. Retrouvez toutes mes propositions dans ma dernière chronique : “La République Culturelle : Vivants, Toujours !” sur le site https://t.co/pkxDgc9Ge6

2026-07-24 19:50 original

Ce que je suis venu dire à Avignon, c’est qu’une crise peut en cacher une autre. Derrière la crise de la culture, c’est la crise de la démocratie qui se révèle : crise du récit commun, crise de l’attention, crise de la liberté de création, crise de la rencontre. Inventons alors ensemble une République culturelle, comme antidote à ce dessèchement démocratique.

2026-07-18 22:16 repost

RT @TribuneDimanche: 🔵 #ENTRETIEN #EXCLUSIF avec Dominique de @Villepin : « 𝘗𝘰𝘶𝘳 𝘦́𝘷𝘪𝘵𝘦𝘳 𝘭𝘦 𝘱𝘪𝘳𝘦, 𝘪𝘭 𝘧𝘢𝘶𝘵 𝘴’𝘦𝘯𝘵𝘦𝘯𝘥𝘳𝘦 » Pour la première fo…

2026-07-17 21:03 original

Nous avons tous, quelque part, un poulailler à traverser. Voilà la leçon d’une petite fable, une fabulette, que François Mitterrand aimait raconter, une histoire de presque rien, quelques personnages, une scène de campagne. Et comme souvent dans les vraies fables, ce presque rien contient une grande leçon sur la vie. Il y est question d’un fou, d’une ferme et d’un poulailler. Et dans cette histoire, les poules sont l’opinion, la rumeur, les étiquettes qui collent à la peau. Elles sont cette part du monde qui ne vous connaît qu’à travers votre ancienne faute, votre ancienne peur. l’image qu’elle s’est faite de vous et qu’elle refuse d’abandonner. Notre époque est pleine de poulaillers. Elle archive tout, répète tout, exhume tout. Elle parle de pardon mais ne sait plus toujours tendre la main. Qui n’a pas son grain de blé ? Qui n’a jamais échoué, été malade, pauvre, rejeté ou humilié ? Pour soi-même, la fable dit : ne restez pas prisonnier de l’ancienne peur. Même si les poules s’agitent, avancez. Même si le monde tarde à comprendre que vous avez changé, avancez. Pour les autres, elle dit : ne soyez pas les poules. Ne réduisez pas un être à ce qu’il a été. Laissez au temps, à la vérité et à la réparation, la possibilité de faire leur œuvre. Pour la politique enfin, elle rappelle qu’une République doit juger, sanctionner lorsque c’est nécessaire, mais aussi permettre le relèvement. Il faut apprendre à se guérir. Et surtout, il faut apprendre à ne pas picorer éternellement les blessures des autres. Car un monde où les hommes, même guéris, devraient encore trembler devant les poulaillers, serait inhabitable.

2026-07-14 19:21 original

Ce soir, il n’y a qu’une seule couleur : le bleu. Nos joueurs sont français. Ils portent notre espérance et notre fierté, ainsi qu’une certaine idée de la France qui nous rassemble tous. Les attaques contre eux disent beaucoup plus de ceux qui les profèrent que de cette équipe qui fait notre fierté nationale. Bonne chance aux Bleus. Toute la France est avec vous. Dominique de Villepin ©️ Photo 1 : Lukas Korschan

2026-07-14 12:00 original

Il y a dix ans, ce soir-là, la fête nationale s’est achevée dans le deuil sur la promenade des Anglais. Quatre-vingt-six personnes ont été tuées. Quinze d’entre elles étaient des enfants. Plus de quatre cents autres personnes ont été blessées. Et beaucoup d’autres, ce soir-là, ont vu l’horreur en face - ce que personne ne devrait avoir à voir - et vivent encore avec. Dix ans ont passé. Certaines blessures se voient. La plupart, non. On ne voit pas les nuits sans sommeil, les cauchemars qui reviennent, la peur qui monte sans raison un soir d’été, au milieu de la foule. On ne voit pas les enfants qui ont grandi avec cela au fond d’eux, sans l’avoir choisi. On ne voit pas les mères qui ont dressé la table pour quelqu’un qui ne rentrera pas. Rien de tout cela ne se referme parce que dix ans ont passé. Il n’y a pas de délai au terme duquel on doit aller mieux. Nous n’avons rien à leur demander. Nous avons seulement à être auprès d’eux : à les écouter, à ne pas fermer l’oreille, à ne pas détourner le regard. Ce soir, à 22 h 34, à l’heure où quatre-vingt-six faisceaux s’élèveront de la Promenade vers le ciel, soyons avec eux, par le cœur et par la pensée. Pour les quatre-vingt-six. Pour leurs familles. Pour ceux qui ont survécu et qui n’en parlent pas. Ils étaient de Nice et d’ailleurs, français et étrangers, croyants et non-croyants. Ils étaient venus voir un feu d’artifice avec leurs enfants. Ils ne demandaient rien de plus que le bonheur d’une fête nationale partagée. Et cela, pour toujours, nous lie à eux. Nous ne les oublions pas. Dominique de Villepin ©️ Photo : AFP / Valery Hache.

2026-07-13 18:47 original

Je veux vous parler d’un petit livre inachevé qui a la densité d’un mythe. « Le Mont Analogue » de René Daumal. Son point de départ est d’une simplicité presque enfantine. Il existerait, quelque part sur Terre, une montagne si haute qu’elle touche le ciel, mais invisible aux regards ordinaires. Une montagne qui ne se laisse approcher qu’à certaines conditions. Daumal invente une expédition. Des chercheurs plutôt que des héros, un port, des guides, des règles. Et une découverte : on ne monte pas comme on conquiert, on monte comme on se transforme. Le livre est inachevé, Daumal meurt jeune, le sommet reste hors d’atteinte. Et c’est peut-être sa plus belle leçon : l’important n’est pas d’arriver, l’important est de monter. Que nous dit ce livre aujourd’hui ? Première leçon : il existe des hauteurs qui ne se voient pas. Notre époque confond visibilité et valeur, bruit et force. La vraie élévation est intérieure. Deuxième leçon : la discipline libère. Troisième leçon : l’ego est le principal obstacle. La montagne exige qu’on se dépouille, qu’on cesse de se raconter des légendes. Quatrième leçon : la quête est un collectif. On monte avec des compagnons, des guides, une fraternité. Lire « Le Mont Analogue » en 2026, c’est réhabiliter la hauteur intérieure. Celle qui donne de l’air quand tout étouffe. Daumal ne nous dit pas : « voici le sommet ». Il nous dit : « voici la marche ».

2026-07-10 18:25 original

Le pouvoir n’est pas diminué lorsqu’il se laisse atteindre. Il est diminué lorsqu’il prétend ne rien sentir. Cette leçon, nous la devons à Georges Pompidou. Le 22 septembre 1969, à l’issue d’une conférence de presse, le Président Pompidou est interrogé sur l’affaire Gabrielle Russier, cette professeure de lettres qui, après sa condamnation pour avoir entretenu une relation avec un élève mineur, s’est donné la mort. Face à ce drame, Pompidou aurait pu se réfugier derrière l’indépendance de la Justice, choisir de rester muet, de rappeler la réserve qui s’impose au chef de l’Etat. Il fait un autre choix. Il cite Éluard. « Comprenne qui voudra / Moi mon remords ce fut / la victime raisonnable / au regard d’enfant perdue / celle qui ressemble aux morts » Remords. Tout le non du Président Pompidou tient dans cette retenue. Non à la réponse automatique. Non à la froideur correcte. Non à la société qui juge sans mesurer ce que son jugement produit. Non à l’affaire refermée comme un dossier lorsque demeure une morte. Ce non passe par un silence, par un vers, par un mot. Voilà ce qui lui donne sa force. Pompidou n’a pas réparé l’irréparable. Il n’a pas prétendu le faire. Il a trouvé, devant la mort de Gabrielle Russier, le mot qui empêche une société de s’endurcir : remords. Non pas comme une condamnation, mais comme le commencement d’une vigilance, d’une attention fraternelle à l’autre.

2026-07-07 21:39 original

Condamnée mais candidate. Je respecte la justice de mon pays. Et je respecte les électeurs, qui auront à choisir l’avenir de notre pays dans 10 mois. Mais je veux dire aux Français, avec gravité, ce que ce moment signifie. Si Marine Le Pen est aujourd’hui aux portes du pouvoir, ce n’est pas par la force de ses idées. C’est par l’accumulation des échecs de ceux qui gouvernent la France depuis vingt ans. Cet échec il porte un nom, celui de l’impuissance publique. Cet échec, c’est un constat : une école qui recule, une justice qui n’exécute pas ses décisions, des services publics à bout de souffle et un État qui promet et qui ne tient plus… Ce ne sont pas les Français qui ont failli. Ce sont des politiques menées sans vision, sans constance et sans courage. La colère des Français est donc légitime. La question est de savoir ce que nous en faisons. Je ne crois pas aux anathèmes. Ils nourrissent ce qu’ils prétendent combattre. Je ne crois pas davantage aux alliances de circonstance, conclues la peur au ventre entre deux tours, pour prolonger cinq ans ce qui vient d’échouer pendant vingt. Je crois à une seule chose, une réponse à la hauteur du mal. Rassembler tous les démocrates et tous les républicains sincères, quelles que soient leurs familles politiques, autour d’un projet clair : redresser nos comptes avec justice, remettre le pays au travail et à la production, rétablir la sécurité partout et pour tous, redonner à l’État la capacité de tenir ses promesse, répondre au défi climatique. Ce chemin est un chemin d’effort et de solidarité. Je ne promettrai pas aux Français que ce sera facile : ce serait leur mentir, et le mensonge public est ce qui a nourri le désenchantement. Mais l’effort partagé avec justice n’a jamais fait peur à notre peuple. C’est l’injustice qui le révolte, et l’impuissance qui le désespère. Ce chemin est aussi un chemin de courage. Le courage de dire la vérité sur l’état du pays. Le courage de travailler ensemble quand tout pousse à se diviser. Le courage de préférer la France à son camp. Notre pays s’est déjà relevé d’impasses que l’on disait sans issue. Il en a la force, il en a les talents, il en a l’histoire. Il lui manque une volonté commune. Cette volonté commune a un nom, le rassemblement dans l’esprit du CNR. Non pas contre quelqu’un, mais pour redresser notre pays et donner un avenir à nos enfants. Il ne s’agit que de volonté, la volonté de l’intérêt général. Nous n’avons pas le droit d’échouer. Dominique de Villepin

2026-07-06 20:27 original

Parcoursup est une machine à stress, une machine à échec, une machine à complexité. Derrière cette plateforme opaque, où des procédures trop peu lisibles pèsent sur l’avenir de nos enfants se cache une logique construite patiemment depuis vingt ans, et que le macronisme a empirée. Les études sont devenues un marché, où l’on se vend, où l’on s’achète. Un marché qui ne récompense pas toujours les plus méritants, mais parfois les mieux conseillés, les mieux entourés. Une reproduction sociale qui n’ose pas dire son nom. Mais le plus grave, c’est la perte d’humanité. On a cru pouvoir confier l’avenir d’un enfant à un algorithme, en oubliant que l’orientation est un accompagnement. Aujourd’hui, les psychologues de l’Éducation nationale sont trop peu nombreux pour répondre à l’angoisse et aux besoins réels des élèves. Il faut un coupe-circuit humain au cœur de Parcoursup. Je propose trois rendez-vous d’orientation, de la première à la terminale : un premier pour formuler son désir d’études, un deuxième pour l’affiner et encourager vers l’excellence ceux qui n’osent pas y croire, un troisième après le baccalauréat pour valider sa formation ou en trouver une. Une Nation qui n’accompagne plus sa jeunesse est une Nation qui a renoncé à la regarder.

2026-07-03 18:13 original

Il est des gestes modestes qui contiennent une civilisation tout entière. Préparer le thé, le servir, le recevoir : tout cela pourrait sembler infime. C’est pourtant une morale du monde. Aujourd’hui, je veux vous parler du « Livre du Thé », d’Okakura Kakuzō. Face à un Occident sûr d’incarner à lui seul le progrès, ce livre nous dit qu’il existe des formes de grandeur qui ne passent ni par le bruit, ni par la conquête, mais par la délicatesse. Le thé y est une école de l’instant, où la beauté loge dans la trace, dans l’imperfection, où le « vide » est une place faite à l’autre, à la respiration, à l’invisible. Lire ce livre aujourd’hui, c’est retrouver une boussole très contemporaine. Première leçon : l’attention est une souveraineté. Dans un monde de flux et de notifications, tenir une tasse de thé en pleine conscience devient un acte de résistance. Deuxième leçon : la douceur est une force. La civilisation se mesure à sa capacité de préserver des formes de délicatesse. Troisième leçon : l’imperfection est humaine. Le « Livre du thé » valorise la patine, la fissure, l’objet imparfait, parce que l’imperfection dit le vivant. Quatrième leçon : la rencontre des cultures exige l’humilité, parce que la vraie modernité sait accueillir plusieurs manières de vivre. Au fond, le thé n’est pas le sujet : le sujet, c’est la dignité de l’instant, et la possibilité, au milieu du bruit, de redevenir présent.

2026-06-26 18:54 original

Caracas, ville où j’ai passé une partie de mon enfance, est aujourd’hui meurtrie. Je pleure le Venezuela, ce pays déjà si durement éprouvé ces dernières années et désormais frappé par une catastrophe immense. Face à la douleur du peuple vénézuélien, la solidarité internationale doit se mobiliser pleinement, sans délai, pour secourir les victimes, protéger les plus vulnérables et accompagner les familles touchées. Mes pensées vont aux familles, aux blessés, aux disparus et à tout le peuple vénézuélien. Dominique de Villepin ©️ Federico Parra / AFP

2026-06-23 21:02 original

Aujourd’hui, 23 juin 2026, la France fait entrer Marc Bloch au Panthéon. À cette occasion, je voudrais vous parler du « non » de Marc Bloch. Un « non » qui unit chez un même homme le savant, le citoyen, le soldat, le résistant. Le premier non de Marc Bloch est peut-être le plus évident, c’est le non à l’abdication. Lorsque Vichy l’exclut de la fonction publique en vertu du statut des Juifs d’octobre 1940, il entre dans la clandestinité, rejoint Franc-Tireur puis les Mouvements unis de la Résistance, est arrêté, torturé, puis exécuté par la Gestapo le 16 juin 1944. Mais ce non de l’action a été préparé par un non de l’intelligence. L’Étrange Défaite est un refus de l’alibi, des consolations faciles, des explications paresseuses. C’est un non à la résignation nationale comme au mensonge patriotique. Il aime la France assez pour ne pas lui mentir. Le « non » de Marc Bloch est une fidélité. À la vérité contre le confort. Au pays contre ses mensonges. À la liberté. À une époque saturée de récits faciles, de simplifications identitaires, de manipulations du passé, de brouillages volontaires de la vérité, Marc Bloch nous rappelle qu’il n’y a pas de liberté commune sans probité intellectuelle.

2026-06-23 20:15 original

Nos villes brûlent désormais et nous continuons de regarder ailleurs. « Qui aurait pu prévoir ? » Tout le monde ! Nous ne cessons d’être alertés par les scientifiques et désormais nous voyons les dangers pour la santé des plus vulnérables s’aggraver. On peut comprendre la colère contre le gouvernement. Il fait preuve d’impréparation, d’improvisation et d’incompétence. Bien sûr, il n’est pas responsable de la température qu’il fait, de même qu’il n’était pas responsable de l’apparition de la Covid-19. Il est responsable en revanche d’une gestion en pure communication et et en pure improvisation. Il est responsable d’avoir dépensé plus de 9 milliards d’euros pour soutenir les énergies fossiles sans qu’on puisse trouver les dépenses nouvelles correspondantes en matière de réduction de notre dépendance des énergies fossiles. Il est responsable d’avoir coupé 1,6 milliard d’euros, soit près des deux tiers de la dotation du Fonds vert, dont la mission est justement l’adaptation climatique. Notre pays fait face à une menace à la fois imminente et durable. Météo France nous annonce des vagues de chaleur avec des pics à 50°C avec dix fois plus de jours de canicule par an à l’horizon 2100. L’Europe est le continent qui se réchauffe le plus vite. En quatre ans, la chaleur a fait plus de 200 000 morts en Europe, et, en France, elle tue désormais 5 000 personnes par an, plus que les accidents de la route. La chaleur est un tueur silencieux et insidieux. Elle frappe les personnes âgées, les malades chroniques, les nourrissons, les femmes enceintes et les femmes plus généralement, les travailleurs exposés, et donc d’abord les ouvriers, les routiers, les travailleurs intérimaires ou indépendants des sociétés de livraison à la demande, les sans-abris, les habitants des logements mal isolés, bref tous les hypervulnérables que notre société semble préférer ne pas voir. Elle aggrave les inégalités : quand on vit dans un appartement surchauffé, quand on travaille sur un chantier ou dans une cuisine, quand on dépend d’un transport non climatisé, la canicule n’est pas une gêne mais un danger. Les quartiers populaires sont surexposés aux phénomènes des îlots de chaleur. Les habitants y vivent dans des appartements ou des maisons plus petits, plus souvent mal isolés, et avec moins de moyens pour les rafraîchir, de véritables bouilloires énergétiques ! Avons-nous vraiment tiré toutes les leçons des vingt dernières années ? La réponse est non. Les plans existent, les alertes existent, les gestes de prévention existent. Mais notre pays reste encore dans la réaction, dans l’urgence. Toute la France est responsable, et au premier chef toute la classe politique. Comme sur tous les sujets, pourrions-nous enfin sortir des polarisations idiotes qui évitent de réfléchir et empêchent d’agir ? C’est le signe de la lâcheté et de la bêtise de notre débat politique. Ce n’est pas l’atténuation du réchauffement climatique OU l’adaptation au réchauffement comme on a voulu le faire croire, ce sont les deux. Ce n’est pas l’urbanisme de sobriété OU l’installation de la clim, c’est un panachage des deux. Et ce n’est pas parce que le RN parle de la clim que la clim serait devenue raciste. Premier point, agir plus sur l’atténuation. Tous les climatologues le disent, c’est notre addiction aux énergies fossiles qui nous entraîne toujours plus loin dans un changement climatique hors de contrôle. Tous les économistes le disent et tous les politiques le savent mais n’osent pas le dire, le seul moyen efficace pour nous libérer de notre addiction, c’est de taxer le carbone. Donnez-lui le nom que vous voulez, mais mettez en place une taxe carbone ! C’est ce qui a marché pour le tabac et mon gouvernement a été en première ligne de cette lutte pour la santé publique. Je propose de la mettre en place. Je mesure ses coûts et ses difficultés. Elle doit guider les choix des ménages et des entreprises et donc s’inscrire dans le temps long. Je suis favorable à une bande de fluctuation des prix de l’essence et du diesel. Ceux-ci ne monteraient pas au-delà de 2,50 euros, mais ils ne descendraient pas en dessous de 1,75 euro non plus, pour maintenir le signal d’encouragement aux alternatives, mobilités douces, véhicules électriques, transports en commun. Elle doit être juste et s’accompagner d’une restitution sous forme de dividende carbone utilisable pour financer l’accès aux véhicules électriques et aux travaux d’isolation, avec une augmentation importante des dispositifs de leasing social et d’aides à l’installation de pompes à chaleur. Il est temps de passer à l’échelle ! Deuxième point, agissons plus pour l’adaptation à la chaleur et aux canicules, mais aussi à l’érosion des littoraux, aux risques d’incendie, et aux inondations. Car les événements extrêmes vont se multiplier. Il faut une grande politique d’aménagement du territoire. Pour l’adaptation à la chaleur, il doit y avoir trois priorités : protéger les plus fragiles, transformer les lieux de vie et garantir la continuité des services publics. Chaque commune doit disposer d’un registre à jour des personnes isolées, de messages d’alerte ciblés, de lieux de fraîcheur accessibles, de maraudes renforcées et d’un lien directavec les services sociaux, les médecins, les pharmaciens et les associations. Je crois à la nécessité d’un droit au répit, c’est-à-dire l’accès des personnes vulnérables à un espace frais ou climatisé plusieurs heures par jour. Les hôpitaux, les maisons de retraite, les services d’aide à domicile et les secours doivent disposer de moyens suffisants pendant les épisodes de chaleur. Une grande campagne d’information et de prévention sur les risques vitaux particulièrement encourus par les femmes s’impose également. Angle mort des politiques publiques, la santé des femmes est le grand absent de cette crise caniculaire. Si l’on sait que les chaleurs extrêmes exposent davantage chacune et chacun à des maladies telles que les infarctus du myocarde, les insuffisances rénales ou les pathologies cérébrovasculaires comme l’AVC, on ignore davantage, à tort, que les femmes présentent un risque de décès par AVC de 65% plus élevé que les hommes et un risque d’infarctus du myocarde de 50% supérieur à celui des hommes en période de canicule. L’explication est d’ordre physiologique mais également d’ordre politique et institutionnel : les femmes sont diagnostiquées plus tardivement en raison de leurs symptômes souvent mésestimés et minimisés par le grand public et par le personnel soignant. On ne peut pas fermer les yeux devant cette précarité de genre ! Pour chacune et chacun, dans les villes, il faut donc aussi plus d’ombre, d’arbres, de bancs abrités, de points d’eau, de bâtiments isolés contre le chaud (et le froid). Il faut végétaliser massivement les espaces mais aussi les bâtiments, construire avec des matériaux biosourcés, reforester, décarboner l'économie, freiner l'artificialisation des sols et protéger la ressource en eau. Et cela commence par nos écoles. 1300 fermetures d’écoles. 4000 écoles aménagées. Quand des dizaines de milliers de nos jeunes passent les épreuves du baccalauréat, cela peut avoir des conséquences très concrètes sur leur avenir. Les directeurs d’administration courent acheter les derniers ventilateurs au magasin de bricolage pour les livrer aux écoles, des chefs d’établissement commandent quelques climatiseurs, parfois à leurs frais, pour que les collégiens ne suffoquent pas au brevet. Ce bricolage n’est pas digne de la République, et ce sont toujours les mêmes qui suffoquent. Dans les quartiers populaires, le bassin minier, les outre-mer. Cela nécessite une réponse ferme et ambitieuse de l’Etat, qui mobilise toutes les ressources à disposition. Les études le montrent : un bâtiment mieux isolé permet des économies budgétaires de l’ordre de 40% par an. Nous consacrons 500 millions d’euros par an pour rénover nos écoles, issus de ce fonds vert divisé par quatre. Il faudrait 1,4 milliard annuel jusqu’en 2050 pour être à la hauteur. Voilà par exemple où nous pourrions réinvestir ces 9 milliards d’euros que nous économiserions en arrêtant de subventionner les fossiles. Sur le long terme, ce sera rentable pour l’Etat, car une école isolée est une école qui fait drastiquement baisser sa facture.Le principe doit être la pleine autonomie des maires sur la politique d’adaptation, mais avec des moyens humains et financiers dédiés fournis par l’État en fonction des caractéristiques de la composition sociale, du bâti, des risques environnementaux locaux. Les politiques uniformes « la clim partout » sont absurdes. Abandonner les maires à eux-mêmes est cynique. Pour les travailleurs, sur les chantiers, dans les restaurants, dans les rues ou dans les champs, il faut des pauses, des horaires adaptés, une organisation du travail revue en période de chaleur extrême. Cela suppose une grande conférence sociale de l’adaptation climatique du travail, sur la pénibilité thermique, son suivi et ses compensations. Là aussi, le droit au répit doit s’imposer. Troisième point l’anticipation. Essayons de ne pas avoir, comme trop souvent avec ce gouvernement, une crise de retard. Voyons aussi la crise agricole qu’annonce cette succession de canicules pour cette année, dans un contexte déjà très difficile pour nos agriculteurs en raison de la crise pétrolière, et, à plus long terme, le besoin d’adaptation de notre agriculture à une France où le réchauffement dépassera sûrement 3°C, puisque nous nous réchauffons au double de la vitesse moyenne mondiale. Des dispositifs d’aides spécifiques seront nécessaires cette année, ils doivent commencer à être discutés dès aujourd’hui, avant la détresse. Voyons le risque accru d’incendies que cela fait peser et la nécessité dans les territoires à risque de prendre des mesures de coupes préventives ou de débroussaillage pour éviter que des méga-feux traversent la France cet été. Crise agricole, risque d’incendies ; derrière la chaleur pointe la question de l’eau. En 2022, près de 2000 communes ont frôlé la rupture d’eau potable, et la sécheresse a rendu nos forêts si combustibles que 72 000 hectares sont partis en fumée. L’eau deviendra bientôt, si nous n’agissons pas collectivement, le théâtre de tous les conflits. À nous d'organiser la paix de l'eau, à travers le partage des ressources dans la concertation et la justice, bassin par bassin, avec une puissance publique attentive. Peut-être est-il temps de nous préoccuper de notre habitat commun ? Peut-être est-il temps de remettre en question le culte de la prédation, de la performance, de l'accumulation et de la compétition permanente pour redonner du sens à la sobriété, à la coopération, à la solidarité et à la qualité de vie. Et surtout de remettre au cœur du débat une question que notre époque évite soigneusement : quel sens voulons-nous donner à nos vies ? N’est-il pas temps d’adopter un nouveau principe moral fondamental : ne s’autoriser à faire que ce que l’on sait défaire ? Ce principe, inspiré des processus naturels, particulièrement de celui de l’humus, permettrait de porter un autre regard sur notre production, notre consommation, sur la constitution de notre bâti par exemple. N’est-il pas temps de cesser de créer de l’indécomposable, de produire ce qui ne peut pas être digéré, ce qui ne peut pas s’inscrire dans le grand cycle de renouvellement, voire de transformation naturelle ? Cela implique de révolutionner notre rapport à la production de plastiques, de PFAS, de déchets nucléaires. Cela implique de construire le bâti avec desbiomatériaux, d’éduquer enfants et adultes à l’économie circulaire, à la permaculture, et ce jusque dans nos villes. L’heure n’est pas à une écologie punitive ni à une sobriété monacale, mais à une cohabitation féconde, consciente et responsable avec le vivant. Je mesure le sentiment d’impuissance et d’angoisse que suscite cette vague caniculaire, ce désespoir des jeunes générations qui se sentent prisonnières d’un monde devenu invivable. Je veux leur dire qu’il n’y a pas de fatalité. Nous avons déjà réussi par le passé à affronter des défis écologiques. Au tournant du XVIIIe et du XIXe siècle quand la déforestation massive semblait appauvrir les sols avec des conséquences catastrophiques, notamment dans les montagnes. Dans les années quatre-vingt du siècle dernier, face aux pluies acides, quand la puissance publique en concertation internationale a pu imposer les pots catalytiques sur les voitures. Dans les années quatre-vingt-dix, avec le trou de la couche d’ozone, en régulant diplomatiquement l’usage des gaz CFC. Même sur le réchauffement climatique, notre bilan est loin d’être nul depuis trente ans car nous avons déjà réduit nos émissions de 31%. La Charte de l’environnement, le Grenelle de l’environnement et les Accords de Paris ont été la preuve qu’une continuité transpartisane reste possible dans l’action publique. Ce que nous avons réussi, nous pouvons le réussir à nouveau, à condition de renouer avec une politique d’autorité de la puissance publique, de justice sociale, d’éducation et de transformation maîtrisée. Il ne s’agit pas de faire moins mal, mais de faire mieux. Et c’est possible. La canicule n’est pas seulement une affaire de météo : c’est un test d’efficacité et de solidarité pour la République. ©️ Les fontaines du parc André Citroën, à Paris. Charles Platiau/Reuters.

2026-06-23 10:59 quote

De la sueur, oui, mais pas de sang, ni de larmes : de la méthode, du courage et de l’ambition. Les solutions existent pour une politique budgétaire à la hauteur de la France. Contre le déficit ? Une loi organique budgétaire, quinquennale et contraignante. Pour investir dans l'avenir français ? Un fonds de solidarité et de souveraineté. Pour le progrès écologique ? Une taxe carbone, juste, adaptative et supportable. Pour le pouvoir d'achat ? Des factures d'électricité basées sur le coût de production national et non sur le prix du marché européen. Le développement complet à lire dans mon interview @lopinion_fr Dominique de Villepin