Cyrano de Bergerac. Cette oeuvre, nous croyons tous la connaître. Mais qui prend vraiment le temps de comprendre ce qui se passe dans cette fable politique, sociale, humaine, écrite dans une France déchirée et qui résonne aujourd’hui plus fort que jamais ? La première leçon de Cyrano de Bergerac, c’est que la liberté commence par un refus. « Non merci ! » dit-il, à cet ordre social fondé sur la dépendance, la hiérarchie et la flagornerie qui masquent la médiocrité. La deuxième leçon de Cyrano de Bergerac, c’est que le pouvoir se nourrit de récits. Cyrano est un héraut de la résistance intellectuelle. La troisième leçon de Cyrano de Bergerac, c’est que se masquer, c’est se condamner soi-même. Celui qui dissimule ne protège personne, et le mensonge finit toujours par exiger son sacrifice. Enfin, quatrième leçon : le courage est un panache. À l’heure où tant de gens croient que le progrès doit être désincarné, Cyrano croit encore aux étoiles, à la lune, à la beauté des mots, à un monde qui n’aurait pas renoncé à sa part de magie. Son panache, c’est l’élégance de celui qui tient debout, et qui sait que les dogmes meurent dès qu’on cesse d’y croire. Résister, au fond, c’est raconter autrement. C’est le chemin que nous voulons tous encore emprunter : montrer la force d’une France qui se relève sans cesse, qui prend la parole et assume fièrement sa singularité, son ardeur. Une France qui retrouverait confiance en elle. Une France qui aurait, encore, du panache.
Dominique de Villepin
Ancien Premier ministre de la République française
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En ce 18 juin, jour de résistance, je me félicite qu’Edouard Philippe rejoigne solennellement mon appel lancé en mars dernier dans le @Grand_Continent le « moment européen ». De l’« eurogaullisme » en passant par la « souveraineté intégrale » et à un « pacte européen », les bonnes idées n’appartiennent à personne. C’est le rassemblement qui compte comme tous les gaullistes le savent. Aussi, je laisse le soin aux exégètes de lire l’original ci-dessous. Anticipant votre prochain texte, ayant lu le vôtre attentivement, je me permets de vous soumettre une autre idée en cette période de canicule : l’écogaullisme. Partageons le pouvoir de dire Non ! https://t.co/JkQx34ERBc
La question n’est plus : pour ou contre l’IA. L’intelligence artificielle est là, elle s’est imposée dans nos vies professionnelles, personnelles, publiques. Elle existe et elle grandit, elle apprend tous les jours et s’améliore sans cesse. La question, c’est donc : quel monde voulons-nous ? Un monde où l’intelligence artificielle remplace les consciences humaines, où les Etats-Unis sont capables de dicter la pluie et le beau temps parce que nous les aurions naïvement laissé prendre des décennies d’avance ? Ou un monde où la France et l’Europe ont su défendre leurs principes, leur identité : humanité, responsabilité, souveraineté ? L’IA, c’est l’autre nom de la question sociale. L’IA, c’est l’autre nom de la question politique. L’IA, c’est l’autre nom de la question culturelle. Nous voulons être libres. Libres encore, libres à nouveaux. Libres comme Français et Européens. Libres comme acteurs économiques. Libres de nos pensées, de nos récits, de nos imaginaires. Dans ma dernière chronique publiée sur le site de La France Humaniste, je propose des pistes pour construire enfin une IA du bien commun. Lire la chronique : https://t.co/odhRy95TkM
C'est maintenant que ça commence. Un seul mot d’ordre. Allez les bleus. Allez la France. 🇫🇷🇫🇷🇫🇷 https://t.co/L6uIA1hIz1
Le risque identitaire à l’échelle des territoires Je ne peux cacher mon malaise face au projet de loi constitutionnelle sur le statut de la Corse actuellement en débat à l’Assemblée. Ce texte porte en lui une ambiguïté dangereuse. Né de la violence, fondé sur la notion problématique de « communauté historique, linguistique, culturelle ayant développé un lien singulier à sa terre » il porte en lui les ferments d’une dislocation nationale et l’illusion des solutions juridiques définitives à des problèmes politiques de longue durée. Qu’aurons-nous gagné à inscrire le communautarisme dans la Constitution ? À travers ce projet de loi instaurant une large autonomie législative en faveur de l’Assemblée de Corse, ce n’est pas un fédéralisme français qui se dessine mais le risque d’un glissement vers ’une confédération des « peuples de France », au détriment de l’unité du peuple français et de la promesse unitaire de la République. La France insoumise emploie désormais ce vocabulaire des peuples de France ; le Rassemblement National, lui, historiquement sensible à certaines causes régionalistes, s’y range à son tour lorsque cela nourrit sa logique identitaire. Parce qu’en réalité, le RN ne concourt pas à l’unité de la nation, il la fracture en communautés et joue de la haine qu’elles entretiennent entre elles. Les deux extrêmes, par des chemins différents, fragilisent le même principe : il n’y a pas plusieurs peuples français, il y a un seul peuple français, composé de citoyens libres et égaux. L’Ile de Beauté est et sera une part intégrante de l’archipel de notre nation-monde. Elle est française à sa manière, avec son histoire, sa langue, ses blessures, ses fidélités, ses contraintes insulaires. Mais ce ne peut être au prix d’une rupture du principe d’égalité entre citoyens. La République peut reconnaître la diversité culturelle ; elle ne peut pas fonder des droits politiques sur l’appartenance culturelle. Je le dis d’autant plus clairement que je ne suis pas en principe hostile à ce qu’un territoire puisse aller vers une forme d’autonomie lorsque celle-ci lui permet de faciliter son administration, de mieux faire appliquer les principes républicains, et qu’elle est une garantie d’égalité. Une République une et indivisible n’est pas nécessairement une République uniforme. Elle doit savoir s’adapter aux territoires, à leur histoire, à leur géographie, à leurs besoins concrets. Mais l’autonomie ne peut être acceptable que si elle demeure une autonomie de responsabilité, non une autonomie d’identité. J’entends la part de « pragmatisme » qui guide les positions floues et en demi-teinte des partis du centre-gauche et du centre-droit, réunis autour du macronisme pour cette proposition de loi. Mais on n’accompagne pas un processus politique sincère en gravant dans le marbre un nouveau point de déséquilibre et de division entre les Français, qui in fine ne conduit qu’au séparatisme dont la Corse elle-même sortirait affaiblie. Il faut au contraire continuer à discuter, agir sur le terrain, résoudre les problèmes spécifiques et réels sans entrer dans les logiques de l’irréversible. Parce que les raisons de la colère sont profondes et la République doit en tirer ses responsabilités. Quand les jeunes Corses n’ont plus accès au logement sur leur propre île à cause de la pression de la spéculation et des résidences secondaires, quand le poids de l’insularité, la vie chère, l’économie suspendue aux saisons de tourisme rendent la vie difficile, c’est la République qui doit répondre. Je comprends combien ces lois pensées pour le continent s’appliquent mal à l’Île-Montagne. Ces difficultés sont réelles et appellent des réponses concrètes. S’adapter aux réalités, mais maintenir vivants les principes, c’est la vraie logique de paix, en Corse comme ailleurs dans notre archipel mondial. Plus largement, le rassemblement nécessaire au sursaut français consiste non pas à éloigner l’État des territoires, mais au contraire à le rendre plus présent, côte à côte avec les collectivités territoriales qui seront, compétence par compétence, les mieux à même d’exercer le pouvoir de faire et de servir les Français. C’est de l’équilibre et de l’harmonie entre une déconcentration de l’action et une décentralisation de la confiance que nous pourrons restaurer la confiance dans la puissance publique. La République une et indivisible n’a que deux échelles. L’échelle nationale, avec le Président, l’Assemblée, le Sénat et le gouvernement ; l’échelle communale avec le maire et son conseil.C’est ce que signifie la clause de compétence générale des communes. Toutes les autres subdivisions, intercommunalités, départements, régions, sont des échelons d’action publique, de coordination et de mise en œuvre, définis par les politiques publiques spécialisées et sectorielles qu’elles sont le mieux en mesure de mettre en œuvre. Elles ne font pas écran entre la petite et la grande patrie. Il y a, par conséquent, lieu de laisser les communes se fédérer entre elles pour former les établissements publics les plus adaptés pour formuler une offre d’école, de santé ou de transport suivant un principe d’efficacité. Il est temps de regarder de l’avant, de dépoussiérer nos disputes théologiques entre jacobins et girondins et de placer le service des Français d’un côté, de la France de l’autre au centre de toute l’action territoriale. Dominique de Villepin Lien de la chronique : https://t.co/hfiPTqHywB ©️ Pascal Pochard-Casabianca / AFP
Je voudrais vous parler d'un non, à partir d'un visage : celui de l'Angelus Novus, ce petit ange peint par Paul Klee que Walter Benjamin emporta avec lui dans son exil, avant de mourir à Portbou en fuyant l'Europe nazie. Tout Walter Benjamin est peut-être déjà dans cette oeuvre. Car cet ange n'avance pas sereinement vers l'avenir : il est retourné vers le passé, saisi par ce qu'il contemple. Là où d'autres voient une suite d'événements, lui voit une seule catastrophe qui accumule les ruines. Et pourtant une tempête le pousse en avant, sans lui laisser le temps de réparer ce qui fut détruit. Cette tempête, dit Benjamin, c'est ce que nous appelons le progrès. Voilà le premier non : non à l'idée que le mouvement du temps suffirait à racheter les violences de l'histoire. Mais ce refus va plus loin. Ce que Benjamin combat, c'est aussi l'histoire racontée par les vainqueurs. Les puissants ne gouvernent pas que les vivants ; ils veulent gouverner le passé, décider de ce qui mérite mémoire et de ce qui peut être oublié. Or les vaincus sont menacés deux fois : une première dans la vie, une seconde dans la mémoire. De là naît une fidélité presque nouvelle : non pas admirer les monuments des vainqueurs, mais recueillir les traces fragiles, les promesses interrompues, les possibles qui n'ont pas eu lieu. Son non est un non à l'effacement, à l'oubli organisé, légitimé, transformé en raison historique. Voilà pourquoi il nous concerne encore. Dans un monde saturé de récits victorieux et d'images qui recouvrent tout, il rappelle que l'avenir n'est pas innocent, et qu'aucune conquête n'efface d'elle-même les vies sacrifiées en chemin. Une civilisation se juge moins à ce qu'elle célèbre qu'à ce qu'elle refuse d'abandonner dans l'ombre. Telle est sa leçon : la pensée n'est pas faite pour accompagner la marche du monde, mais pour empêcher que les ruines deviennent normales. Il a su dire non là où tant d'autres s'inclinaient devant la nécessité.
Donald Trump a dévoilé sa politique sur l’IA : le nationalisme et la nationalisation au service du monopole américain. La Compagnie des Indes Numériques part à l’assaut du monde, sous drapeau américain et avec capitaux privés. Il est temps que les Papous digitaux se rebiffent ! Dominique de Villepin Lien de la chronique : https://t.co/5JLwXjAqk6
Partout, les Français me le disent : on ne nous entend plus. On ne se sent plus représentés. Tout est trop lointain, trop complexe. 70 millions de Français, 35 000 communes, 577 circonscriptions, 101 départements, 13 régions métropolitaines et les Outre-mer, un Président de la République. Mais l’entonnoir républicain fonctionne à l’envers : le Président de la République, solitaire, essaie d’imposer au forceps ses décisions à tout le pays. Je crois qu’il est temps de vraiment écouter le pays, et d’abord ceux qui le connaissent le mieux : les élus locaux. Je propose depuis longtemps la création d’un outil capable de prendre des décisions: le conseil des territoires. Il serait épaulé par une Assemblée des Communes, chargée de porter de façon officielle et représentative la parole des 37 000 Maires du pays.
« Vous êtes candidat ? Vous êtes de gauche ou de droite ? À quel moment allez-vous l’annoncer ? » Toujours les mêmes questions, en boucle, sur tous les plateaux, dans tous les médias, et ces questions je les comprends. Je n’en veux à personne de les poser. Mais il y a une question que personne ne m’a jamais posée, alors je me la pose à moi-même. « Quelle France voudrais-je laisser à mes enfants ? »
Le cinéma, les séries, nous donnent un regard neuf sur le monde. Ils interrogent nos fragilités, nos faiblesses, mais aussi nos forces et nos espoirs. À Séries Mania, j’ai été heureux de vous rencontrer, par milliers, d’échanger avec vous, avec les artistes, avec les professionnels du secteur, pour mieux comprendre cet univers qui transformera durablement notre façon de voir le monde. Kaboul, Baron noir, Black Mirror, Borgen, le Bureau des Légendes : nos scénaristes, réalisateurs, comédiens français et européens ont du talent, faisons-le savoir !
Le Rassemblement national est responsable des mots qu’il emploie et des idées qu’il défend. Faire le lien entre les débordements qui ont suivi la victoire du PSG et l’immigration, c’est non seulement faire fi de la vérité, et les chiffres du Premier ministre le confirment, mais surtout diviser les Français en pointant du doigt toute une partie du pays, tous ceux de nos compatriotes qui, issus de la deuxième, troisième ou quatrième génération, souffrent de cet amalgame. Notre société est déjà fracturée. Socialement, territorialement, identitairement. La responsabilité de la République, et de ceux qui aspirent à la gouverner, c’est de juger des actes, de sanctionner des individus, mais jamais d’assigner des populations, des origines, des couleurs de peau ou des religions. Je refuse cette tentation du soupçon, de la division, entre la Nouvelle France et l’Ancienne France. Je refuse que l’on catégorise nos concitoyens, que l’on établisse une frontière entre les bons et les mauvais Français. Entretien du 07.06.26 sur @BFMTV
Un enfant toutes les trois minutes. Le drame de Lyhanna n'est pas un drame isolé. C'est toute la société qui est concernée. Dans cette société qui connaît les méfaits de la prédation, de l’ abandon et de la domination, les premières victimes sont les plus fragiles : les femmes et les enfants. Et c'est la société tout entière qui doit se mobiliser pour agir et en finir avec cet engrenage. Masculinisme, violences faites aux femmes et aux enfants, sentiment de toute-puissance : nous avons tous le devoir d'agir. Entretien du 07.06.26 sur @BFMTV
La question des violences faites aux femmes et aux enfants est une urgence nationale. Les solutions existent : l’exemple espagnol le montre, avec une diminution d’un tiers du nombre de féminicides. Mais cela requiert du courage et des actes. C’est pourquoi je propose la création d’un parquet national spécialisé dans les violences faites aux femmes et aux enfants, avec des référents dans tous les ressorts judiciaires. Il faudra aussi humaniser notre justice et travailler à l’écoute de la parole des victimes. Entretien sur @bfmtv du 07.06.26
Je veux vous parler d’un roman qui commence comme une histoire d’amour et finit en méditation sur le temps : « Le Musée de l’innocence » d’Orhan Pamuk. Istanbul, des années 1970 aux décennies suivantes. Salons, codes, pudeurs, mensonges, une ville où l’on s’aime sous le regard des autres. Kemal est promis à Sibel. Puis surgit Füsun. La passion éclate. Elle est choc, obsession, bonheur comme une fulgurance, puis la peur, puis la perte. L’innocence du titre, c’est celle du moment, cet instant où l’on croit encore que le bonheur peut durer. C’est celle d’un homme qui collectionne chaque fragment de son amour dans une ville et une société qui changent. L’amour est un travail de mémoire. Les objets sont les archives de la vie. La société fabrique des tragédies intimes. Enfin, la nostalgie peut devenir une œuvre Voilà les leçons de ce livre, et à le lire on comprend que la modernité n’est pas seulement un progrès ; elle est aussi une disparition. L’innocence est fragile, et Pamuk en fait une manière d’habiter la vie. Là où le Taj Mahal élevait l’amour dans un palais de marbre, lui l’enferme dans un palais de poussière.
Je tiens à saluer aujourd'hui la mémoire d'une femme libre, indépendante et profondément engagée, qui tout au long de sa vie, aux côtés de Jacques Chirac, n'a cessé de faire vivre ses convictions au service des autres. Mes pensées affectueuses vont à sa fille Claude, à son petit-fils Martin et toute sa famille. Je l'ai bien connue et admirée pour la passion qu'elle mettait au service de ses convictions. Bernadette Chirac fut bien davantage qu'une « première dame ». Élue conseillère générale de la Corrèze puis adjointe au maire de Sarran, elle fut l'une des rares épouses de chef de l'État à exercer un véritable mandat électif, ancré dans ce territoire qu'elle aimait et qui le lui rendait. Cet enracinement disait tout d'elle : la proximité, la fidélité, le sens du concret. Pionnière dans l'accompagnement des plus fragiles, elle présida de 1994 à 2019 la Fondation Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France. À sa tête, elle donna à l'opération des Pièces jaunes une ampleur nationale, transformant la générosité modeste de millions d'enfants en chambres parents-enfants, en maisons des adolescents et en équipements anti-douleur. Vingt-cinq années d'un engagement obstiné, qui aura amélioré le quotidien d'innombrables jeunes patients hospitalisés. Elle présida également, à partir de 2007, la Fondation Claude-Pompidou, au service des personnes âgées, malades et handicapées. Au-delà du rôle protocolaire, elle a su gagner le cœur des Français par son énergie, son franc-parler et la sincérité de ses combats, pour la dignité des malades, pour l'inclusion des personnes en situation de handicap, pour ces causes que l'on n'ose pas toujours porter sous les projecteurs. Femme de caractère, femme de cœur, Bernadette Chirac laisse l'image d'une vie entièrement tournée vers les autres. La France lui doit beaucoup. Qu'elle en soit, aujourd'hui, chaleureusement remerciée. Dominique de Villepin ©️ Bernadette et Jacques Chirac en 1987. Gamma-Rapho.
RT @Forum_Villepin: Aujourd'hui, direction Saint-Étienne💚 Dominique de @Villepin était à la rencontre de l'équipe et des compagnons d'Emma…
Monsieur Bardella, parlez clairement. Lorsque vous attribuez les violences qui ont suivi la victoire du PSG à « l’immigration », qui visez-vous exactement ? Des étrangers ? Ou bien ces Français nés ici, élevés ici, scolarisés ici, mais dont le nom, le quartier, la couleur de peau ou la religion supposée suffiraient, à vos yeux, à les rendre suspects ? La vraie question est là : à partir de quand est-on pleinement français ? À la deuxième génération ? À la troisième ? À la quatrième ? Faut-il répondre à une condition d’origine, d’apparence ou de croyance pour être reconnu comme un enfant légitime de la République ? Je condamne sans réserve les violences, les pillages, les attaques contre les forces de l’ordre. Ceux qui ont cassé doivent être sanctionnés. Ceux qui ont pillé doivent être jugés. Ceux qui ont frappé doivent être condamnés. La République doit faire respecter la loi, partout, pour tous, sans faiblesse. Mais la République juge les actes. Elle ne juge pas les origines. Elle ne transforme pas une faute individuelle en culpabilité collective. Elle ne confond pas un délinquant avec une communauté, ni un Français avec un étranger parce que son visage, son nom ou son histoire familiale dérangent certains. Voilà ce qui nous sépare. Vous prétendez rétablir l’ordre, mais vous installez le soupçon. Vous prétendez défendre la nation, mais vous introduisez entre les Français une hiérarchie invisible : ceux qui seraient français sans discussion, et ceux qui devraient sans cesse prouver qu’ils le sont assez. Cette logique n’est pas républicaine. Elle appartient au vieil héritage de l’extrême droite française : celui qui trie, qui désigne, qui exclut ; celui qui, depuis les pages les plus sombres de notre histoire, nourrit les réflexes xénophobes, racistes et antisémites contre l’idée même d’une France humaniste et universelle. La France n’est pas une couleur de peau. Elle n’est pas une religion. Elle n’est pas un nom de famille. Elle n’est pas une généalogie. La France est une volonté commune, une loi respectée, une histoire partagée, une promesse tenue. Et cette promesse est simple : nul Français ne doit être regardé comme moins français qu’un autre. L’ordre véritable n’est pas l’ordre du soupçon. C’est l’ordre républicain : ferme contre les coupables, juste envers chacun, fidèle à l’unité nationale. Dominique de Villepin ©️L'Équipe
Marjane Satrapi, celle qui avait su dire non à toutes les oppressions, est partie, emportée par le chagrin, un an après Mattias Ripa, l’amour de sa vie. Elle, qui nous avait appris à rire de nos blessures, n’aura pas survécu à celle-ci. Il nous reste son oeuvre pour continuer à croire en la lumière. Il nous reste son trait comme horizon de liberté. Il nous reste sa voix qui nous apprit tant de fois que peine et joie forment les deux mains jointes d’une vie pleine. Il nous reste Persepolis et sa leçon d'humanité radicale, ses films et ses livres. Une part de sa singularité et de sa force restera éternelle. Je pense à sa famille, à ses amis, à ses proches, et à la famille humaine qui perd l'une de ses boussoles.
Nous protégeons mal nos enfants. Tous les jours, des enfants meurent sous les coups d’adultes dangereux, ils sont victimes de violences sexuelles et d’inceste, des fillettes de 13 ans sont livrées en pâture sur les réseaux sociaux. À Paris, Marseille, dans l’Aisne, en Bretagne, les regards commencent à s’ouvrir et les responsables politiques prennent mesure de l’ampleur du sujet. Mais il faut aller plus loin. C’est pourquoi je souhaite faire de la protection de l’enfance une grande cause nationale. Avec un prérequis, une condition : faire de la parole de l’enfant le signal structurant de toute notre action publique. Une société qui protège ses enfants est une société qui se protège elle-même et qui prépare l’avenir. C’est une société qui se transforme pour basculer vers une culture de la prévention, qui lève les tabous et qui assume enfin d’agir.
À demain matin ! https://t.co/lIIwdklvr7
Gouvernons la France comme Luis Enrique entraîne le PSG. Avec deux règles simples. La première : jouer collectif. La seconde : insuffler un nouvel esprit, casser les habitudes, remettre chacun dans le mouvement, donner à tous la même consigne : faites le travail sur tout le terrain, courez, soutenez-vous, ne séparez pas la première et la deuxième ligne. Tout le monde a sa place. Tout le monde peut agir. Tout le monde peut marquer pour son pays. C’est ainsi que nous remettrons de l’ordre dans une France en souffrance : par l’exigence, par la confiance, par le collectif. Ce week-end, les Tricolores étaient à la fête : le PSG en Ligue des champions, Victor Wembanyama avec San Antonio, Moïse Kouamé à Roland-Garros. Prenons exemple sur nos sportifs : ils nous rappellent qu’on ne gagne jamais seul, qu’on ne gagne jamais sans discipline, et qu’un pays retrouve sa force lorsqu’il recommence à jouer ensemble. Entretien du 31 mai 2026 sur @franceinfo
Alfred Hitchcock. Un œil, une pensée en mouvements. Un cinéaste qui savait dire la vie. En 1958, il réalise Vertigo. D'abord accueilli froidement, ce film deviendra l'un des plus admirés de l'histoire du cinéma. À travers l'histoire de Scottie Ferguson, policier hanté par le vertige et l'obsession, Hitchcock invente une méditation implacable sur le désir, l'image et la perte. Une spirale : celle d'un homme qui préfère son rêve à la femme vivante qui se tient devant lui. Ce film, qui nous bouleverse encore aujourd'hui, est un film qui dit non à l'amour de possession. Non à la toute-puissance du regard. Plus il regarde, moins il voit. Non, enfin, au fantasme de recommencement. Par sa forme, par ses choix d'artiste, Hitchcock fait du style lui-même une expérience morale. Vertigo nous avertit que le regard peut être une violence lorsqu'il veut imposer à l'autre la forme de son manque. Il nous rappelle qu'un homme ne se sauve jamais en voulant refaire le monde à l'image de sa blessure, et que laisser le désir transformer l'autre en fiction, c'est détruire la vérité même de la rencontre.
À ce soir ! https://t.co/mdpvYjlMxS
Le Liban ne peut pas devenir un front oublié. Avec les ordres d’évacuation donnés à des villages entiers du Sud-Liban, avec les violations répétées du cessez-le-feu, avec l’extension des zones de combat et la menace d’une occupation durable, une nouvelle étape est franchie. Nous devons le dire clairement : la sécurité d’Israël ne peut pas se construire sur la disparition progressive du Liban du Sud. Elle ne peut pas se construire sur des villages vidés, des familles déplacées, des paysages interdits, des maisons détruites, des routes coupées, des terres rendues inhabitables. Une guerre ne détruit pas seulement des vies. Elle détruit aussi des mémoires. Elle détruit les pierres et les hommes. Elle arrache les habitants à leurs villages, mais aussi les villages à leur histoire. Elle efface des cimetières, des églises, des mosquées, des écoles, des oliviers, des collines, des maisons où plusieurs générations avaient appris à tenir ensemble. Le Liban est un pays de fragile équilibre. Un pays de blessures et de coexistence. Un pays où chaque village porte une part de mémoire, où chaque pierre dit quelque chose d’une présence, d’une foi, d’une famille, d’une langue, d’une patience. C’est pourquoi l’escalade actuelle est si dangereuse. Elle ne menace pas seulement la paix. Elle menace la possibilité même du retour. Car lorsque les villages sont vidés, lorsque les infrastructures sont détruites, lorsque la peur s’installe, lorsque les frontières deviennent des cicatrices ouvertes, ce n’est plus seulement une opération militaire : c’est une dépossession. Nous devons refuser cette logique. Il faut le désarmement du Hezbollah. Il faut la pleine souveraineté de l’État libanais sur son territoire. Il faut le renforcement de l’armée libanaise. Mais il faut aussi qu’Israël cesse les frappes répétées, les incursions, les occupations de fait et les déplacements imposés aux populations civiles. Le droit international humanitaire n’est pas une option. Le cessez-le-feu n’est pas une pause tactique avant la prochaine offensive. Il est une obligation. Une responsabilité. Une ligne à tenir. La France a une responsabilité particulière à l’égard du Liban. Elle doit agir avec ses partenaires européens, avec l’ONU, avec les pays de la région, pour empêcher que le Sud-Liban ne devienne une zone morte, un espace vidé de ses habitants et de sa mémoire. De Gaza au Sud-Liban, la même question nous est posée : acceptons-nous que la guerre redessine les cartes en effaçant les peuples ? Il est temps de dire non à la destruction des vies et à l’effacement des villages. Le Liban doit vivre. Et la paix ne peut commencer que là où les peuples ont encore le droit d’habiter leur terre. Dominique de Villepin ©️ Une boule de feu après une frappe aérienne israélienne sur Tyr, dans le sud du Liban, le 28 mai 2026 (AFP / Kawant Haju).
La disparition d’Edgar Morin nous laisse orphelins d’une voix rare : celle d’un homme qui n’a jamais renoncé à penser l’humanité dans toute sa complexité. Il nous lègue l’espérance d’une politique de civilisation à même de reconstruire un monde effondré. Résistant, sociologue, philosophe, il avait compris mieux que beaucoup que l’avenir ne se bâtit ni dans les certitudes closes, ni dans les simplifications brutales, mais dans l’effort patient de relier ce que notre époque trop souvent sépare : la raison et la poésie, la science et la conscience, la nation et l’humanité, la liberté et la fraternité. À l’heure où le monde cède aux réflexes de peur, de division et d’affrontement, Edgar Morin nous laisse en partage une exigence : ne jamais mutiler le réel pour le rendre commode ; ne jamais renoncer à comprendre l’autre ; ne jamais séparer la lucidité de l’espérance. Il fut un penseur du tragique, jamais du renoncement. Un homme de mémoire, toujours tourné vers l’avenir. Un Français universel. Sa pensée nous ouvre le chemin. Sa voix, si amicale et fraternelle, nous accompagnera longtemps. Dominique de Villepin