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Dominique de Villepin
Ancien Premier ministre de la République française
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Le pouvoir n’est pas diminué lorsqu’il se laisse atteindre. Il est diminué lorsqu’il prétend ne rien sentir. Cette leçon, nous la devons à Georges Pompidou. Le 22 septembre 1969, à l’issue d’une conférence de presse, le Président Pompidou est interrogé sur l’affaire Gabrielle Russier, cette professeure de lettres qui, après sa condamnation pour avoir entretenu une relation avec un élève mineur, s’est donné la mort. Face à ce drame, Pompidou aurait pu se réfugier derrière l’indépendance de la Justice, choisir de rester muet, de rappeler la réserve qui s’impose au chef de l’Etat. Il fait un autre choix. Il cite Éluard. « Comprenne qui voudra / Moi mon remords ce fut / la victime raisonnable / au regard d’enfant perdue / celle qui ressemble aux morts » Remords. Tout le non du Président Pompidou tient dans cette retenue. Non à la réponse automatique. Non à la froideur correcte. Non à la société qui juge sans mesurer ce que son jugement produit. Non à l’affaire refermée comme un dossier lorsque demeure une morte. Ce non passe par un silence, par un vers, par un mot. Voilà ce qui lui donne sa force. Pompidou n’a pas réparé l’irréparable. Il n’a pas prétendu le faire. Il a trouvé, devant la mort de Gabrielle Russier, le mot qui empêche une société de s’endurcir : remords. Non pas comme une condamnation, mais comme le commencement d’une vigilance, d’une attention fraternelle à l’autre.
Condamnée mais candidate. Je respecte la justice de mon pays. Et je respecte les électeurs, qui auront à choisir l’avenir de notre pays dans 10 mois. Mais je veux dire aux Français, avec gravité, ce que ce moment signifie. Si Marine Le Pen est aujourd’hui aux portes du pouvoir, ce n’est pas par la force de ses idées. C’est par l’accumulation des échecs de ceux qui gouvernent la France depuis vingt ans. Cet échec il porte un nom, celui de l’impuissance publique. Cet échec, c’est un constat : une école qui recule, une justice qui n’exécute pas ses décisions, des services publics à bout de souffle et un État qui promet et qui ne tient plus… Ce ne sont pas les Français qui ont failli. Ce sont des politiques menées sans vision, sans constance et sans courage. La colère des Français est donc légitime. La question est de savoir ce que nous en faisons. Je ne crois pas aux anathèmes. Ils nourrissent ce qu’ils prétendent combattre. Je ne crois pas davantage aux alliances de circonstance, conclues la peur au ventre entre deux tours, pour prolonger cinq ans ce qui vient d’échouer pendant vingt. Je crois à une seule chose, une réponse à la hauteur du mal. Rassembler tous les démocrates et tous les républicains sincères, quelles que soient leurs familles politiques, autour d’un projet clair : redresser nos comptes avec justice, remettre le pays au travail et à la production, rétablir la sécurité partout et pour tous, redonner à l’État la capacité de tenir ses promesse, répondre au défi climatique. Ce chemin est un chemin d’effort et de solidarité. Je ne promettrai pas aux Français que ce sera facile : ce serait leur mentir, et le mensonge public est ce qui a nourri le désenchantement. Mais l’effort partagé avec justice n’a jamais fait peur à notre peuple. C’est l’injustice qui le révolte, et l’impuissance qui le désespère. Ce chemin est aussi un chemin de courage. Le courage de dire la vérité sur l’état du pays. Le courage de travailler ensemble quand tout pousse à se diviser. Le courage de préférer la France à son camp. Notre pays s’est déjà relevé d’impasses que l’on disait sans issue. Il en a la force, il en a les talents, il en a l’histoire. Il lui manque une volonté commune. Cette volonté commune a un nom, le rassemblement dans l’esprit du CNR. Non pas contre quelqu’un, mais pour redresser notre pays et donner un avenir à nos enfants. Il ne s’agit que de volonté, la volonté de l’intérêt général. Nous n’avons pas le droit d’échouer. Dominique de Villepin
Parcoursup est une machine à stress, une machine à échec, une machine à complexité. Derrière cette plateforme opaque, où des procédures trop peu lisibles pèsent sur l’avenir de nos enfants se cache une logique construite patiemment depuis vingt ans, et que le macronisme a empirée. Les études sont devenues un marché, où l’on se vend, où l’on s’achète. Un marché qui ne récompense pas toujours les plus méritants, mais parfois les mieux conseillés, les mieux entourés. Une reproduction sociale qui n’ose pas dire son nom. Mais le plus grave, c’est la perte d’humanité. On a cru pouvoir confier l’avenir d’un enfant à un algorithme, en oubliant que l’orientation est un accompagnement. Aujourd’hui, les psychologues de l’Éducation nationale sont trop peu nombreux pour répondre à l’angoisse et aux besoins réels des élèves. Il faut un coupe-circuit humain au cœur de Parcoursup. Je propose trois rendez-vous d’orientation, de la première à la terminale : un premier pour formuler son désir d’études, un deuxième pour l’affiner et encourager vers l’excellence ceux qui n’osent pas y croire, un troisième après le baccalauréat pour valider sa formation ou en trouver une. Une Nation qui n’accompagne plus sa jeunesse est une Nation qui a renoncé à la regarder.
Il est des gestes modestes qui contiennent une civilisation tout entière. Préparer le thé, le servir, le recevoir : tout cela pourrait sembler infime. C’est pourtant une morale du monde. Aujourd’hui, je veux vous parler du « Livre du Thé », d’Okakura Kakuzō. Face à un Occident sûr d’incarner à lui seul le progrès, ce livre nous dit qu’il existe des formes de grandeur qui ne passent ni par le bruit, ni par la conquête, mais par la délicatesse. Le thé y est une école de l’instant, où la beauté loge dans la trace, dans l’imperfection, où le « vide » est une place faite à l’autre, à la respiration, à l’invisible. Lire ce livre aujourd’hui, c’est retrouver une boussole très contemporaine. Première leçon : l’attention est une souveraineté. Dans un monde de flux et de notifications, tenir une tasse de thé en pleine conscience devient un acte de résistance. Deuxième leçon : la douceur est une force. La civilisation se mesure à sa capacité de préserver des formes de délicatesse. Troisième leçon : l’imperfection est humaine. Le « Livre du thé » valorise la patine, la fissure, l’objet imparfait, parce que l’imperfection dit le vivant. Quatrième leçon : la rencontre des cultures exige l’humilité, parce que la vraie modernité sait accueillir plusieurs manières de vivre. Au fond, le thé n’est pas le sujet : le sujet, c’est la dignité de l’instant, et la possibilité, au milieu du bruit, de redevenir présent.
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Caracas, ville où j’ai passé une partie de mon enfance, est aujourd’hui meurtrie. Je pleure le Venezuela, ce pays déjà si durement éprouvé ces dernières années et désormais frappé par une catastrophe immense. Face à la douleur du peuple vénézuélien, la solidarité internationale doit se mobiliser pleinement, sans délai, pour secourir les victimes, protéger les plus vulnérables et accompagner les familles touchées. Mes pensées vont aux familles, aux blessés, aux disparus et à tout le peuple vénézuélien. Dominique de Villepin ©️ Federico Parra / AFP
Aujourd’hui, 23 juin 2026, la France fait entrer Marc Bloch au Panthéon. À cette occasion, je voudrais vous parler du « non » de Marc Bloch. Un « non » qui unit chez un même homme le savant, le citoyen, le soldat, le résistant. Le premier non de Marc Bloch est peut-être le plus évident, c’est le non à l’abdication. Lorsque Vichy l’exclut de la fonction publique en vertu du statut des Juifs d’octobre 1940, il entre dans la clandestinité, rejoint Franc-Tireur puis les Mouvements unis de la Résistance, est arrêté, torturé, puis exécuté par la Gestapo le 16 juin 1944. Mais ce non de l’action a été préparé par un non de l’intelligence. L’Étrange Défaite est un refus de l’alibi, des consolations faciles, des explications paresseuses. C’est un non à la résignation nationale comme au mensonge patriotique. Il aime la France assez pour ne pas lui mentir. Le « non » de Marc Bloch est une fidélité. À la vérité contre le confort. Au pays contre ses mensonges. À la liberté. À une époque saturée de récits faciles, de simplifications identitaires, de manipulations du passé, de brouillages volontaires de la vérité, Marc Bloch nous rappelle qu’il n’y a pas de liberté commune sans probité intellectuelle.
Nos villes brûlent désormais et nous continuons de regarder ailleurs. « Qui aurait pu prévoir ? » Tout le monde ! Nous ne cessons d’être alertés par les scientifiques et désormais nous voyons les dangers pour la santé des plus vulnérables s’aggraver. On peut comprendre la colère contre le gouvernement. Il fait preuve d’impréparation, d’improvisation et d’incompétence. Bien sûr, il n’est pas responsable de la température qu’il fait, de même qu’il n’était pas responsable de l’apparition de la Covid-19. Il est responsable en revanche d’une gestion en pure communication et et en pure improvisation. Il est responsable d’avoir dépensé plus de 9 milliards d’euros pour soutenir les énergies fossiles sans qu’on puisse trouver les dépenses nouvelles correspondantes en matière de réduction de notre dépendance des énergies fossiles. Il est responsable d’avoir coupé 1,6 milliard d’euros, soit près des deux tiers de la dotation du Fonds vert, dont la mission est justement l’adaptation climatique. Notre pays fait face à une menace à la fois imminente et durable. Météo France nous annonce des vagues de chaleur avec des pics à 50°C avec dix fois plus de jours de canicule par an à l’horizon 2100. L’Europe est le continent qui se réchauffe le plus vite. En quatre ans, la chaleur a fait plus de 200 000 morts en Europe, et, en France, elle tue désormais 5 000 personnes par an, plus que les accidents de la route. La chaleur est un tueur silencieux et insidieux. Elle frappe les personnes âgées, les malades chroniques, les nourrissons, les femmes enceintes et les femmes plus généralement, les travailleurs exposés, et donc d’abord les ouvriers, les routiers, les travailleurs intérimaires ou indépendants des sociétés de livraison à la demande, les sans-abris, les habitants des logements mal isolés, bref tous les hypervulnérables que notre société semble préférer ne pas voir. Elle aggrave les inégalités : quand on vit dans un appartement surchauffé, quand on travaille sur un chantier ou dans une cuisine, quand on dépend d’un transport non climatisé, la canicule n’est pas une gêne mais un danger. Les quartiers populaires sont surexposés aux phénomènes des îlots de chaleur. Les habitants y vivent dans des appartements ou des maisons plus petits, plus souvent mal isolés, et avec moins de moyens pour les rafraîchir, de véritables bouilloires énergétiques ! Avons-nous vraiment tiré toutes les leçons des vingt dernières années ? La réponse est non. Les plans existent, les alertes existent, les gestes de prévention existent. Mais notre pays reste encore dans la réaction, dans l’urgence. Toute la France est responsable, et au premier chef toute la classe politique. Comme sur tous les sujets, pourrions-nous enfin sortir des polarisations idiotes qui évitent de réfléchir et empêchent d’agir ? C’est le signe de la lâcheté et de la bêtise de notre débat politique. Ce n’est pas l’atténuation du réchauffement climatique OU l’adaptation au réchauffement comme on a voulu le faire croire, ce sont les deux. Ce n’est pas l’urbanisme de sobriété OU l’installation de la clim, c’est un panachage des deux. Et ce n’est pas parce que le RN parle de la clim que la clim serait devenue raciste. Premier point, agir plus sur l’atténuation. Tous les climatologues le disent, c’est notre addiction aux énergies fossiles qui nous entraîne toujours plus loin dans un changement climatique hors de contrôle. Tous les économistes le disent et tous les politiques le savent mais n’osent pas le dire, le seul moyen efficace pour nous libérer de notre addiction, c’est de taxer le carbone. Donnez-lui le nom que vous voulez, mais mettez en place une taxe carbone ! C’est ce qui a marché pour le tabac et mon gouvernement a été en première ligne de cette lutte pour la santé publique. Je propose de la mettre en place. Je mesure ses coûts et ses difficultés. Elle doit guider les choix des ménages et des entreprises et donc s’inscrire dans le temps long. Je suis favorable à une bande de fluctuation des prix de l’essence et du diesel. Ceux-ci ne monteraient pas au-delà de 2,50 euros, mais ils ne descendraient pas en dessous de 1,75 euro non plus, pour maintenir le signal d’encouragement aux alternatives, mobilités douces, véhicules électriques, transports en commun. Elle doit être juste et s’accompagner d’une restitution sous forme de dividende carbone utilisable pour financer l’accès aux véhicules électriques et aux travaux d’isolation, avec une augmentation importante des dispositifs de leasing social et d’aides à l’installation de pompes à chaleur. Il est temps de passer à l’échelle ! Deuxième point, agissons plus pour l’adaptation à la chaleur et aux canicules, mais aussi à l’érosion des littoraux, aux risques d’incendie, et aux inondations. Car les événements extrêmes vont se multiplier. Il faut une grande politique d’aménagement du territoire. Pour l’adaptation à la chaleur, il doit y avoir trois priorités : protéger les plus fragiles, transformer les lieux de vie et garantir la continuité des services publics. Chaque commune doit disposer d’un registre à jour des personnes isolées, de messages d’alerte ciblés, de lieux de fraîcheur accessibles, de maraudes renforcées et d’un lien directavec les services sociaux, les médecins, les pharmaciens et les associations. Je crois à la nécessité d’un droit au répit, c’est-à-dire l’accès des personnes vulnérables à un espace frais ou climatisé plusieurs heures par jour. Les hôpitaux, les maisons de retraite, les services d’aide à domicile et les secours doivent disposer de moyens suffisants pendant les épisodes de chaleur. Une grande campagne d’information et de prévention sur les risques vitaux particulièrement encourus par les femmes s’impose également. Angle mort des politiques publiques, la santé des femmes est le grand absent de cette crise caniculaire. Si l’on sait que les chaleurs extrêmes exposent davantage chacune et chacun à des maladies telles que les infarctus du myocarde, les insuffisances rénales ou les pathologies cérébrovasculaires comme l’AVC, on ignore davantage, à tort, que les femmes présentent un risque de décès par AVC de 65% plus élevé que les hommes et un risque d’infarctus du myocarde de 50% supérieur à celui des hommes en période de canicule. L’explication est d’ordre physiologique mais également d’ordre politique et institutionnel : les femmes sont diagnostiquées plus tardivement en raison de leurs symptômes souvent mésestimés et minimisés par le grand public et par le personnel soignant. On ne peut pas fermer les yeux devant cette précarité de genre ! Pour chacune et chacun, dans les villes, il faut donc aussi plus d’ombre, d’arbres, de bancs abrités, de points d’eau, de bâtiments isolés contre le chaud (et le froid). Il faut végétaliser massivement les espaces mais aussi les bâtiments, construire avec des matériaux biosourcés, reforester, décarboner l'économie, freiner l'artificialisation des sols et protéger la ressource en eau. Et cela commence par nos écoles. 1300 fermetures d’écoles. 4000 écoles aménagées. Quand des dizaines de milliers de nos jeunes passent les épreuves du baccalauréat, cela peut avoir des conséquences très concrètes sur leur avenir. Les directeurs d’administration courent acheter les derniers ventilateurs au magasin de bricolage pour les livrer aux écoles, des chefs d’établissement commandent quelques climatiseurs, parfois à leurs frais, pour que les collégiens ne suffoquent pas au brevet. Ce bricolage n’est pas digne de la République, et ce sont toujours les mêmes qui suffoquent. Dans les quartiers populaires, le bassin minier, les outre-mer. Cela nécessite une réponse ferme et ambitieuse de l’Etat, qui mobilise toutes les ressources à disposition. Les études le montrent : un bâtiment mieux isolé permet des économies budgétaires de l’ordre de 40% par an. Nous consacrons 500 millions d’euros par an pour rénover nos écoles, issus de ce fonds vert divisé par quatre. Il faudrait 1,4 milliard annuel jusqu’en 2050 pour être à la hauteur. Voilà par exemple où nous pourrions réinvestir ces 9 milliards d’euros que nous économiserions en arrêtant de subventionner les fossiles. Sur le long terme, ce sera rentable pour l’Etat, car une école isolée est une école qui fait drastiquement baisser sa facture.Le principe doit être la pleine autonomie des maires sur la politique d’adaptation, mais avec des moyens humains et financiers dédiés fournis par l’État en fonction des caractéristiques de la composition sociale, du bâti, des risques environnementaux locaux. Les politiques uniformes « la clim partout » sont absurdes. Abandonner les maires à eux-mêmes est cynique. Pour les travailleurs, sur les chantiers, dans les restaurants, dans les rues ou dans les champs, il faut des pauses, des horaires adaptés, une organisation du travail revue en période de chaleur extrême. Cela suppose une grande conférence sociale de l’adaptation climatique du travail, sur la pénibilité thermique, son suivi et ses compensations. Là aussi, le droit au répit doit s’imposer. Troisième point l’anticipation. Essayons de ne pas avoir, comme trop souvent avec ce gouvernement, une crise de retard. Voyons aussi la crise agricole qu’annonce cette succession de canicules pour cette année, dans un contexte déjà très difficile pour nos agriculteurs en raison de la crise pétrolière, et, à plus long terme, le besoin d’adaptation de notre agriculture à une France où le réchauffement dépassera sûrement 3°C, puisque nous nous réchauffons au double de la vitesse moyenne mondiale. Des dispositifs d’aides spécifiques seront nécessaires cette année, ils doivent commencer à être discutés dès aujourd’hui, avant la détresse. Voyons le risque accru d’incendies que cela fait peser et la nécessité dans les territoires à risque de prendre des mesures de coupes préventives ou de débroussaillage pour éviter que des méga-feux traversent la France cet été. Crise agricole, risque d’incendies ; derrière la chaleur pointe la question de l’eau. En 2022, près de 2000 communes ont frôlé la rupture d’eau potable, et la sécheresse a rendu nos forêts si combustibles que 72 000 hectares sont partis en fumée. L’eau deviendra bientôt, si nous n’agissons pas collectivement, le théâtre de tous les conflits. À nous d'organiser la paix de l'eau, à travers le partage des ressources dans la concertation et la justice, bassin par bassin, avec une puissance publique attentive. Peut-être est-il temps de nous préoccuper de notre habitat commun ? Peut-être est-il temps de remettre en question le culte de la prédation, de la performance, de l'accumulation et de la compétition permanente pour redonner du sens à la sobriété, à la coopération, à la solidarité et à la qualité de vie. Et surtout de remettre au cœur du débat une question que notre époque évite soigneusement : quel sens voulons-nous donner à nos vies ? N’est-il pas temps d’adopter un nouveau principe moral fondamental : ne s’autoriser à faire que ce que l’on sait défaire ? Ce principe, inspiré des processus naturels, particulièrement de celui de l’humus, permettrait de porter un autre regard sur notre production, notre consommation, sur la constitution de notre bâti par exemple. N’est-il pas temps de cesser de créer de l’indécomposable, de produire ce qui ne peut pas être digéré, ce qui ne peut pas s’inscrire dans le grand cycle de renouvellement, voire de transformation naturelle ? Cela implique de révolutionner notre rapport à la production de plastiques, de PFAS, de déchets nucléaires. Cela implique de construire le bâti avec desbiomatériaux, d’éduquer enfants et adultes à l’économie circulaire, à la permaculture, et ce jusque dans nos villes. L’heure n’est pas à une écologie punitive ni à une sobriété monacale, mais à une cohabitation féconde, consciente et responsable avec le vivant. Je mesure le sentiment d’impuissance et d’angoisse que suscite cette vague caniculaire, ce désespoir des jeunes générations qui se sentent prisonnières d’un monde devenu invivable. Je veux leur dire qu’il n’y a pas de fatalité. Nous avons déjà réussi par le passé à affronter des défis écologiques. Au tournant du XVIIIe et du XIXe siècle quand la déforestation massive semblait appauvrir les sols avec des conséquences catastrophiques, notamment dans les montagnes. Dans les années quatre-vingt du siècle dernier, face aux pluies acides, quand la puissance publique en concertation internationale a pu imposer les pots catalytiques sur les voitures. Dans les années quatre-vingt-dix, avec le trou de la couche d’ozone, en régulant diplomatiquement l’usage des gaz CFC. Même sur le réchauffement climatique, notre bilan est loin d’être nul depuis trente ans car nous avons déjà réduit nos émissions de 31%. La Charte de l’environnement, le Grenelle de l’environnement et les Accords de Paris ont été la preuve qu’une continuité transpartisane reste possible dans l’action publique. Ce que nous avons réussi, nous pouvons le réussir à nouveau, à condition de renouer avec une politique d’autorité de la puissance publique, de justice sociale, d’éducation et de transformation maîtrisée. Il ne s’agit pas de faire moins mal, mais de faire mieux. Et c’est possible. La canicule n’est pas seulement une affaire de météo : c’est un test d’efficacité et de solidarité pour la République. ©️ Les fontaines du parc André Citroën, à Paris. Charles Platiau/Reuters.
Nos villes brûlent désormais et nous continuons de regarder ailleurs. « Qui aurait pu prévoir ? » Tout le monde ! Nous ne cessons d’être alertés par les scientifiques et désormais nous voyons les dangers pour la santé des plus vulnérables s’aggraver. On peut comprendre la colère contre le gouvernement. Il fait preuve d’impréparation, d’improvisation et d’incompétence. Bien sûr, il n’est pas responsable de la température qu’il fait, de même qu’il n’était pas responsable de l’apparition de la Covid-19. Il est responsable en revanche d’une gestion en pure communication et et en pure improvisation. Il est responsable d’avoir dépensé plus de 9 milliards d’euros pour soutenir les énergies fossiles sans qu’on puisse trouver les dépenses nouvelles correspondantes en matière de réduction de notre dépendance des énergies fossiles. Il est responsable d’avoir coupé 1,6 milliard d’euros, soit près des deux tiers de la dotation du Fonds vert, dont la mission est justement l’adaptation climatique. Notre pays fait face à une menace à la fois imminente et durable. Météo France nous annonce des vagues de chaleur avec des pics à 50°C avec dix fois plus de jours de canicule par an à l’horizon 2100. L’Europe est le continent qui se réchauffe le plus vite. En quatre ans, la chaleur a fait plus de 200 000 morts en Europe, et, en France, elle tue désormais 5 000 personnes par an, plus que les accidents de la route. La chaleur est un tueur silencieux et insidieux. Elle frappe les personnes âgées, les malades chroniques, les nourrissons, les femmes enceintes et les femmes plus généralement, les travailleurs exposés, et donc d’abord les ouvriers, les routiers, les travailleurs intérimaires ou indépendants des sociétés de livraison à la demande, les sans-abris, les habitants des logements mal isolés, bref tous les hypervulnérables que notre société semble préférer ne pas voir. Elle aggrave les inégalités : quand on vit dans un appartement surchauffé, quand on travaille sur un chantier ou dans une cuisine, quand on dépend d’un transport non climatisé, la canicule n’est pas une gêne mais un danger. Les quartiers populaires sont surexposés aux phénomènes des îlots de chaleur. Les habitants y vivent dans des appartements ou des maisons plus petits, plus souvent mal isolés, et avec moins de moyens pour les rafraîchir, de véritables bouilloires énergétiques ! Avons-nous vraiment tiré toutes les leçons des vingt dernières années ? La réponse est non. Les plans existent, les alertes existent, les gestes de prévention existent. Mais notre pays reste encore dans la réaction, dans l’urgence. Toute la France est responsable, et au premier chef toute la classe politique. Comme sur tous les sujets, pourrions-nous enfin sortir des polarisations idiotes qui évitent de réfléchir et empêchent d’agir ? C’est le signe de la lâcheté et de la bêtise de notre débat politique. Ce n’est pas l’atténuation du réchauffement climatique OU l’adaptation au réchauffement comme on a voulu le faire croire, ce sont les deux. Ce n’est pas l’urbanisme de sobriété OU l’installation de la clim, c’est un panachage des deux. Et ce n’est pas parce que le RN parle de la clim que la clim serait devenue raciste. Premier point, agir plus sur l’atténuation. Tous les climatologues le disent, c’est notre addiction aux énergies fossiles qui nous entraîne toujours plus loin dans un changement climatique hors de contrôle. Tous les économistes le disent et tous les politiques le savent mais n’osent pas le dire, le seul moyen efficace pour nous libérer de notre addiction, c’est de taxer le carbone. Donnez-lui le nom que vous voulez, mais mettez en place une taxe carbone ! C’est ce qui a marché pour le tabac et mon gouvernement a été en première ligne de cette lutte pour la santé publique. Je propose de la mettre en place. Je mesure ses coûts et ses difficultés. Elle doit guider les choix des ménages et des entreprises et donc s’inscrire dans le temps long. Je suis favorable à une bande de fluctuation des prix de l’essence et du diesel. Ceux-ci ne monteraient pas au-delà de 2,50 euros, mais ils ne descendraient pas en dessous de 1,75 euro non plus, pour maintenir le signal d’encouragement aux alternatives, mobilités douces, véhicules électriques, transports en commun. Elle doit être juste et s’accompagner d’une restitution sous forme de dividende carbone utilisable pour financer l’accès aux véhicules électriques et aux travaux d’isolation, avec une augmentation importante des dispositifs de leasing social et d’aides à l’installation de pompes à chaleur. Il est temps de passer à l’échelle ! Deuxième point, agissons plus pour l’adaptation à la chaleur et aux canicules, mais aussi à l’érosion des littoraux, aux risques d’incendie, et aux inondations. Car les événements extrêmes vont se multiplier. Il faut une grande politique d’aménagement du territoire. Pour l’adaptation à la chaleur, il doit y avoir trois priorités : protéger les plus fragiles, transformer les lieux de vie et garantir la continuité des services publics. Chaque commune doit disposer d’un registre à jour des personnes isolées, de messages d’alerte ciblés, de lieux de fraîcheur accessibles, de maraudes renforcées et d’un lien directavec les services sociaux, les médecins, les pharmaciens et les associations. Je crois à la nécessité d’un droit au répit, c’est-à-dire l’accès des personnes vulnérables à un espace frais ou climatisé plusieurs heures par jour. Les hôpitaux, les maisons de retraite, les services d’aide à domicile et les secours doivent disposer de moyens suffisants pendant les épisodes de chaleur. Une grande campagne d’information et de prévention sur les risques vitaux particulièrement encourus par les femmes s’impose également. Angle mort des politiques publiques, la santé des femmes est le grand absent de cette crise caniculaire. Si l’on sait que les chaleurs extrêmes exposent davantage chacune et chacun à des maladies telles que les infarctus du myocarde, les insuffisances rénales ou les pathologies cérébrovasculaires comme l’AVC, on ignore davantage, à tort, que les femmes présentent un risque de décès par AVC de 65% plus élevé que les hommes et un risque d’infarctus du myocarde de 50% supérieur à celui des hommes en période de canicule. L’explication est d’ordre physiologique mais également d’ordre politique et institutionnel : les femmes sont diagnostiquées plus tardivement en raison de leurs symptômes souvent mésestimés et minimisés par le grand public et par le personnel soignant. On ne peut pas fermer les yeux devant cette précarité de genre ! Pour chacune et chacun, dans les villes, il faut donc aussi plus d’ombre, d’arbres, de bancs abrités, de points d’eau, de bâtiments isolés contre le chaud (et le froid). Il faut végétaliser massivement les espaces mais aussi les bâtiments, construire avec des matériaux biosourcés, reforester, décarboner l'économie, freiner l'artificialisation des sols et protéger la ressource en eau. Et cela commence par nos écoles. 1300 fermetures d’écoles. 4000 écoles aménagées. Quand des dizaines de milliers de nos jeunes passent les épreuves du baccalauréat, cela peut avoir des conséquences très concrètes sur leur avenir. Les directeurs d’administration courent acheter les derniers ventilateurs au magasin de bricolage pour les livrer aux écoles, des chefs d’établissement commandent quelques climatiseurs, parfois à leurs frais, pour que les collégiens ne suffoquent pas au brevet. Ce bricolage n’est pas digne de la République, et ce sont toujours les mêmes qui suffoquent. Dans les quartiers populaires, le bassin minier, les outre-mer. Cela nécessite une réponse ferme et ambitieuse de l’Etat, qui mobilise toutes les ressources à disposition. Les études le montrent : un bâtiment mieux isolé permet des économies budgétaires de l’ordre de 40% par an. Nous consacrons 500 millions d’euros par an pour rénover nos écoles, issus de ce fonds vert divisé par quatre. Il faudrait 1,4 milliard annuel jusqu’en 2050 pour être à la hauteur. Voilà par exemple où nous pourrions réinvestir ces 9 milliards d’euros que nous économiserions en arrêtant de subventionner les fossiles. Sur le long terme, ce sera rentable pour l’Etat, car une école isolée est une école qui fait drastiquement baisser sa facture.Le principe doit être la pleine autonomie des maires sur la politique d’adaptation, mais avec des moyens humains et financiers dédiés fournis par l’État en fonction des caractéristiques de la composition sociale, du bâti, des risques environnementaux locaux. Les politiques uniformes « la clim partout » sont absurdes. Abandonner les maires à eux-mêmes est cynique. Pour les travailleurs, sur les chantiers, dans les restaurants, dans les rues ou dans les champs, il faut des pauses, des horaires adaptés, une organisation du travail revue en période de chaleur extrême. Cela suppose une grande conférence sociale de l’adaptation climatique du travail, sur la pénibilité thermique, son suivi et ses compensations. Là aussi, le droit au répit doit s’imposer. Troisième point l’anticipation. Essayons de ne pas avoir, comme trop souvent avec ce gouvernement, une crise de retard. Voyons aussi la crise agricole qu’annonce cette succession de canicules pour cette année, dans un contexte déjà très difficile pour nos agriculteurs en raison de la crise pétrolière, et, à plus long terme, le besoin d’adaptation de notre agriculture à une France où le réchauffement dépassera sûrement 3°C, puisque nous nous réchauffons au double de la vitesse moyenne mondiale. Des dispositifs d’aides spécifiques seront nécessaires cette année, ils doivent commencer à être discutés dès aujourd’hui, avant la détresse. Voyons le risque accru d’incendies que cela fait peser et la nécessité dans les territoires à risque de prendre des mesures de coupes préventives ou de débroussaillage pour éviter que des méga-feux traversent la France cet été. Crise agricole, risque d’incendies ; derrière la chaleur pointe la question de l’eau. En 2022, près de 2000 communes ont frôlé la rupture d’eau potable, et la sécheresse a rendu nos forêts si combustibles que 72 000 hectares sont partis en fumée. L’eau deviendra bientôt, si nous n’agissons pas collectivement, le théâtre de tous les conflits. À nous d'organiser la paix de l'eau, à travers le partage des ressources dans la concertation et la justice, bassin par bassin, avec une puissance publique attentive. Peut-être est-il temps de nous préoccuper de notre habitat commun ? Peut-être est-il temps de remettre en question le culte de la prédation, de la performance, de l'accumulation et de la compétition permanente pour redonner du sens à la sobriété, à la coopération, à la solidarité et à la qualité de vie. Et surtout de remettre au cœur du débat une question que notre époque évite soigneusement : quel sens voulons-nous donner à nos vies ? N’est-il pas temps d’adopter un nouveau principe moral fondamental : ne s’autoriser à faire que ce que l’on sait défaire ? Ce principe, inspiré des processus naturels, particulièrement de celui de l’humus, permettrait de porter un autre regard sur notre production, notre consommation, sur la constitution de notre bâti par exemple. N’est-il pas temps de cesser de créer de l’indécomposable, de produire ce qui ne peut pas être digéré, ce qui ne peut pas s’inscrire dans le grand cycle de renouvellement, voire de transformation naturelle ? Cela implique de révolutionner notre rapport à la production de plastiques, de PFAS, de déchets nucléaires. Cela implique de construire le bâti avec desbiomatériaux, d’éduquer enfants et adultes à l’économie circulaire, à la permaculture, et ce jusque dans nos villes. L’heure n’est pas à une écologie punitive ni à une sobriété monacale, mais à une cohabitation féconde, consciente et responsable avec le vivant. Je mesure le sentiment d’impuissance et d’angoisse que suscite cette vague caniculaire, ce désespoir des jeunes générations qui se sentent prisonnières d’un monde devenu invivable. Je veux leur dire qu’il n’y a pas de fatalité. Nous avons déjà réussi par le passé à affronter des défis écologiques. Au tournant du XVIIIe et du XIXe siècle quand la déforestation massive semblait appauvrir les sols avec des conséquences catastrophiques, notamment dans les montagnes. Dans les années quatre-vingt du siècle dernier, face aux pluies acides, quand la puissance publique en concertation internationale a pu imposer les pots catalytiques sur les voitures. Dans les années quatre-vingt-dix, avec le trou de la couche d’ozone, en régulant diplomatiquement l’usage des gaz CFC. Même sur le réchauffement climatique, notre bilan est loin d’être nul depuis trente ans car nous avons déjà réduit nos émissions de 31%. La Charte de l’environnement, le Grenelle de l’environnement et les Accords de Paris ont été la preuve qu’une continuité transpartisane reste possible dans l’action publique. Ce que nous avons réussi, nous pouvons le réussir à nouveau, à condition de renouer avec une politique d’autorité de la puissance publique, de justice sociale, d’éducation et de transformation maîtrisée. Il ne s’agit pas de faire moins mal, mais de faire mieux. Et c’est possible. La canicule n’est pas seulement une affaire de météo : c’est un test d’efficacité et de solidarité pour la République. ©️ Les fontaines du parc André Citroën, à Paris. Charles Platiau/Reuters.
De la sueur, oui, mais pas de sang, ni de larmes : de la méthode, du courage et de l’ambition. Les solutions existent pour une politique budgétaire à la hauteur de la France. Contre le déficit ? Une loi organique budgétaire, quinquennale et contraignante. Pour investir dans l'avenir français ? Un fonds de solidarité et de souveraineté. Pour le progrès écologique ? Une taxe carbone, juste, adaptative et supportable. Pour le pouvoir d'achat ? Des factures d'électricité basées sur le coût de production national et non sur le prix du marché européen. Le développement complet à lire dans mon interview @lopinion_fr Dominique de Villepin
Cyrano de Bergerac. Cette oeuvre, nous croyons tous la connaître. Mais qui prend vraiment le temps de comprendre ce qui se passe dans cette fable politique, sociale, humaine, écrite dans une France déchirée et qui résonne aujourd’hui plus fort que jamais ? La première leçon de Cyrano de Bergerac, c’est que la liberté commence par un refus. « Non merci ! » dit-il, à cet ordre social fondé sur la dépendance, la hiérarchie et la flagornerie qui masquent la médiocrité. La deuxième leçon de Cyrano de Bergerac, c’est que le pouvoir se nourrit de récits. Cyrano est un héraut de la résistance intellectuelle. La troisième leçon de Cyrano de Bergerac, c’est que se masquer, c’est se condamner soi-même. Celui qui dissimule ne protège personne, et le mensonge finit toujours par exiger son sacrifice. Enfin, quatrième leçon : le courage est un panache. À l’heure où tant de gens croient que le progrès doit être désincarné, Cyrano croit encore aux étoiles, à la lune, à la beauté des mots, à un monde qui n’aurait pas renoncé à sa part de magie. Son panache, c’est l’élégance de celui qui tient debout, et qui sait que les dogmes meurent dès qu’on cesse d’y croire. Résister, au fond, c’est raconter autrement. C’est le chemin que nous voulons tous encore emprunter : montrer la force d’une France qui se relève sans cesse, qui prend la parole et assume fièrement sa singularité, son ardeur. Une France qui retrouverait confiance en elle. Une France qui aurait, encore, du panache.
En ce 18 juin, jour de résistance, je me félicite qu’Edouard Philippe rejoigne solennellement mon appel lancé en mars dernier dans le @Grand_Continent le « moment européen ». De l’« eurogaullisme » en passant par la « souveraineté intégrale » et à un « pacte européen », les bonnes idées n’appartiennent à personne. C’est le rassemblement qui compte comme tous les gaullistes le savent. Aussi, je laisse le soin aux exégètes de lire l’original ci-dessous. Anticipant votre prochain texte, ayant lu le vôtre attentivement, je me permets de vous soumettre une autre idée en cette période de canicule : l’écogaullisme. Partageons le pouvoir de dire Non ! https://t.co/JkQx34ERBc
La question n’est plus : pour ou contre l’IA. L’intelligence artificielle est là, elle s’est imposée dans nos vies professionnelles, personnelles, publiques. Elle existe et elle grandit, elle apprend tous les jours et s’améliore sans cesse. La question, c’est donc : quel monde voulons-nous ? Un monde où l’intelligence artificielle remplace les consciences humaines, où les Etats-Unis sont capables de dicter la pluie et le beau temps parce que nous les aurions naïvement laissé prendre des décennies d’avance ? Ou un monde où la France et l’Europe ont su défendre leurs principes, leur identité : humanité, responsabilité, souveraineté ? L’IA, c’est l’autre nom de la question sociale. L’IA, c’est l’autre nom de la question politique. L’IA, c’est l’autre nom de la question culturelle. Nous voulons être libres. Libres encore, libres à nouveaux. Libres comme Français et Européens. Libres comme acteurs économiques. Libres de nos pensées, de nos récits, de nos imaginaires. Dans ma dernière chronique publiée sur le site de La France Humaniste, je propose des pistes pour construire enfin une IA du bien commun. Lire la chronique : https://t.co/odhRy95TkM
C'est maintenant que ça commence. Un seul mot d’ordre. Allez les bleus. Allez la France. 🇫🇷🇫🇷🇫🇷 https://t.co/L6uIA1hIz1
Le risque identitaire à l’échelle des territoires Je ne peux cacher mon malaise face au projet de loi constitutionnelle sur le statut de la Corse actuellement en débat à l’Assemblée. Ce texte porte en lui une ambiguïté dangereuse. Né de la violence, fondé sur la notion problématique de « communauté historique, linguistique, culturelle ayant développé un lien singulier à sa terre » il porte en lui les ferments d’une dislocation nationale et l’illusion des solutions juridiques définitives à des problèmes politiques de longue durée. Qu’aurons-nous gagné à inscrire le communautarisme dans la Constitution ? À travers ce projet de loi instaurant une large autonomie législative en faveur de l’Assemblée de Corse, ce n’est pas un fédéralisme français qui se dessine mais le risque d’un glissement vers ’une confédération des « peuples de France », au détriment de l’unité du peuple français et de la promesse unitaire de la République. La France insoumise emploie désormais ce vocabulaire des peuples de France ; le Rassemblement National, lui, historiquement sensible à certaines causes régionalistes, s’y range à son tour lorsque cela nourrit sa logique identitaire. Parce qu’en réalité, le RN ne concourt pas à l’unité de la nation, il la fracture en communautés et joue de la haine qu’elles entretiennent entre elles. Les deux extrêmes, par des chemins différents, fragilisent le même principe : il n’y a pas plusieurs peuples français, il y a un seul peuple français, composé de citoyens libres et égaux. L’Ile de Beauté est et sera une part intégrante de l’archipel de notre nation-monde. Elle est française à sa manière, avec son histoire, sa langue, ses blessures, ses fidélités, ses contraintes insulaires. Mais ce ne peut être au prix d’une rupture du principe d’égalité entre citoyens. La République peut reconnaître la diversité culturelle ; elle ne peut pas fonder des droits politiques sur l’appartenance culturelle. Je le dis d’autant plus clairement que je ne suis pas en principe hostile à ce qu’un territoire puisse aller vers une forme d’autonomie lorsque celle-ci lui permet de faciliter son administration, de mieux faire appliquer les principes républicains, et qu’elle est une garantie d’égalité. Une République une et indivisible n’est pas nécessairement une République uniforme. Elle doit savoir s’adapter aux territoires, à leur histoire, à leur géographie, à leurs besoins concrets. Mais l’autonomie ne peut être acceptable que si elle demeure une autonomie de responsabilité, non une autonomie d’identité. J’entends la part de « pragmatisme » qui guide les positions floues et en demi-teinte des partis du centre-gauche et du centre-droit, réunis autour du macronisme pour cette proposition de loi. Mais on n’accompagne pas un processus politique sincère en gravant dans le marbre un nouveau point de déséquilibre et de division entre les Français, qui in fine ne conduit qu’au séparatisme dont la Corse elle-même sortirait affaiblie. Il faut au contraire continuer à discuter, agir sur le terrain, résoudre les problèmes spécifiques et réels sans entrer dans les logiques de l’irréversible. Parce que les raisons de la colère sont profondes et la République doit en tirer ses responsabilités. Quand les jeunes Corses n’ont plus accès au logement sur leur propre île à cause de la pression de la spéculation et des résidences secondaires, quand le poids de l’insularité, la vie chère, l’économie suspendue aux saisons de tourisme rendent la vie difficile, c’est la République qui doit répondre. Je comprends combien ces lois pensées pour le continent s’appliquent mal à l’Île-Montagne. Ces difficultés sont réelles et appellent des réponses concrètes. S’adapter aux réalités, mais maintenir vivants les principes, c’est la vraie logique de paix, en Corse comme ailleurs dans notre archipel mondial. Plus largement, le rassemblement nécessaire au sursaut français consiste non pas à éloigner l’État des territoires, mais au contraire à le rendre plus présent, côte à côte avec les collectivités territoriales qui seront, compétence par compétence, les mieux à même d’exercer le pouvoir de faire et de servir les Français. C’est de l’équilibre et de l’harmonie entre une déconcentration de l’action et une décentralisation de la confiance que nous pourrons restaurer la confiance dans la puissance publique. La République une et indivisible n’a que deux échelles. L’échelle nationale, avec le Président, l’Assemblée, le Sénat et le gouvernement ; l’échelle communale avec le maire et son conseil.C’est ce que signifie la clause de compétence générale des communes. Toutes les autres subdivisions, intercommunalités, départements, régions, sont des échelons d’action publique, de coordination et de mise en œuvre, définis par les politiques publiques spécialisées et sectorielles qu’elles sont le mieux en mesure de mettre en œuvre. Elles ne font pas écran entre la petite et la grande patrie. Il y a, par conséquent, lieu de laisser les communes se fédérer entre elles pour former les établissements publics les plus adaptés pour formuler une offre d’école, de santé ou de transport suivant un principe d’efficacité. Il est temps de regarder de l’avant, de dépoussiérer nos disputes théologiques entre jacobins et girondins et de placer le service des Français d’un côté, de la France de l’autre au centre de toute l’action territoriale. Dominique de Villepin Lien de la chronique : https://t.co/hfiPTqHywB ©️ Pascal Pochard-Casabianca / AFP
Le retour sur le marché mondial de l’Iran va également changer la donne. Une baisse trop forte des prix serait aussi déstabilisatrice que l’augmentation des derniers mois. Il faut une négociation internationale pour donner à l’Agence Internationale de l’Energie un mandat de maitrise des prix globaux avec des instruments de coercition sur les allocations de volumes à l’export. Ce sera difficile, certains diront impossible. C’est nécessaire. Troisième dimension structurante, l’Occident souffre d’un angle mort : un Occident qui parle d’universel lorsqu’il domine et de réalisme lorsqu’il est contesté offre aux Suds le spectacle qui nourrit le récit multipolaire de ses rivaux. À chaque détroit fermé par la force, ce sont les empires concurrents qui se proclament du bon côté de l’Histoire. La dévaluation de la parole publique, ces annonces incessantes d’accords qui tardent à se matérialiser, c’est le performatif dégradé d’une superpuissance, le yakafokon à l’échelle du monde, qui use le crédit là même où il faudrait l’autorité. Le droit international doit avoir le dernier mot pour rétablir l’idée d’un ordre juste, dans lequel les peuples puissent avoir confiance. Des décisions de la Cour Internationale de Justice et de la Cour Pénale Internationale, sans doute aussi des différentes juridictions nationales potentiellement concernées, seront nécessaires pour tourner définitivement la page de ce conflit sans fin. Au fond, ce protocole nous dit dans quel temps du monde nous sommes : un temps suspendu entre deux logiques. Celle de l’illimité, la domination, la force, les empires qui gèlent les conflits faute de savoir les résoudre. Et celle des limites partagées : le droit, la cohabitation, la garantie commune. Le Golfe est le laboratoire de ce choix. Il est temps de remettre la paix à l’agenda du monde. Une paix qui ne soit ni l’attente d’une nouvelle guerre, ni l’absence miraculeuse de guerre, mais, comme c’est ma conviction pragmatique, une paix qui soit travail. Aujourd’hui, un autre monde est inévitable. Dominique de Villepin Lien de la chronique : https://t.co/XCHqA2bzbh ©️ Le détroit d’Ormuz, vu des côtes d’Oman, le 15 juin 2026. Stringer / Reuters. [3/3]
Un accord sur le nucléaire est envisageable et c’est une bonne chose, mais il sera en retrait en termes d’efficacité, de crédibilité et de légitimité par rapport à l’accord de 2015, appelé JCPOA, un accord déchiré par Donald Trump en 2018. Croyant tout emporter par la force, Donald Trump se retrouve avec un stock d’uranium scellé sous terre et un scénario nord-coréen à l’horizon. Sur les causes régionales de conflit, rien n’est réglé et nous avons désormais à faire à un conflit gelé aux dimensions du Moyen Orient, à condition qu’Israël y souscrive. Pour aller enfin de l’avant, il faut inscrire la compréhension de ce moment dans une histoire plus longue, en dépit de l’aversion de notre époque à tout ce qui dépasse le culte de l’instantané. Nous devons en tirer les conséquences pour reprendre le travail de la paix. Première dimension structurante, nous sommes entrés dans un âge de fer, ce temps où la guerre cesse d’être l’exception pour redevenir une méthode ordinaire. L’accélération de l’Histoire - 1979 et la révolution iranienne, 1989, 2001, 2008, 2014, 2022, 2023 - n’a pas ralenti ; elle s’est emballée. Et la séquence du Golfe réunit les trois visages du monde qui vient : un monde de la rareté, où un détroit pétrolier suffit à faire trembler l’économie mondiale ; un monde des empires, où la force se substitue au droit ; un monde sans règles, où le rapport de force ne connaît plus de dernière limite. Il va falloir une réorganisation substantielle de l’action internationale. Mais le dilemme de sécurité n’est pas la seule loi des affaires internationales. Il existe aussi un dilemme d’ordre, selon lequel si je veux qu’un autre Etat se plie à des règles communes, je dois moi-même m’y soumettre. Il y a un avantage collectif au respect des règles. Il est d’autant plus important que l’Etat a peu de chances d’être hégémonique par la puissance militaire. Cela suppose donc une alliance des Etats européens, des pays du Commonwealth, comme des puissances du Sud Global qui ne peuvent se satisfaire de l’évolution actuelle. Tous ceux qui sont assez puissants ensemble pour contraindre même le leader mondial ou les deux rivaux planétaires. Tous ceux qui ne le sont pas assez pour peser encore seuls. Notre avenir consiste en une coalition de l’universalité et de la diversité mondiale. Cette alliance pour la civilisation est possible. Elle doit parler de climat, d’IA, de sortie de la pauvreté et évidemment de paix. Deuxième dimension structurante, la force ne fonde rien : elle s’est retournée contre ceux qui l’exerçaient, transformant une guerre éclair en enlisement, et une supériorité militaire en dépendance, au point que la première puissance du monde en est réduite à demander à ses alliés de déminer le détroit que sa propre guerre a fermé. Ormuz est ici la grande leçon. Pour qui ne voit que les rapports de force, c’est un point de passage que l’on tient ou que l’on perd. En vérité, c’est une vulnérabilité partagée : un détroit n’est pas une arme, c’est un bien commun qui n’appelle pas la domination mais la garantie collective — comme le Sund, Malacca, ou ces détroits du Bosphore et des Dardanelles que la Convention de Montreux a su soustraire à la logique de puissance dès 1936 en les plaçant sous garantie internationale, selon la logique assurantielle des relations internationales. Géré par la force, Ormuz devient un point de rupture mondial ; il ne sera durablement pacifié que régulé. Les hydrocarbures sont le charbon et l’acier de ce monde. Nous voyons les ondes de choc que cela produit, en termes géopolitiques et en termes climatiques. C’est une vulnérabilité globale, c’est donc un bien commun mondial qui nécessite une gestion globale. Une page se tourne pour l’OPEP, avec des Etats Unis devenus exportateurs nets d’hydrocarbures et des Emirats Arabes Unis qui en sortent. [2/3]
Faire d’une guerre américaine perdue une paix mondiale réussie Ça y est. Enfin presque. Enfin peut-être. L’accord, que Donald Trump a déjà annoncé une quarantaine de fois, semble enfin arrêté. C’est un protocole d’accord, ce qui est différent, un peu plus qu’un cessez-le-feu, un peu moins qu’un accord. Le protocole d’accord en 20 points sur Gaza nous a montré ce que cela voulait dire. Au fait où en est Gaza ? Nulle part. Rien n’a changé. Le mouroir reste coupé du monde. D’abord ce protocole d’accord est l’illustration d’un principe diplomatique important. Les « faucons » disent toujours qu’on ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs. Les « colombes » leur répondent qu’il est très difficile de faire rentrer l’omelette dans les œufs, après. Où en sommes-nous aujourd’hui ? En gros nous avons eu 60 jours de guerre (28 février - 8 avril), la limite, d’ailleurs de ce que Donald Trump pouvait faire sans l’aval de son Congrès. Puis 60 jours d’une situation « ni guerre, ni paix » (8-avril-15juin) avec un détroit d’Hormuz qui n’était ni ouvert, ni fermé. Commencent désormais 60 jours de négociations sous le protocole d’accord, ouvrant une situation « ni paix ni guerre », avec un détroit qui cette fois n’est ni fermé, ni ouvert. Et le 15 août qu’aurons-nous ? 60 jours de paix ? Il faut dire avec franchise que c’est une guerre perdue pour les Etats Unis et qu’il s’agit en effet de s’en dépêtrer rapidement. Il y a le feu au lac, plus exactement au Détroit. C’est une défaite stratégique, mais aussi culturelle qui montre l’incapacité de l’administration Trump à considérer le monde et, en l’occurrence l’Iran, dans toute sa complexité et sa diversité culturelle. C’est l’impensé des peuples dans l’épaisseur de leur histoire et de leurs héritages. Les Etats Unis sont sous pression en raison de l’urgence pour l’économie mondiale et même la leur. La pression inflationniste et récessive s’intensifie. A partir du 20 juin environ, les experts de l’Agence Internationale de l’Energie indiquent que nous entrerions dans une zone de pénurie qui accélérerait les tensions énergétiques mondiales. L’automne sera difficile, même avec cet accord, car la reprise du transit pétrolier et gazier sera graduelle et incertaine et des réparations importantes seront nécessaires. Fatih Birol, directeur général de l’AIE l’a dit, cette crise est en intensité supérieure au choc pétrolier de 1973 et 1979 et à la crise gazière de 2022 réunis. Les Etats Unis prennent leurs pertes d’après ce que l’on sait du protocole. L’Iran obtient gain de cause sur de nombreux sujets : le Liban inclus, la maitrise du passage dans le Golfe, l’accès graduel à des avoirs gelés, une exemption de sanctions sur les ventes de pétrole pendant les 60 jours et une levée graduelle par la suite, voire peut-être même l’évacuation militaire du voisinage de l’Iran qui pourrait fragiliser les Etats partenaires dans la région. A la différence de Saïgon et de Kaboul, il n’y aura pas d’images pour illustrer l’évacuation de leur ambassade. La douleur est la même.Les Etats Unis cèdent un peu plus de leur leadership et de leur soft power. Les Etats Unis renoncent à atteindre leurs buts de guerre explicites,la destruction du programme nucléaire, le changement de régime à Téhéran et la fin de toute influence régionale de l’Iran. Le régime iranien sort renforcé politiquement de cette guerre, même si le peuple iranien a été exposé à des souffrances immenses et inutiles. L’Iran, affaibli mais renfloué et enhardi, considère qu’ayant survécu à la guerre, il l’a gagnée. [1/3]