Je voudrais vous parler d'un non, à partir d'un visage : celui de l'Angelus Novus, ce petit ange peint par Paul Klee que Walter Benjamin emporta avec lui dans son exil, avant de mourir à Portbou en fuyant l'Europe nazie. Tout Walter Benjamin est peut-être déjà dans cette oeuvre. Car cet ange n'avance pas sereinement vers l'avenir : il est retourné vers le passé, saisi par ce qu'il contemple. Là où d'autres voient une suite d'événements, lui voit une seule catastrophe qui accumule les ruines. Et pourtant une tempête le pousse en avant, sans lui laisser le temps de réparer ce qui fut détruit. Cette tempête, dit Benjamin, c'est ce que nous appelons le progrès. Voilà le premier non : non à l'idée que le mouvement du temps suffirait à racheter les violences de l'histoire. Mais ce refus va plus loin. Ce que Benjamin combat, c'est aussi l'histoire racontée par les vainqueurs. Les puissants ne gouvernent pas que les vivants ; ils veulent gouverner le passé, décider de ce qui mérite mémoire et de ce qui peut être oublié. Or les vaincus sont menacés deux fois : une première dans la vie, une seconde dans la mémoire. De là naît une fidélité presque nouvelle : non pas admirer les monuments des vainqueurs, mais recueillir les traces fragiles, les promesses interrompues, les possibles qui n'ont pas eu lieu. Son non est un non à l'effacement, à l'oubli organisé, légitimé, transformé en raison historique. Voilà pourquoi il nous concerne encore. Dans un monde saturé de récits victorieux et d'images qui recouvrent tout, il rappelle que l'avenir n'est pas innocent, et qu'aucune conquête n'efface d'elle-même les vies sacrifiées en chemin. Une civilisation se juge moins à ce qu'elle célèbre qu'à ce qu'elle refuse d'abandonner dans l'ombre. Telle est sa leçon : la pensée n'est pas faite pour accompagner la marche du monde, mais pour empêcher que les ruines deviennent normales. Il a su dire non là où tant d'autres s'inclinaient devant la nécessité.
Dominique de Villepin
Ancien Premier ministre de la République française
Activity
40 tweets since 2026-10-09
Tweets
Donald Trump a dévoilé sa politique sur l’IA : le nationalisme et la nationalisation au service du monopole américain. La Compagnie des Indes Numériques part à l’assaut du monde, sous drapeau américain et avec capitaux privés. Il est temps que les Papous digitaux se rebiffent ! Dominique de Villepin Lien de la chronique : https://t.co/5JLwXjAqk6
Donald Trump a dévoilé sa politique sur l’IA : le nationalisme et la nationalisation au service du monopole américain. La Compagnie des Indes Numériques part à l’assaut du monde, sous drapeau américain et avec capitaux privés. Il est temps que les Papous digitaux se rebiffent! Dominique de Villepin [5/5]
Cela suppose de renforcer dès maintenant la participation des salariés au sein des grandes entreprises, autant en termes d’actionnariat salarial que de décision stratégique. Notamment en matière d’IA, les représentants des salariés doivent être systématiquement associés, dans le cadre d’un dialogue social technologique, aux décisions, de l’expérimentation au déploiement et à la mise en œuvre. L’IA menace de déborder et de tout emporter avec elle. C’est la tâche de notre époque de l’encastrer dans la société et la République en adaptant tous les cadres pour l’accueillir et la domestiquer. C’est notamment le cas d’une politique culturelle fondée sur les droits des auteurs, y compris quand ils choisissent librement de créer avec l’aide de l’IA. Troisième liberté, nous devons être libres de nos pensées, de nos récits, de notre imaginaire. La puissance publique doit conserver le dernier mot sur les usages d’IA. Cela suppose d’abord qu’elle les comprenne. Garant de l’intérêt général, l’Etat doit conserver sa capacité à décider et réguler. Cela passe d’abord par la réduction des asymétries d’information qui font des Etats les captifs des grands monopoles privés. Il faut pour cela une formation intense et continue de l’ensemble de la haute fonction publique en en faisant même le cœur de l’expertise administrative de demain. Il faut également nous doter d’un grand corps de spécialistes capables de saisir en temps réel les évolutions mondiales des disciplines et de permettre des décisions informées. Nous avons besoin également d’institutions renforcées. D’abord d’un Conseil de l’IA auprès du Président de la République qui doit être le véritable lieu de gouvernance de la politique nationale sur l’IA, quand elle est trop souvent retranchée à Bercy. Il s’agit en outre de fonder une Autorité de Sûreté de l’IA, homologue à l’Autorité de Sûreté du Nucléaire, aux larges prérogatives de saisine, d’enquête et d’autorisation de nouveaux déploiements, dont l’INESIA qui fédère, sous la houlette du Secrétariat Général à la Défense et à la Sécurité Nationale, les multiples acteurs du secteur, ANSSI, Inria, LNE, PeRN, est la préfiguration. Cela suppose aussi de mobiliser l’éducation nationale pour en faire le lieu de la domestication de l’IA par tous et un lieu de transmission renforcé des savoirs essentiels, de la pensée logique et critique, de l’intelligence émotionnelle et de l’empathie, de l’union du corps et de l’esprit par l’enseignement renforcé des arts, du sport, des techniques, puisque c’est là notre vraie différence avec les modèles d’IA. Léon XIV écrit ainsi :« Les prétendues intelligences artificielles ne vivent pas d’expérience, ne possèdent pas de corps, ne connaissent ni la joie ni la douleur, ne mûrissent pas dans la relation, ne savent pas de l’intérieur ce que signifient l’amour, le travail, l’amitié, la responsabilité. Elles n’ont pas de conscience morale : elles ne jugent pas le bien et le mal, ne saisissent pas le sens ultime des situations, n’assument pas le poids des conséquences. » Investir, instituer, instrumenter. Adopter, aligner, accompagner – voilà la triple exigence de l’IA de bien commun. Voilà la politique de civilisation capable de gouverner les usages de l’intelligence artificielle. Dans ce tournant, la France a un rôle particulier à jouer. Celui d’une nation d’ingénieurs et de savants, toujours en première ligne pour engager les grandes transformations, dotée de ressources énergétiques majeures. Une nation de principes et de lois, où la souveraineté populaire et la souveraineté nationale exigent la primauté de la puissance publique. [4/5]
D’abord, première liberté, nous devons être libres en tant que Français et Européens. C’est une technologie que nous ne pouvons nous permettre de rater. Il n’est pas d’investissement en la matière que nous puissions juger trop coûteux. Car celui qui subira devra obéir et payer tribut. Il est essentiel que nous nous dotions des instruments d’une IA de bien commun, un modèle d’IA visant l’intelligence artificielle générale et répondant à trois obligations, être souveraine, sûre et sobre. J’entends souvent dire, c’est trop tard, c’est impossible. L’enjeu est trop haut pour que nous puissions risquer le défaitisme. Cela suppose de nous renforcer de façon réaliste et systématique sur l’ensemble de la chaîne de valeur de l’IA : énergie, semi-conducteurs, data centers, cloud, algorithmes entraînés, agents IA. Cela suppose de changer de méthode et de braquet. Il faut une implication plus forte de la puissance publique, comme cofondatrice de projets entrepreneuriaux et de nouveaux modèles, sans la lourdeur bureaucratique de la tutelle étatique. Un Etat coactionnaire et cofondateur, associé à d’autres Etats européens volontaires, et même au-delà à des pays aux besoins similaires comme le Canada, l’Australie, la Grande Bretagne ou le Japon, à condition de certains garde-fous, à l’image d’un consortium international comme nous l’avons fait pour ITER sur la fusion nucléaire à Cadarache, d’un côté, et à des entrepreneurs et capitaux privés de l’autre, notamment les immenses talents européens revenant d’outre-Atlantique. J’assume l’idée d’unpilotage nationalisé, plus précisément européanisé de l’effort d’intelligence artificielle et de calcul quantique, appuyée sur la mobilisation déterminée de la commande publique. Outre ces capitaux initiaux, dans le cadre d’un consortium européen fonctionnant aussi comme un centre d’expertise, de recherche et d’innovation à la manière d’un CEA de l’intelligence artificielle, il faudra mobiliser avec nos partenaires des centaines de milliards d’euros en capacité de calcul réservée, utilisant les ressources disponibles et pour l’heure excédentaires grâce à une électricité encore abordable en France, issue de notre parc électronucléaire historique. Ce sera le rôle d’un fonds de souveraineté et de solidarité, adossé à des emprunts européens, de mobiliser l’épargne française en faveur de ces investissements indispensables. Il aura vocation à mettre en place un volet de capitalisation publique et à rendement garanti, ainsi que de drainer une part de l’épargne par des incitations fiscales et successorales, tout en concentrant tous nos instruments souverains existants. Il faudra également, par une politique de recherche ambitieuse, créer les conditions du retour de talents européens et de l’accueil de talents mondiaux. Cela suppose de renforcer toute la chaîne d’enseignement, notamment la remontée du niveau de mathématiques dans le primaire et le secondaire, qui doit devenir un chantier présidentiel directement piloté depuis la Présidence de la République. Mais il faut aussi renforcer, élargir, démocratiser l’accès aux filières d’ingénieur et de techniciens et surtout les féminiser. Deuxième liberté, nous devons être libres en tant qu’acteurs économiques, producteurs comme consommateurs. Cela suppose de tirer parti des avantages réels d’une adoption profonde de l’IA, notamment agentique, y compris dans les administrations publiques, dans la santé, dans l’enseignement, mais toujours pour renforcer la part qui revient à l’homme. Le principe doit être que l’IA augmente le salarié sans le remplacer. Cela suppose une grande loi d’accompagnement de l’IA qui instaure un pilotage des compétences, des formations de reconversion permises par un revenu de transition dans les métiers les plus à risque, financé par l’adoption de l’IA. [3/5]
L’IA va changer notre rapport à la pensée, au langage. Tout le paradoxe est là, la mécanisation de l’écrit et de la pensée pourrait conduire au recentrement sur l’humain. En massifiant l’écrit, elle revalorise, en termes relatifs, l’authenticité de la parole orale, de l’intuition individuelle, de la présence humaine. Elle avantage la certitude sur l’impression, l’aura sur la reproduction. La révolution de Gutenberg s’achève ainsi sur un retour à la Grèce socratique, celle où « l’homme est la mesure de toute chose ». Il ne faut donc pas s’y tromper, l’IA pose la question centrale de la condition humaine. Elle ne la dévalue pas, elle l’exalte, elle nous oblige à rechercher en nous l’humanité, la vulnérabilité, la vie nue. C’est la question de sa vie en société, de son organisation politique, de sa liberté collective et individuelle qui nous invite à imaginer une nouvelle politique d’émancipation. Car l’IA, c’est l’autre nom de la question sociale aujourd’hui. Elle pousse à l’extrême la contradiction de la machine économique depuis la révolution industrielle, la course au remplacement du travail humain par la machine qui conduit à terme à la marginalisation du facteur travail, face au capital. Des usines et des bureaux sans femmes et sans hommes. Des humains réduits au rang de consommateurs passifs. C’est pourquoi il s’agit bien de réinventer le travail, l’activité, le service, pas de nous asservir à notre propre consommation. J’ai lu le pape Léon XIV, dans son encyclique Magnifica humanitas, « l’humanité capable de grandes choses », qui rappelle la nécessité de placer l’expérience humaine au cœur de la société des hommes, qui appelle à faire de l’IA un outil du bien commun, ce qu’il appelle la « Voie de Néhémie », plutôt qu’un instrument de profit et de discorde, une en ses mots une « nouvelle Tour de Babel ». En abordant la question sous l’angle de la justice sociale, Léon XIV a choisi avec sagesse d’ignorer le piège intellectuel où nous entraînent les « Lumières sombres », celles qui veulent voir dans l’IA un nouveau dieu, un dieu fait par l’homme. Car l’IA c’est aussi l’autre nom de la question politique, celle de l’accumulation vertigineuse de la puissance qui conduit à une course mondiale aux investissements d’IA, entre Amérique et Chine, pour la domination mondiale. Et cette course des empires nourrit, dans chaque Etat, une course à l’empire, à la marginalisation du facteur démocratique en faveur du facteur technocratique. L’annonce récente des 75 milliardsd’euros d’investissement de Soft Bank témoigne de la promesse des ressources françaises. Elle ne dit pas encore s’il s’agit de fonder un comptoir colonial numérique ou d’écrire une déclaration d’indépendance. Cela seule la puissance publique peut le déterminer. Car l’IA enfin, c’est l’autre nom de la question culturelle. Comment définirons-nous notre identité d’être humain ? Comment garantirons-nous notre intégrité et nos droits cognitifs, notre conscience, dans un monde où une la puissance de calcul peut infléchir nos récits, nos rêves, notre langage ? C’est peut-être la plus vertigineuse et la plus nouvelle des trois questions. Toutes ces questions se concentrent en un seul point, la liberté. Nous voulons être libres. Libres encore, libres à nouveau. Voilà tout l’espace de débat qui doit exister sur l’IA. J’en tire trois conclusions essentielles pour la décennie qui s’ouvre devant nous et dont j’espère qu’elle prendra la première place dans un débat présidentiel pour l’instant très décevant. [2/5]
IA : NOTRE POUVOIR DE DIRE NON AU MONOPOLE AMÉRICAIN La vérité sort de la bouche des présidents des Etats Unis. Donald Trump a décrété la nationalisation et le nationalisme de l’IA. En interdisant l’exportation du dernier modèle d’Anthropic Claude Fable5 / Mythos5, Donald Trump a signifié en effet deux choses : ce nouveau modèle est trop dangereux pour rester entre toutes les mains. Deuxièmement, ce modèle appartient, en réalité, au peuple américain et pas au monde entier comme on le laissait croire, ce qui rappelle l’évocation par Sam Altman, fondateur d’OpenAI d’attribuer une part du capital, et donc des dividendes, à l’Etat fédéral américain. On passera sur l’idée bizarre qu’un modèle trop dangereux laissé aux mains de tous les Américains deviendrait soudain innocent. Le terrorisme domestique a une longue histoire aux Etats Unis. Passons aussi sur la volonté de nuire à un géant de l’IA, peut-être par rancune politique, et de favoriser d’autres géants qui développent des modèles tout aussi puissants. L’essentiel est ailleurs. Il est temps que l’Europe sorte de la naïveté et du défaitisme. Car voilà la question clé : la puissance. La puissance américaine d’un côté, la puissance de la machine de l’autre. Il faut sans cesse en tenir les deux bouts pour définir une politique adaptée à la France à l’Europe qui garantisse à la fois la souveraineté nationale et européenne sur une infrastructure technologique critique et la souveraineté humaine sur les machines combinées à l’argent. Je veux citer ici à nouveau les phrases fortes de Charles de Gaulle le 1er mai 1953 à Bagatelle. « Un jour, la machine est apparue. Le capital l’a épousée. Le couple a pris possession du monde. Dès lors, beaucoup d’hommes, surtout les ouvriers, sont tombés sous sa dépendance. (…) L’épée de Damoclès demeurera suspendue tant que chaque homme ne trouvera pas dans la société sa place, sa part, sa dignité. » Ils résonnent avec notre époque et notre défi face à l’Intelligence artificielle est bien là, inventer et conduire une « politique de civilisation », suivant les termes adoptés par Edgar Morin, qui nous a quittés il y a peu. « Ainsi la technique permet aux hommes d’asservir les énergies naturelles. Mais c'est aussi ce qui permet d’asservir les hommes à la logique déterministe, mécaniste, spécialisée, chronométrée de la machine artificielle » Nous n’avons pas d’autre choix qu’une politique volontaire, ambitieuse et complète de maitrise de l’Intelligence Artificielle au service du bien commun. Je comprends la peur suscitée par l’Intelligence Artificielle, je comprends l’inquiétude face aux coûts énergétiques et environnementaux. Mais il faut s’extraire de l’idée d’un choix pour ou contre l’IA. La Grande transformation est là, elle est multiforme, sa part technologique commence déjà à agir sur nous. Les étudiants apprennent et travaillent différemment. Les embauches de jeunes professionnels semblent se tarir, au moins outre-Atlantique. La création culturelle fait déjà face à l’aide inespérée ou la concurrence déloyale de l’IA, selon les cas. L’IA décide déjà, avec nous, de choix politiques, les municipales l’ont montré. L’IA pousse déjà plus loin l’automatisation de la guerre, en Iran et en Ukraine. [1/5]
Partout, les Français me le disent : on ne nous entend plus. On ne se sent plus représentés. Tout est trop lointain, trop complexe. 70 millions de Français, 35 000 communes, 577 circonscriptions, 101 départements, 13 régions métropolitaines et les Outre-mer, un Président de la République. Mais l’entonnoir républicain fonctionne à l’envers : le Président de la République, solitaire, essaie d’imposer au forceps ses décisions à tout le pays. Je crois qu’il est temps de vraiment écouter le pays, et d’abord ceux qui le connaissent le mieux : les élus locaux. Je propose depuis longtemps la création d’un outil capable de prendre des décisions: le conseil des territoires. Il serait épaulé par une Assemblée des Communes, chargée de porter de façon officielle et représentative la parole des 37 000 Maires du pays.
« Vous êtes candidat ? Vous êtes de gauche ou de droite ? À quel moment allez-vous l’annoncer ? » Toujours les mêmes questions, en boucle, sur tous les plateaux, dans tous les médias, et ces questions je les comprends. Je n’en veux à personne de les poser. Mais il y a une question que personne ne m’a jamais posée, alors je me la pose à moi-même. « Quelle France voudrais-je laisser à mes enfants ? »
Cela repose sur trois principes. D’abord, l’État stratège et les territoires acteurs : l’État fixe les objectifs nationaux, contractualise sur des trajectoires pluriannuelles, et dote les élus d’outils de pilotage réels. Les maires et les présidents de région doivent travailler ensemble pour changer leur territoire. Ils ne seront plus juste des exécutants de décisions prises ailleurs. Cela suppose des moyens humains déconcentrés, à travers un sous-préfet chargé d’assister les communes et intercommunalités. Il faut passer d’une logique de contrôle à une logique d’assistance. La décarbonation du quotidien a vocation à être mise en œuvre à l’échelle de proximité, la commune. L’État doit répartir l’effort commune par commune, en vertu de critères objectifs - caractéristiques sociales, état du bâti, dépendance à la voiture, capacité d’investissement -, avec une enveloppe pluriannuelle permettant de financer la rénovation, les mobilités, les réseaux, l’adaptation climatique et les projets concrets de transition. Ensuite, la péréquation sera améliorée pour rendre justice aux territoires. L'égalité ne signifie pas que tout soit identique partout, mais plutôt que chaque territoire ait les moyens d'assurer les services essentiels comme l'école, la santé, les transports et l'accès au numérique, en fonction du nombre de ses habitants, de la réalité de sa sociologie et de sa démographie. Cela suppose, comme pour la justice sociale, que nous ayons des moyens de mesurer la justice territoriale et il faut pour cela créer un Haut Conseil des Territoires chargé d’évaluer les caractéristiques des collectivités et le partage nécessaire de l’effort. Il faut ensuite une loi de financement pluriannuelle permettant d’engager des projets sérieux. Enfin, les communes et les collectivités doivent avoir leur voix au chapitre pour une démocratie plus représentative et un aménagement du territoire concerté. Je propose depuis plusieurs années un Conseil des territoires, présidé par le président de la République et composé des présidents de région, pour orienter efficacement la transformation territoriale. De plus, une Assemblée des communes permettrait aux maires de débattre et de se prononcer sur les grandes orientations nationales ayant un impact direct sur la vie locale. Ce pacte n’est pas une réforme parmi d’autres. C’est une refondation du contrat entre l’État et ceux qui font vivre la République au quotidien. Il exige que l’État accepte de ne plus être le seul à savoir. Il exige que les collectivités acceptent de porter une responsabilité accrue. Il exige, de part et d’autre, ce que tous les maires que j’ai rencontrés réclament : la confiance. Dominique de Villepin ©️ Frédéric Guillet/ Adobe Stock [2/2]
Ce que Paris ne comprend pas. Réconcilier la France avec elle-même Lundi, j’étais à Thorigny-sur-Marne, à l’invitation de sa Maire, Bouchra Fenzar-Rizki et en présence de nombreux élus du territoire. Avant cela, à Saint-Etienne, Sens, Strasbourg, Rennes, Nantes, Toulouse, Damazan Fort-de-France et tant d’autres, je suis allé, des mois durant, à la rencontre de ceux qui font le pays. Maires, conseillers départementaux, conseillers régionaux, élus locaux qui, chaque jour, tiennent le fil de la République dans des territoires que Paris regarde trop souvent de loin. Et parfois, de haut. Partout, un mot revient : « il faut faire confiance ». Confiance aux élus. Confiance aux territoires. Confiance à ceux qui connaissent leur ville, leur village, mieux que n’importe quel bureau de Bercy. Aujourd’hui, la relation entre l’État et les territoires est bloquée par trois impasses, qui s’alimentent mutuellement. La première de ces impasses, c’est la défiance réciproque.L’Etat ne fait plus confiance aux élus locaux pour porter l’intérêt général. Il contrôle, il norme, il multiplie les injonctions et les conditions. Les collectivités, en retour, ne font plus confiance à l’État pour tenir ses engagements financiers. Trop souvent, elles ont vu les dotations se réduire, les compétences être transférées sans que les moyens ne suivent, les budgets être construits sans elles, puis leur être imposés au forceps. La deuxième impasse, c’est celle de la bureaucratie, du millefeuille devenu illisible. La décentralisation a multiplié les acteurs sans clarifier les responsabilités. Elle devait simplifier, elle a complexifié. Communes, intercommunalités, départements, régions, agences publiques et parapubliques, préfectures : chacun tient un bout de compétence, tout le monde marche sur les pieds de tout le monde, et au bout du fil, ce sont les citoyens qui n’y comprennent plus rien et qui ne font plus confiance à la politique. La troisième impasse, c’est le court-termisme budgétaire. Tout pacte territorial sérieux exige une visibilité pluriannuelle. Les collectivités ne peuvent investir et planifier que si elles savent ce qu’elles auront dans trois ans. Or l’État opère à flux tendu. Les derniers budgets votés par le Parlement en ont été l’illustration caricaturale, avec des collectivités apprenant en cours d’année qu’on leur reprenait des ressources sur lesquelles elles avaient déjà engagé des dépenses. Ces trois impasses forment un triangle d’impossibilité : la défiance empêche le dialogue, le millefeuille empêche l’identification des responsables, l’instabilité budgétaire empêche l’engagement dans la durée. Nous devons remettre le pays en mouvement. L’Histoire enseigne que notre pays est à la recherche constante du principe d’unité qui le maintient en forme et de la liberté locale qui le maintient en vie. Chaque époque cherche son propre équilibre, chaque essor est suivi d’une période de complication, de doute, d’accumulation qui demande à être clarifiée. Comme par exemple l’Ancien Régime cherchant à se dépêtrer de ses Parlements et de ses provinces par la rationalisation de l’action de l’Etat absolutiste, mais sans parvenir à maintenir le point d’équilibre, ce qui conduisit à l’effondrement en 1789. Dans le mouvement éternel de l’Histoire, la France a toujours su trouver le chemin de crête pour éviter de sacrifier l’unité nationale sur l’autel de la différenciation et de noyer la vitalité des territoires dans les eaux troubles de la centralisation. Parce que sans un État fort, garant de l’équité et de la cohérence, il n’y a pas de nation mais un archipel. Et sans des territoires puissants, capables d’agir et de décider, il n’y a pas de démocratie vivante. Alors n’obligeons pas la France à choisir entre ces deux exigences, et réconcilions l’État avec ses territoires. [1/2]
Le cinéma, les séries, nous donnent un regard neuf sur le monde. Ils interrogent nos fragilités, nos faiblesses, mais aussi nos forces et nos espoirs. À Séries Mania, j’ai été heureux de vous rencontrer, par milliers, d’échanger avec vous, avec les artistes, avec les professionnels du secteur, pour mieux comprendre cet univers qui transformera durablement notre façon de voir le monde. Kaboul, Baron noir, Black Mirror, Borgen, le Bureau des Légendes : nos scénaristes, réalisateurs, comédiens français et européens ont du talent, faisons-le savoir !
Le Rassemblement national est responsable des mots qu’il emploie et des idées qu’il défend. Faire le lien entre les débordements qui ont suivi la victoire du PSG et l’immigration, c’est non seulement faire fi de la vérité, et les chiffres du Premier ministre le confirment, mais surtout diviser les Français en pointant du doigt toute une partie du pays, tous ceux de nos compatriotes qui, issus de la deuxième, troisième ou quatrième génération, souffrent de cet amalgame. Notre société est déjà fracturée. Socialement, territorialement, identitairement. La responsabilité de la République, et de ceux qui aspirent à la gouverner, c’est de juger des actes, de sanctionner des individus, mais jamais d’assigner des populations, des origines, des couleurs de peau ou des religions. Je refuse cette tentation du soupçon, de la division, entre la Nouvelle France et l’Ancienne France. Je refuse que l’on catégorise nos concitoyens, que l’on établisse une frontière entre les bons et les mauvais Français. Entretien du 07.06.26 sur @BFMTV
Un enfant toutes les trois minutes. Le drame de Lyhanna n'est pas un drame isolé. C'est toute la société qui est concernée. Dans cette société qui connaît les méfaits de la prédation, de l’ abandon et de la domination, les premières victimes sont les plus fragiles : les femmes et les enfants. Et c'est la société tout entière qui doit se mobiliser pour agir et en finir avec cet engrenage. Masculinisme, violences faites aux femmes et aux enfants, sentiment de toute-puissance : nous avons tous le devoir d'agir. Entretien du 07.06.26 sur @BFMTV
La question des violences faites aux femmes et aux enfants est une urgence nationale. Les solutions existent : l’exemple espagnol le montre, avec une diminution d’un tiers du nombre de féminicides. Mais cela requiert du courage et des actes. C’est pourquoi je propose la création d’un parquet national spécialisé dans les violences faites aux femmes et aux enfants, avec des référents dans tous les ressorts judiciaires. Il faudra aussi humaniser notre justice et travailler à l’écoute de la parole des victimes. Entretien sur @bfmtv du 07.06.26
Je veux vous parler d’un roman qui commence comme une histoire d’amour et finit en méditation sur le temps : « Le Musée de l’innocence » d’Orhan Pamuk. Istanbul, des années 1970 aux décennies suivantes. Salons, codes, pudeurs, mensonges, une ville où l’on s’aime sous le regard des autres. Kemal est promis à Sibel. Puis surgit Füsun. La passion éclate. Elle est choc, obsession, bonheur comme une fulgurance, puis la peur, puis la perte. L’innocence du titre, c’est celle du moment, cet instant où l’on croit encore que le bonheur peut durer. C’est celle d’un homme qui collectionne chaque fragment de son amour dans une ville et une société qui changent. L’amour est un travail de mémoire. Les objets sont les archives de la vie. La société fabrique des tragédies intimes. Enfin, la nostalgie peut devenir une œuvre Voilà les leçons de ce livre, et à le lire on comprend que la modernité n’est pas seulement un progrès ; elle est aussi une disparition. L’innocence est fragile, et Pamuk en fait une manière d’habiter la vie. Là où le Taj Mahal élevait l’amour dans un palais de marbre, lui l’enferme dans un palais de poussière.
Dans cette guerre contre le mal, la France a aujourd’hui le sentiment terrifiant de perdre bataille après bataille. C’est le moment 1917 de notre Ve République. Et parce que nous reculons, l’état-major accuse. Il organise son irresponsabilité comme d’autres organisent l’insolvabilité. Devant les médias, les présidents et ministres s’excusent – d’avoir fait tout ce qu’il fallait. C’est bien en-haut que règne la culture de l’excuse. La bureaucratie qui envahit la vie de toutes les premières lignes, c’est cela : un acte de défiance envers les femmes et les hommes sur le front, en leur dictant la moindre action et non seulement l’objectif à atteindre, en les faisant avancer en quelque sorte la pointe du fusil dans le dos. Et un acte d’irresponsabilité, car la multiplication des ordres et contre-ordres permet d’en trouver toujours un pour couvrir l’état-major – ou le gouvernement- en cas de défaillance. Peu importe que les ordres soient inapplicables. Pire, c’est le but qu’ils le soient. Aujourd’hui la vraie ligne de fracture de la société c’est celle entre la première ligne, la deuxième ligne et les élites, les 1% de la politique, des médias et de la fortune. La première ligne souffre et ne parvient plus à rendre le service attendu d’elle, que ce soit le service public ou le service marchand. C’est une aide-soignante qui se fait prendre à partie à l’hôpital à cause des temps d’attente. C’est une caissière de supermarché que l’on morigène parce qu’il faut ouvrir d’autres caisses pour raccourcir la file. Ce sont les serviteurs essentiels qu’on a célébrés pendant le Covid et oubliés dès le lendemain. Ils sont nombreux. La deuxième ligne ce sont tous les employés, ouvriers, acteurs qui produisent ou préparent pour que la première ligne puisse agir. Ils ont l’impression que ce qu’ils font a de moins en moins de sens parce qu’on fractionne leur action, parce qu’on les implique dans des process toujours plus longs qui à la fin ne donnent rien. Ils sont en crise de sens. Dans cette société qui perd, les 1% paniquent. Alors une fois de plus, ils divisent les 99% entre eux. Ils font sécession. Derrière des murs de ségrégation spatiale ou scolaire. Derrière des murs de papier, de mots et de médias pour le gouvernement. Derrière la désignation de boucs-émissaires commodes pour beaucoup de politiques. Derrière la formulation de propositions populistes outrancières comme Bruno Retailleau proposant une cour disciplinaire des magistrats composée de citoyens tirés au sort, dans un geste de populisme pénal qui rappelle Jean Paul Sartre à Bruay-en-Artois. Jugeons les juges ! voilà la logique du nouveau maoïsme vendéen. Alors, dans ce temps difficile, nous avons besoin d’un moment Clemenceau. Un moment d’unité, d’autorité et d’espoir. C’est seulement par le rassemblement de tous, par la responsabilité de tous, par le réalisme de tous que nous pouvons conduire une politique qui enfin fasse reculer les fléaux de notre temps. Dominique de Villepin [2/2]
Notre « moment 1917 » : l’irresponsabilité politique organisée Toute société en guerre se divise en trois groupes. Il y a le front, l’arrière, l’état-major. Quand ils travaillent ensemble pour que la première ligne puisse accomplir sa tâche, c’est l’union sacrée. Quand la victoire s’échappe, vient le temps de la division. L’état-major tend alors à masquer ses responsabilités en divisant le front et l’arrière. Il monte l’arrière contre le front en livrant en pâture les mutins qui expliquent les offensives manquées. Il monte le front contre l’arrière en les présentant comme des planqués. C’est ce qu’a connu la France en 1917, un moment de doute profond avant de retrouver la confiance. C’est aussi la logique du « coup de poignard dans le dos » qui permit à l’état-major allemand en 1918 de se déclarer irresponsable de la défaite et de repousserla faute sur l’abandon supposé des politiques. Cette légende a condamné dès le premier jour la démocratie de Weimar. Notre société est en guerre sans le dire. Elle est en guerre contre le mal, un mal invisible, multiple qui s’appelle crime, ignorance, maladie, pauvreté. Et elle envoie au front ses personnels soignants, ses policiers, gendarmes et magistrats, enseignants. Et les résultats sont de moins en moins bons. Des meurtres épouvantables nous montrent les défaillances de la chaîne pénale. Des violences sexuelles d’une ampleur incompréhensible secouent des établissements scolaires, privés et publics, montrant la défaillance de la protection des enfants et du recrutement des personnels. Aux urgences en dix ans le temps d’attente a augmenté de moitié, passant de 2h15 à plus de 3h10. A l’école l’égalité des chances et la transmission du savoir régressent de façon mesurable. Pire, la France découvre que le mal, ce ne sont pas des résidus, des manques, des accidents. Elle se rend compte qu’il y a quelque chose de structurel dont la politique ne parle pas et dont les médias ne disent rien. Parce qu’ils n’ont pas les mots. Ce que révèlent les derniers mois et années c’est une société travaillée par la prédation, par l’abandon, par la domination. La prédation parce que les prédateurs ne sont pas seulement un accident de la nature, mais une évolution de l’esprit d’appétit, de profit, d’indifférence à l’humain qui se nourrit de toutes les défaillances, qui identifie tous les trous dans la ligne de front. Les enfants et les femmes sont les premières victimes, massives, d’un dispositif construit de manipulation, d’emprise, de coercition qui permet de cacher et poursuivre ses crimes. 160 000 enfants victimes d’atteintes sexuelles chaque année. Presque 10% d’une classe d’âge concernée d’après les enquêtes de victimation. L’abandon parce que les liens sociaux se défont. La famille, le voisinage, les sociabilités. Les réseaux sociaux ont contribué à une épidémie de solitude. La santé mentale des jeunes est aujourd’hui en danger. Un quart des lycéens dit avoir des pensées suicidaires et cela devrait nous interroger sur ce que c’est que cette société qui n’a rien d’autre à offrir qu’un désir de mort. La domination enfin, parce que nous mesurons que deux cents ans après le début de notre révolution française, nous n’avons toujours pas gagné la bataille de la liberté. Il y a toujours des formes de contrôle et de domination au sein de la société, notamment masculine, qui structurent l’ensemble de nos relations sociales. Toutes les lois d’affichage ne servent à rien tant que les normes sociales ne changent pas. C’est la source de la grande dissonance cognitive de notre monde qui peut s’appeler sentiment de déconnexion des élites, vu l’écart entre ce qui est dit sur les plateaux de télé et ce qui est vécu en réalité. Elle peut s’appeler le deux poids deux mesures et la loi du plus fort, qui est perçue par beaucoup, surtout ceux qui en souffrent, comme la seule réalité tangible. Au point que cela agace quand l’une ou l’un de ceux qui n’ont jamais à en souffrir font mine de la découvrir. [1/2]
Je tiens à saluer aujourd'hui la mémoire d'une femme libre, indépendante et profondément engagée, qui tout au long de sa vie, aux côtés de Jacques Chirac, n'a cessé de faire vivre ses convictions au service des autres. Mes pensées affectueuses vont à sa fille Claude, à son petit-fils Martin et toute sa famille. Je l'ai bien connue et admirée pour la passion qu'elle mettait au service de ses convictions. Bernadette Chirac fut bien davantage qu'une « première dame ». Élue conseillère générale de la Corrèze puis adjointe au maire de Sarran, elle fut l'une des rares épouses de chef de l'État à exercer un véritable mandat électif, ancré dans ce territoire qu'elle aimait et qui le lui rendait. Cet enracinement disait tout d'elle : la proximité, la fidélité, le sens du concret. Pionnière dans l'accompagnement des plus fragiles, elle présida de 1994 à 2019 la Fondation Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France. À sa tête, elle donna à l'opération des Pièces jaunes une ampleur nationale, transformant la générosité modeste de millions d'enfants en chambres parents-enfants, en maisons des adolescents et en équipements anti-douleur. Vingt-cinq années d'un engagement obstiné, qui aura amélioré le quotidien d'innombrables jeunes patients hospitalisés. Elle présida également, à partir de 2007, la Fondation Claude-Pompidou, au service des personnes âgées, malades et handicapées. Au-delà du rôle protocolaire, elle a su gagner le cœur des Français par son énergie, son franc-parler et la sincérité de ses combats, pour la dignité des malades, pour l'inclusion des personnes en situation de handicap, pour ces causes que l'on n'ose pas toujours porter sous les projecteurs. Femme de caractère, femme de cœur, Bernadette Chirac laisse l'image d'une vie entièrement tournée vers les autres. La France lui doit beaucoup. Qu'elle en soit, aujourd'hui, chaleureusement remerciée. Dominique de Villepin ©️ Bernadette et Jacques Chirac en 1987. Gamma-Rapho.
Je tiens à saluer aujourd'hui la mémoire d'une femme libre, indépendante et profondément engagée, qui tout au long de sa vie, aux côtés de Jacques Chirac, n'a cessé de faire vivre ses convictions au service des autres. Mes pensées affectueuses vont à sa fille Claude, à son petit-fils Martin et toute sa famille. Je l'ai bien connue et admirée pour la passion qu'elle mettait au service de ses convictions. Bernadette Chirac fut bien davantage qu'une « première dame ». Élue conseillère générale de la Corrèze puis adjointe au maire de Sarran, elle fut l'une des rares épouses de chef de l'État à exercer un véritable mandat électif, ancré dans ce territoire qu'elle aimait et qui le lui rendait. Cet enracinement disait tout d'elle : la proximité, la fidélité, le sens du concret. Pionnière dans l'accompagnement des plus fragiles, elle présida de 1994 à 2019 la Fondation Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France. À sa tête, elle donna à l'opération des Pièces jaunes une ampleur nationale, transformant la générosité modeste de millions d'enfants en chambres parents-enfants, en maisons des adolescents et en équipements anti-douleur. Vingt-cinq années d'un engagement obstiné, qui aura amélioré le quotidien d'innombrables jeunes patients hospitalisés. Elle présida également, à partir de 2007, la Fondation Claude-Pompidou, au service des personnes âgées, malades et handicapées. Au-delà du rôle protocolaire, elle a su gagner le cœur des Français par son énergie, son franc-parler et la sincérité de ses combats, pour la dignité des malades, pour l'inclusion des personnes en situation de handicap, pour ces causes que l'on n'ose pas toujours porter sous les projecteurs. Femme de caractère, femme de cœur, Bernadette Chirac laisse l'image d'une vie entièrement tournée vers les autres. La France lui doit beaucoup. Qu'elle en soit, aujourd'hui, chaleureusement remerciée. Dominique de Villepin
RT @Forum_Villepin: Aujourd'hui, direction Saint-Étienne💚 Dominique de @Villepin était à la rencontre de l'équipe et des compagnons d'Emma…
Monsieur Bardella, parlez clairement. Lorsque vous attribuez les violences qui ont suivi la victoire du PSG à « l’immigration », qui visez-vous exactement ? Des étrangers ? Ou bien ces Français nés ici, élevés ici, scolarisés ici, mais dont le nom, le quartier, la couleur de peau ou la religion supposée suffiraient, à vos yeux, à les rendre suspects ? La vraie question est là : à partir de quand est-on pleinement français ? À la deuxième génération ? À la troisième ? À la quatrième ? Faut-il répondre à une condition d’origine, d’apparence ou de croyance pour être reconnu comme un enfant légitime de la République ? Je condamne sans réserve les violences, les pillages, les attaques contre les forces de l’ordre. Ceux qui ont cassé doivent être sanctionnés. Ceux qui ont pillé doivent être jugés. Ceux qui ont frappé doivent être condamnés. La République doit faire respecter la loi, partout, pour tous, sans faiblesse. Mais la République juge les actes. Elle ne juge pas les origines. Elle ne transforme pas une faute individuelle en culpabilité collective. Elle ne confond pas un délinquant avec une communauté, ni un Français avec un étranger parce que son visage, son nom ou son histoire familiale dérangent certains. Voilà ce qui nous sépare. Vous prétendez rétablir l’ordre, mais vous installez le soupçon. Vous prétendez défendre la nation, mais vous introduisez entre les Français une hiérarchie invisible : ceux qui seraient français sans discussion, et ceux qui devraient sans cesse prouver qu’ils le sont assez. Cette logique n’est pas républicaine. Elle appartient au vieil héritage de l’extrême droite française : celui qui trie, qui désigne, qui exclut ; celui qui, depuis les pages les plus sombres de notre histoire, nourrit les réflexes xénophobes, racistes et antisémites contre l’idée même d’une France humaniste et universelle. La France n’est pas une couleur de peau. Elle n’est pas une religion. Elle n’est pas un nom de famille. Elle n’est pas une généalogie. La France est une volonté commune, une loi respectée, une histoire partagée, une promesse tenue. Et cette promesse est simple : nul Français ne doit être regardé comme moins français qu’un autre. L’ordre véritable n’est pas l’ordre du soupçon. C’est l’ordre républicain : ferme contre les coupables, juste envers chacun, fidèle à l’unité nationale. Dominique de Villepin ©️L'Équipe
Marjane Satrapi, celle qui avait su dire non à toutes les oppressions, est partie, emportée par le chagrin, un an après Mattias Ripa, l’amour de sa vie. Elle, qui nous avait appris à rire de nos blessures, n’aura pas survécu à celle-ci. Il nous reste son oeuvre pour continuer à croire en la lumière. Il nous reste son trait comme horizon de liberté. Il nous reste sa voix qui nous apprit tant de fois que peine et joie forment les deux mains jointes d’une vie pleine. Il nous reste Persepolis et sa leçon d'humanité radicale, ses films et ses livres. Une part de sa singularité et de sa force restera éternelle. Je pense à sa famille, à ses amis, à ses proches, et à la famille humaine qui perd l'une de ses boussoles.
Nous protégeons mal nos enfants. Tous les jours, des enfants meurent sous les coups d’adultes dangereux, ils sont victimes de violences sexuelles et d’inceste, des fillettes de 13 ans sont livrées en pâture sur les réseaux sociaux. À Paris, Marseille, dans l’Aisne, en Bretagne, les regards commencent à s’ouvrir et les responsables politiques prennent mesure de l’ampleur du sujet. Mais il faut aller plus loin. C’est pourquoi je souhaite faire de la protection de l’enfance une grande cause nationale. Avec un prérequis, une condition : faire de la parole de l’enfant le signal structurant de toute notre action publique. Une société qui protège ses enfants est une société qui se protège elle-même et qui prépare l’avenir. C’est une société qui se transforme pour basculer vers une culture de la prévention, qui lève les tabous et qui assume enfin d’agir.
À demain matin ! https://t.co/lIIwdklvr7