Gouvernons la France comme Luis Enrique entraîne le PSG. Avec deux règles simples. La première : jouer collectif. La seconde : insuffler un nouvel esprit, casser les habitudes, remettre chacun dans le mouvement, donner à tous la même consigne : faites le travail sur tout le terrain, courez, soutenez-vous, ne séparez pas la première et la deuxième ligne. Tout le monde a sa place. Tout le monde peut agir. Tout le monde peut marquer pour son pays. C’est ainsi que nous remettrons de l’ordre dans une France en souffrance : par l’exigence, par la confiance, par le collectif. Ce week-end, les Tricolores étaient à la fête : le PSG en Ligue des champions, Victor Wembanyama avec San Antonio, Moïse Kouamé à Roland-Garros. Prenons exemple sur nos sportifs : ils nous rappellent qu’on ne gagne jamais seul, qu’on ne gagne jamais sans discipline, et qu’un pays retrouve sa force lorsqu’il recommence à jouer ensemble. Entretien du 31 mai 2026 sur @franceinfo
Dominique de Villepin
Ancien Premier ministre de la République française
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Alfred Hitchcock. Un œil, une pensée en mouvements. Un cinéaste qui savait dire la vie. En 1958, il réalise Vertigo. D'abord accueilli froidement, ce film deviendra l'un des plus admirés de l'histoire du cinéma. À travers l'histoire de Scottie Ferguson, policier hanté par le vertige et l'obsession, Hitchcock invente une méditation implacable sur le désir, l'image et la perte. Une spirale : celle d'un homme qui préfère son rêve à la femme vivante qui se tient devant lui. Ce film, qui nous bouleverse encore aujourd'hui, est un film qui dit non à l'amour de possession. Non à la toute-puissance du regard. Plus il regarde, moins il voit. Non, enfin, au fantasme de recommencement. Par sa forme, par ses choix d'artiste, Hitchcock fait du style lui-même une expérience morale. Vertigo nous avertit que le regard peut être une violence lorsqu'il veut imposer à l'autre la forme de son manque. Il nous rappelle qu'un homme ne se sauve jamais en voulant refaire le monde à l'image de sa blessure, et que laisser le désir transformer l'autre en fiction, c'est détruire la vérité même de la rencontre.
À ce soir ! https://t.co/mdpvYjlMxS
Le Liban ne peut pas devenir un front oublié. Avec les ordres d’évacuation donnés à des villages entiers du Sud-Liban, avec les violations répétées du cessez-le-feu, avec l’extension des zones de combat et la menace d’une occupation durable, une nouvelle étape est franchie. Nous devons le dire clairement : la sécurité d’Israël ne peut pas se construire sur la disparition progressive du Liban du Sud. Elle ne peut pas se construire sur des villages vidés, des familles déplacées, des paysages interdits, des maisons détruites, des routes coupées, des terres rendues inhabitables. Une guerre ne détruit pas seulement des vies. Elle détruit aussi des mémoires. Elle détruit les pierres et les hommes. Elle arrache les habitants à leurs villages, mais aussi les villages à leur histoire. Elle efface des cimetières, des églises, des mosquées, des écoles, des oliviers, des collines, des maisons où plusieurs générations avaient appris à tenir ensemble. Le Liban est un pays de fragile équilibre. Un pays de blessures et de coexistence. Un pays où chaque village porte une part de mémoire, où chaque pierre dit quelque chose d’une présence, d’une foi, d’une famille, d’une langue, d’une patience. C’est pourquoi l’escalade actuelle est si dangereuse. Elle ne menace pas seulement la paix. Elle menace la possibilité même du retour. Car lorsque les villages sont vidés, lorsque les infrastructures sont détruites, lorsque la peur s’installe, lorsque les frontières deviennent des cicatrices ouvertes, ce n’est plus seulement une opération militaire : c’est une dépossession. Nous devons refuser cette logique. Il faut le désarmement du Hezbollah. Il faut la pleine souveraineté de l’État libanais sur son territoire. Il faut le renforcement de l’armée libanaise. Mais il faut aussi qu’Israël cesse les frappes répétées, les incursions, les occupations de fait et les déplacements imposés aux populations civiles. Le droit international humanitaire n’est pas une option. Le cessez-le-feu n’est pas une pause tactique avant la prochaine offensive. Il est une obligation. Une responsabilité. Une ligne à tenir. La France a une responsabilité particulière à l’égard du Liban. Elle doit agir avec ses partenaires européens, avec l’ONU, avec les pays de la région, pour empêcher que le Sud-Liban ne devienne une zone morte, un espace vidé de ses habitants et de sa mémoire. De Gaza au Sud-Liban, la même question nous est posée : acceptons-nous que la guerre redessine les cartes en effaçant les peuples ? Il est temps de dire non à la destruction des vies et à l’effacement des villages. Le Liban doit vivre. Et la paix ne peut commencer que là où les peuples ont encore le droit d’habiter leur terre. Dominique de Villepin ©️ Une boule de feu après une frappe aérienne israélienne sur Tyr, dans le sud du Liban, le 28 mai 2026 (AFP / Kawant Haju).
Le Liban ne peut pas devenir un front oublié. Avec les ordres d’évacuation donnés à des villages entiers du Sud-Liban, avec les violations répétées du cessez-le-feu, avec l’extension des zones de combat et la menace d’une occupation durable, une nouvelle étape est franchie. Nous devons le dire clairement : la sécurité d’Israël ne peut pas se construire sur la disparition progressive du Liban du Sud. Elle ne peut pas se construire sur des villages vidés, des familles déplacées, des paysages interdits, des maisons détruites, des routes coupées, des terres rendues inhabitables. Une guerre ne détruit pas seulement des vies. Elle détruit aussi des mémoires. Elle détruit les pierres et les hommes. Elle arrache les habitants à leurs villages, mais aussi les villages à leur histoire. Elle efface des cimetières, des églises, des mosquées, des écoles, des oliviers, des collines, des maisons où plusieurs générations avaient appris à tenir ensemble. Le Liban est un pays de fragile équilibre. Un pays de blessures et de coexistence. Un pays où chaque village porte une part de mémoire, où chaque pierre dit quelque chose d’une présence, d’une foi, d’une famille, d’une langue, d’une patience. C’est pourquoi l’escalade actuelle est si dangereuse. Elle ne menace pas seulement la paix. Elle menace la possibilité même du retour. Car lorsque les villages sont vidés, lorsque les infrastructures sont détruites, lorsque la peur s’installe, lorsque les frontières deviennent des cicatrices ouvertes, ce n’est plus seulement une opération militaire : c’est une dépossession. Nous devons refuser cette logique. Il faut le désarmement du Hezbollah. Il faut la pleine souveraineté de l’État libanais sur son territoire. Il faut le renforcement de l’armée libanaise. Mais il faut aussi qu’Israël cesse les frappes répétées, les incursions, les occupations de fait et les déplacements imposés aux populations civiles. Le droit international humanitaire n’est pas une option. Le cessez-le-feu n’est pas une pause tactique avant la prochaine offensive. Il est une obligation. Une responsabilité. Une ligne à tenir. La France a une responsabilité particulière à l’égard du Liban. Elle doit agir avec ses partenaires européens, avec l’ONU, avec les pays de la région, pour empêcher que le Sud-Liban ne devienne une zone morte, un espace vidé de ses habitants et de sa mémoire. De Gaza au Sud-Liban, la même question nous est posée : acceptons-nous que la guerre redessine les cartes en effaçant les peuples ? Il est temps de dire non à la destruction des vies et à l’effacement des villages. Le Liban doit vivre. Et la paix ne peut commencer que là où les peuples ont encore le droit d’habiter leur terre. Dominique de Villepin ©️ Une boule de feu après une frappe aérienne israélienne sur Tyr, dans le sud du Liban, le 28 mai 2026 (AFP / Kawant Haju).
La disparition d’Edgar Morin nous laisse orphelins d’une voix rare : celle d’un homme qui n’a jamais renoncé à penser l’humanité dans toute sa complexité. Il nous lègue l’espérance d’une politique de civilisation à même de reconstruire un monde effondré. Résistant, sociologue, philosophe, il avait compris mieux que beaucoup que l’avenir ne se bâtit ni dans les certitudes closes, ni dans les simplifications brutales, mais dans l’effort patient de relier ce que notre époque trop souvent sépare : la raison et la poésie, la science et la conscience, la nation et l’humanité, la liberté et la fraternité. À l’heure où le monde cède aux réflexes de peur, de division et d’affrontement, Edgar Morin nous laisse en partage une exigence : ne jamais mutiler le réel pour le rendre commode ; ne jamais renoncer à comprendre l’autre ; ne jamais séparer la lucidité de l’espérance. Il fut un penseur du tragique, jamais du renoncement. Un homme de mémoire, toujours tourné vers l’avenir. Un Français universel. Sa pensée nous ouvre le chemin. Sa voix, si amicale et fraternelle, nous accompagnera longtemps. Dominique de Villepin
On est tenté d’imaginer une bulle de bande dessinée où un homme bâillonné et ligoté sur une chaise se voit sommé par son interrogateur : « Expliquez-vous ! » On voudrait y retrouver l’humour noir, la finesse du trait et la délicatesse du regard de Joann Sfar. Le bâillon ne peut tenir lieu de politique. On n’ouvrira pas Gaza en fermant les portes des lieux de dialogue. Les appels au boycott de Joann Sfar, invité d’un passionnant festival culturel marseillais, « Oh les beaux jours », sont scandaleux et contre-productifs. En excluant du dialogue des artistes engagés pour la paix, même lorsque les désaccords sont bien sûr permis, on contribue en réalité au silence qui règne sur Gaza, la Cisjordanie et le Liban. Il est légitime de s’interroger sur les liens de certaines institutions avec des organisations structurellement liées à l’appareil répressif israélien. Il est légitime de plaider pour des sanctions réelles, ciblées, mesurées pour être efficaces, contre l’État d’Israël et certaines personnalités dirigeantes, y compris à travers la révision de l’accord d’association avec l’Union européenne. Comment, sinon, justifier les multiples sanctions prises contre d’autres pays du monde ? Il est légitime et nécessaire d’exiger que le droit s’exprime en toute liberté et en toute indépendance sur les actes commis à Gaza. Il faut surtout rappeler sans relâche que la bande de Gaza reste soumise à des conditions carcérales et inhumaines. Rien n’est fait pour les deux millions de Gazaouis depuis le prétendu cessez-le-feu. Benjamin Netanyahou annonce que 70 % de la bande de Gaza seront désormais sous contrôle israélien, au risque d’une dépossession toujours plus grande de la population. Les colons déchaînent leur violence contre tout ce qui fait obstacle au projet extrémiste, en Cisjordanie. Mais cibler des personnes, essentialiser les positions, stigmatiser les propos comme on le fait avec l’artiste qu’est Joann Sfar, c’est accorder la victoire à la logique campiste qui a trop souvent réduit au silence la mobilisation en faveur du peuple palestinien, notamment dans les universités. Il est temps de se parler. Dominique de Villepin ©️ Alice au pays des arts. Joann Sfar, Les gagnants.
La France doit aujourd’hui exprimer une solidarité complète avec la Roumanie, frappée par l’explosion d’un drone russe sur un immeuble d’habitation à Galați. Cet événement crée une situation nouvelle qu’on ne saurait ignorer : la guerre menée par la Russie en Ukraine a désormais fait des victimes civiles directes dans l’Union européenne. Même involontaire, cette frappe constitue une escalade inacceptable sur laquelle la Russie doit s’expliquer clairement. Aux Européens de réagir avec fermeté, sang-froid, et clarté pour démontrer une détermination et une solidarité sans faille. Car c’est cela que testent, et testeront encore, les empires résurgents qui nous cernent aujourd’hui : notre capacité à tenir ensemble, à protéger notre territoire commun et à défendre la sécurité de chacun de nos peuples. Dominique de Villepin ©️ Chute d’un drone russe sur un immeuble en Roumanie. | Le Monde.
On ne peut désespérer d’un pays qui garde suffisamment le sens de sa continuité et de sa responsabilité pour redresser des torts vieux de plus de trois siècles. Certes, il y a du symbole dans le vote par l’Assemblée nationale de l’abrogation formelle du Code noir colbertien, de sinistre mémoire, socle fondateur d’un droit colonial qui a fait vivre l’exception, la déshumanisation et le deux poids deux mesures au sein même de l’édifice législatif français. Mais c’est un symbole émouvant qui nous fait vibrer, qui, en rappelant les cicatrices de notre corps national, évoque aussi notre guérison à venir. Nous devons regarder en face le fait que nous n’en sommes encore qu’à la convalescence, que la douleur demeure aiguë parmi nos concitoyens ultramarins. Au moins avons-nous commencé à extirper quelques scories dormantes qui s’y nichaient encore, sans effets juridiques pratiques, mais non sans portée morale, comme la qualification de « biens meubles » appliquée aux personnes réduites en esclavage. C’est aussi un symbole essentiel qui nous révèle le labyrinthe de notre droit, où de mauvaises graines demeurent parfois à l’état de système racinaire. Il est bon d’aérer la terre régulièrement. Les mots comptent. Les gestes comptent. Mais ils ne sauraient nous dispenser d’une politique d’égalité vécue et de liberté réelle dans les Outre-mer, où la mémoire de l’esclavage est si vive, où la persistance des inégalités, comme celle des vestiges sociaux de l’injustice passée, reste aujourd’hui si forte. Il est temps de se mettre au travail. Dominique de Villepin
On ne peut désespérer d’un pays qui garde suffisamment le sens de sa continuité et de sa responsabilité pour redresser des torts vieux de plus de trois siècles. Certes, il y a du symbole dans le vote par l’Assemblée nationale de l’abrogation formelle du Code noir colbertien, de sinistre mémoire, socle fondateur d’un droit colonial qui a fait vivre l’exception, la déshumanisation et le deux poids deux mesures au sein même de l’édifice législatif français. Mais c’est un symbole émouvant qui nous fait vibrer, qui, en rappelant les cicatrices de notre corps national, évoque aussi notre guérison à venir. Nous devons regarder en face le fait que nous n’en sommes encore qu’à la convalescence, que la douleur demeure aiguë parmi nos concitoyens ultramarins. Au moins avons-nous commencé à extirper quelques scories dormantes qui s’y nichaient encore, sans effets juridiques pratiques, mais non sans portée morale, comme la qualification de « biens meubles » appliquée aux personnes réduites en esclavage. C’est aussi un symbole essentiel qui nous révèle le labyrinthe de notre droit, où de mauvaises graines demeurent parfois à l’état de système racinaire. Il est bon d’aérer la terre régulièrement. Les mots comptent. Les gestes comptent. Mais ils ne sauraient nous dispenser d’une politique d’égalité vécue et de liberté réelle dans les Outre-mer, où la mémoire de l’esclavage est si vive, où la persistance des inégalités, comme celle des vestiges sociaux de l’injustice passée, reste aujourd’hui si forte. Il est temps de se mettre au travail. Dominique de Villepin
Raphaël Glucksmann a inventé le candidat à durée limitée. Avant de se déclarer candidat, il veut « réunir sa famille politique ». Cela ne suffit pas. Cela n’est pas à la hauteur du moment. La tâche de chaque prétendant à l’élection présidentielle, c’est de réunir les Français. De réunir, avant l’élection, une majorité, en fixant un cap et une méthode de rassemblement. La gauche est divisée, la droite explosée, et tous ceux qui sont partis trop tôt sont déjà en train de sombrer. Il n’y a qu’une méthode pour réussir : rassembler, rassembler, rassembler. C’est la méthode gaulliste. C’est celle que je choisis. Entretien du 27.05.26 sur @tf1info
Nous connaissons des pics de chaleur qui arrivent de plus en plus tôt dans l’année. Nous avons connu des pics de froid l’hiver et nous en connaîtrons d’autres, de plus en plus forts. Voilà le monde dans lequel nous sommes en train d’entrer. Et pour affronter ce nouveau monde, nous devons revenir à un Etat stratège. Un Etat stratège, c’est un Etat qui anticipe. Qui anticipe dans la durée l’électrification de notre pays. Qui anticipe le développement des usages. Qui anticipe l’adaptation à une époque qui exige de décarboner notre énergie quand nous restons trop dépendants aux énergies fossiles. D’où la nécessité d’un triple pacte national. Un pacte entre producteurs et consommateurs, pour que la facture des Français reflète davantage notre coût de production. Un pacte entre territoires, pour que les territoires producteurs soient reconnus dans leur effort et contribuent à la solidarité avec les territoires qui ne produisent pas. Un pacte entre générations. Parce que ce monde-là est parti pour durer. Les investissements doivent être pensés dans le temps long. C’est cela, un État stratège : prévoir, protéger, investir et faire de la transition énergétique non pas une contrainte subie, mais un projet national partagé. Entretien du 27.05.26 sur @TF1Info
Laissons passer les plus pressés ! Tout le monde se presse pour déclarer sa candidature. Gabriel Attal veut être Jacques Chirac. Pour l’avoir bien connu, je peux témoigner qu’il n’y a rien de Chirac chez Attal. Alors qu’il commence par être lui-même. C’est le premier objectif d’un responsable politique… Édouard Philippe veut une loi d’habilitation référendaire pour gouverner par ordonnances. Ce serait le début d’une mécanique illibérale. Marine le Pen et Jordan Bardella veulent dissoudre et faire passer par referendum la préférence nationale. Alors nous changerions de régime et mettrions à mal la démocratie libérale. Ils se trompent : l’urgence, c’est de prendre le temps. Parce que gagner ne suffit pas, il faut se préparer à gouverner. Et cela veut dire choisir la méthode gaulliste, pour rassembler, patiemment, et composer une majorité capable de sortir par le haut et mettre en place une vision stratégique pour la France. C’est ce à quoi je travaille. Entretien du 24.05.26 sur @BFMTV
C’est une simple silhouette, mais elle dit tant de choses. Un corps étiré, un corps réduit à l’essentiel, un visage presque effacé. Rien d’héroïque, et pourtant une présence, une densité, une vérité. Cet « Homme qui marche », d’Alberto Giacometti, est un homme blessé. Blessé par la marque du siècle. Mais il refuse de s’arrêter. L’homme blessé n’est pas l’homme qui se plaint. C’est l’homme qui sait. Qui a vu. Qui a compris que la vie peut basculer, que les mots peuvent trahir, que la loi peut être détournée. Et cette fragilité n’est pas une faiblesse : elle est une force rare, qui empêche la cruauté de devenir naturelle. Or notre époque propose l’inverse : l’image d’un homme blindé, cuirassé, sûr de lui, qui transforme l’identité en armure et l’armure en glaive. Un homme qui confond empathie et capitulation, vulnérabilité et défaite. L’homme de Giacometti dit le contraire : la vulnérabilité est la condition du lien, l’empathie est une digue. « L’Homme qui marche » est une boussole. Il nous rappelle que la marche est une morale, que la dignité commence par la fidélité au réel. Ne pas transformer nos blessures en glaive, ne pas faire de nos peurs une doctrine, ne pas faire de nos identités une armure. Marcher. Tenir. Et garder, au milieu des tempêtes, la dignité du pas humain, d’un pas gagné. Vidéo complète disponible sur YouTube : https://t.co/O6TGLxdneO
LE CHEMIN GAULLISTE Ne nous y trompons pas. L’élection de 2027 ne sera décidément pas comme les autres. Cette élection portera sur le sens même de la démocratie. Sur l’âme de nos institutions libérales : l’Etat de droit d’abord ; le parlementarisme ensuite ; la liberté académique, serais-je tenté d’ajouter, même si c’est moins usuel dans nos cours de droit public. Notre démocratie libérale est désormais menacée de trois côtés. Nous sommes en effet directement menacés par l’illibéralisme qui, s’il conquiert le pouvoir, pourrait faire basculer les institutions. Les exemples de pays amis et voisins nous enseignent la hauteur de ce risque et la part d’irréversibilité qui y est attachée. Les garde-fous de l’Etat de droit et du contrôle de constitutionnalité y sont conçus comme des limites intolérables à l’absolutisme majoritaire. Le Rassemblement national propose ainsi le contournement de la Constitution par lerecours direct à l’article 11 pour faire adopter par référendum la préférence nationale, contraire aujourd’hui à notre Constitution. Le référendum ne serait plus l’instrument d’un arbitrage démocratique, mais le levier d’un changement de régime, fût-il subreptice. Côté engagements internationaux le RN envisage de sortir de la Cour Européenne des Droits de l’Homme au nom d’un souverainisme juridique simpliste qui cache mal une volonté de s’affranchir des garanties des libertés individuelles. Dans le même temps, les universités seraient mises au pas par la répression de l’exécutif. Nous sommes menacés, d’un autre côté, par le chaos et l’instabilité d’un hyperparlementarisme livré aux égoïsmes partisans. C’est le cas depuis deux ans. Cela pourrait être le cas de la prochaine Assemblée, car tout indique que la fragmentation du pays se poursuit au lieu de se réduire. Un regard sur l’état de la gauche hors LFI suffit à nourrir les plus vives inquiétudes pour la capacité de rassemblement à l’avenir. Nous sommes menacés enfin par ce que j’appellerais l’indifférentisme constitutionnel de ceux qui sont prêts à renoncer au parlementarisme par convenance de communication ou de circonstance. Ils semblent croire à l’homéopathie en matière d’autoritarisme. Une petite dose de poison autoritaire nous guérirait du mal. Suspendre le cours normal de la démocratie ce serait, à les entendre, le moyen de rétablir la démocratie. Ou alors, pour d’autres, il faut renoncer à l’Etat de droit ou encore au droit international. Pourvu qu’on renonce. Je veux le dire clairement, une loi d’habilitation à légiférer par ordonnances accordée par référendum, quand bien même elle serait jugée admissible par le Conseil Constitutionnel, dès lors qu’elle ne serait pas strictement limitée à un domaine précisément circonscrit, représenterait un changement de régime. Ce serait la négation pure et simple des droits du Parlement et l’entrée dans un gouvernement par décret comme la France n’en a jamais connu en République. Certaines constitutions ont connu ces dispositifs, celle de Weimar avec les décrets-lois de l’article 48 dont abusait le président Hindenburg. Voilà le double péril qui menace 2027 : l’autoritarisme de procédure chez ceux qui veulent gouverner par ordonnances ; l’autoritarisme identitaire chez ceux qui veulent faire prévaloir, par plébiscite, une hiérarchie des droits entre les Français, les étrangers, les binationaux et les résidents. Dans un cas, on demande au peuple d’autoriser le gouvernement à se substituer temporairement au Parlement. Dans l’autre, on demande au peuple de placer au-dessus des garanties constitutionnelles ordinaires une préférence nationale qui bouleverserait l’égalité devant la loi, les droits fondamentaux et nos engagements européens et internationaux. Dans les deux cas, le Parlement devient l’obstacle à neutraliser. Dans les deux cas, l’État de droit devient une contrainte à desserrer. Dans les deux cas, la souveraineté populaire est invoquée non pour renforcer la démocratie, mais pour affaiblir ses contrepoids. Certains veulent habiller ces renoncements du nom du gaullisme. Ils se trompent lourdement. Le gaullisme, c’est le rétablissement du parlementarisme raisonné dans tous ses droits au moment même où des circonstances exceptionnelles concourent à rendre possible la rupture de continuité des institutions démocratiques. Le gaullisme, c’est l’interrupteur de catastrophe. En 1940, il refuse le renoncement, assurant par une rupture apparente une continuité profonde de l’esprit républicain. En 1944, il rétablit la plénitude de la légalité et défend la République renaissante des tentations du moment. En 1958, il refuse de recevoir le pouvoir de l’armée ou des insurgés, mais il l’accepte de la main des parlementaires, pour le leur rendre à peine quelques mois plus tard. Il serait bon de nous souvenir, avec Pierre Mendès-France, que « l’amour de la démocratie est d’abord un état d’esprit. » Nous traversons aujourd’hui, en effet, des circonstances exceptionnelles qui mettent en cause la stabilité de notre pays. Nous faisons face à nouveau à la perte de repères des élites sociales et politiques et au défaitisme. Le seul projet qui vaille aujourd’hui c’est de rétablir des institutions fonctionnelles et dignes de confiance. Il est peut-être temps que nous nous parlions en adultes. Il est peut-être temps que nous raisonnions en termes de scénarios, pas de fantaisies. D’autant que j’ai la conviction qu’il y a un chemin pour sortir du chaos politique des deux dernières années et, fort heureusement, c’est le même chemin que pour sortir des vingt années d’affaissement présidentiel et étatique dont nous héritons. Ce chemin passe par le rassemblement, l’autorité, la loyauté et le réalisme constitutionnel. J’entends par là une forme de loyauté à l’intention originelle des auteurs de la Constitution, aux équilibres qu’ils ont su trouver et au sens des outils dont ils ont doté l’exécutif. Ma conviction ne naît pas de nulle part, elle naît de l’Histoire et de 1958. La Ve République est née de la prescience des circonstances exceptionnelles qui exigent qu’un régime, tombé dans l’instabilité, dispose d’un certain nombre de coupe-circuits, d’un garant ultime de la continuité des institutions et de la Nation. Pour pouvoir jouer ce rôle, le président de la République doit se placer au-dessus des partis, et au-dessus de l’exercice quotidien des politiques gouvernementales. La clé de la présidence gaullienne, c’est l’autorité en temps de crise, la retenue par temps calme. Le président, dans l'esprit de 1958, n'est pas le chef d'un camp, encore moins le porte-drapeau d'une majorité de circonstance, mais l'arbitre, au sens le plus exigeant du terme. Il se tient au-dessus des partis sans se croire au-dessus des Français. Il parle peu pour être plus écouté. Il est le dernier recours plutôt que le premier réflexe. Le général de Gaulle parlait d'un « guide » et d'un « recours » ; ces deux mots disent tout. Guide quand le cap se brouille, recours quand les institutions vacillent. La clé de la présidence demeure la maîtrise du temps. Les compétences exceptionnelles fonctionnent suivant la logique de la riposte graduée et du dernier recours. Elles doivent permettre de redonner, de façon en quelque sorte mitterrandienne, du temps au temps. Il faut accompagner la sortie de crise. Tous ceux qui proposent des remèdes instantanés ne comprennent pas la nature de nos institutions. Ils brusqueront le pays et n’auront, à la fin, qu’ajouté l’illégitimité à l’impuissance. Organiser des référendums en même temps que l’élection législative, c’est multiplier les occasions d’être désavoué et c’est, assez curieusement, assumer par avance la conviction de l’être. Que se passera-t-il si l’Assemblée n’a pas le visage requis et les référendums se soldent par le pouvoir de dire non ? C’est être condamné dès le mois de juin à ne plus qu’inaugurer les chrysanthèmes. C’est se croire de Gaulle et n’être que Coty. Le président ne peut pas tout, mais il peut beaucoup. Ses compétences exceptionnelles sont au nombre de six, et elles vont de la plus ordinaire à la plus extraordinaire. La première, c’est l’adresse à la nation, qui doit rester aussi solennelle et exceptionnelle que possible, mais qui est devenue un rendez-vous régulier avec les derniers présidents, au risque du bavardage. Viennent ensuite : la convocation de l’Assemblée nationale et du Sénat en Congrès pour s’adresser à lui ; la signature des ordonnances, notamment en matière budgétaire, si aucun projet de loi de finances n’a été voté dans les temps ; la dissolution de l’Assemblée nationale et la convocation de nouvelles élections ; la convocation d’un référendum sur un ensemble de questions limitées par l’article 11 et l’article 89 de la Constitution. Viennent enfin les pouvoirs exceptionnels selon l’article 16, réservés à des situations de crise aiguë et ouverte où le fonctionnement même de l’Etat est en danger, sous le contrôle du Conseil Constitutionnel. Il n’est pas question de les utiliser aujourd’hui, mais dans les temps de crises internationales que nous traversons, il me semble conseillé de choisir un président dont on soit sûr qu’il en ferait bon usage en cas de nécessité. Prenons les choses dans l’ordre. Que se passerait-il si un président gaulliste, de quelque parti qu’il vienne, était élu ? Son but doit être de manifester de la capacité de décision collective dans le pays. Il doit se faire facilitateur partout où il le peut. Son premier acte doit être de nommer immédiatement un nouveau gouvernement provisoire de la République pour rétablir, dans les conditions d’instabilité que nous connaissons, un pouvoir exécutif effectif, sans demander le vote de confiance à l’Assemblée. Il s’agit de choisir un nombre restreint de figures respectées, issues soit de la haute fonction publique, et notamment de l’armée qui est un vivier majeur de personnalités de talent et de dévouement, soit de fonctions de directions dans la société civile, pour occuper la dizaine de ministères qui ont sous leur autorité une véritable administration. Un gouvernement régalien de la République composé de ministres chargés de l’intérieur, de la défense, des affaires étrangères, des finances, de l’éducation, de la santé, de la justice, de l’industrie et de l’énergie, du travail, de la culture notamment. Il gouvernera au mieux des intérêts des Françaises et des Français en usant de toute l’étendue de son pouvoir réglementaire. Son deuxième geste doit être de réunir pour la première fois, de façon informelle, le Conseil des territoires, réunissant les treize présidents de régions métropolitaines et les présidents des collectivités d’outre-mer, pour ébaucher avec eux un grand plan de transformation territoriale appuyé sur les besoins et les demandes des territoires eux-mêmes et asseoir une méthode : rationalisation des compétences, engagement sur un cadre budgétaire pluriannuel, et contractualisation du partenariat Etat-régions. Son troisième geste doit être de convoquer une conférence sociale, préparée par une commission des sages, consacrée à la réforme des retraites, pour montrer que le dialogue social reprend sur de nouvelles bases, rendues crédibles par la perspective d’étapes clairement définies ; une convention citoyenne pour arbitrer les éléments législatifs qui dépassent le cadre du système de répartition strict, notamment les enjeux démographiques ; un débat parlementaire sera annoncé pour enrichir ces propositions, sans pouvoir bloquer le processus, et, en cas de besoin, dix-huit mois après le début de ce processus, un référendum viendrait nous libérer pour une génération au moins de cette pomme de discorde perpétuelle. Parce qu’un référendum c’est un point d’aboutissement, pas un point de départ. Ces chantiers lancés, vient alors la quatrième tâche, la plus complexe, s’adresser à une Assemblée qui s’est perdue dans les querelles partisanes. Le réflexe ne peut être de dissoudre pour dissoudre, car les électeurs infligeraient la même leçon qu’en 2022 et en 2024. Et, je le redis, la présidence serait terminée avant même de commencer, car la chambre tripartite pourrait alors revendiquer davantage de légitimité que le président tout juste élu. Convoquant les députés avec les sénateurs à Versailles, il les mettra face à leurs responsabilités, individuelles, en leur âme et conscience et au-delà de leurs appartenances partisanes : formez un accord de gouvernement sur les deux sujets essentiels pour l’avenir de la France : une trajectoire pluriannuelle de maitrise des déficits et de la dette sur laquelle ils seront solidairement engagés ; un plan de souveraineté industrielle, numérique et énergétique, préparant l’avenir de nos forces productives, notre décarbonation et une réponse souveraine, sûre et sobre au défi de l’IA générale; Au président de fixer les objectifs, aux députés de formaliser entre eux un accord de coalition susceptible d’y répondre. Un vote de confiance sera exigé pour cimenter ce pacte avant début juin sur lequel le scrutin sera public. Il est important que les parlementaires soient engagés non au titre de leur groupe mais bien de leur opinion personnelle, en leur âme et conscience. Si l’Assemblée échoue à y parvenir, l’égoïsme des partis portera l’entière responsabilité de la dissolution qui suivra et conduira à organiser une élection législative avant le 14 juillet. Aux Français alors de choisir, mais au moins pourront-ils le faire en disposant des positions des différents partis sur ces deux questions, ainsi que de celle du député sortant de leur circonscription. Cela conduirait à trois issues possibles. Une majorité présidentielle et la Ve rentre dans son lit. Si une majorité d’opposition se dessine, la Ve reviendra à son mode de cohabitation, avec lequel nous avons appris à vivre. Si la tripartition se poursuit, et c’est le scénario le plus probable car les réalités politiques ne disparaissent pas par enchantement, alors le président offrira à nouveau un délai d’un mois pour former un gouvernement viable, en chargeant, comme Emmanuel Macron aurait dû le faire en 2024, le chef du premier bloc électoral à l’Assemblée de former un gouvernement en moins de quinze jours, avec une majorité susceptible d’accorder un vote de confiance. C’est cela le respect du Parlement. Si celui-ci échoue, le Président prendra les principaux groupes par ordre décroissant et passera le même pacte avec eux. A l’issue de l’été, les Français auront gagné un trésor politique inestimable : la clarté sur les intentions de tous les acteurs, qui auront dû exprimer la loyauté de leurs opinions devant les Français. A ce moment, après tant de querelles et d’impasses, je veux croire que les institutions seront revenues à la raison, les pouvoirs à leur équilibre. Si l’instabilité persistait, il reviendrait alors au Président d’offrir une béquille au Parlement pour rendre possible la réforme et la législation. Il aurait alors la tâche d’en appeler directement aux citoyens par la voie du référendum quand ce sera nécessaire. Plusieurs fois par an si cela s’impose, inaugurant une nouvelle forme provisoire de présidence en interprétant le plus largement possible la compétence référendaire, dans la stricte continuité de l’interprétation de l’article 11 posée par le Général de Gaulle. L’une de ces réformes devrait être le caractère systématique du vote de confiance de l’Assemblée, mais également l’encadrement de la censure du gouvernement par une motion de défiance constructive conditionnant tout renversement d’un gouvernement à la présentation d’un gouvernement alternatif réputé investi si la motion est adoptée. Le gaullisme, ce n’est pas une idéologie, c’est une méthode. C’est le sens du temps et de l’Histoire. C’est une approche du pouvoir faite de retenue et de prudence, toujours respectueuse des profonds équilibres de notre vieille nation et des grands principes qui ont fortifié son histoire. Alors soyons à la hauteur de la promesse de démocratie et de liberté qu’incarne le parlementarisme raisonné. Dominique de Villepin ©️ Conférence de presse du général de Gaulle à l’Élysée dans les années 1960. Probablement une image d’archive AFP/Gamma/Getty.
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Le 28 mai prochain, je serai à Périgny, en Charente-Maritime, pour vous rencontrer, échanger, dialoguer. Ce rendez-vous sera l’occasion d’écouter vos attentes et de répondre à vos questions. Un « Village Humaniste », associant les commerçants et acteurs associatifs locaux, accompagnera cette rencontre citoyenne. J’ai hâte de vous y retrouver. Dominique de Villepin Lien d’inscription : https://t.co/spNzSaKjmx 📸 Julien Lienard
Le 28 mai prochain, je serai à Périgny, en Charente-Maritime, pour vous rencontrer, échanger, dialoguer. Ce rendez-vous sera l’occasion d’écouter vos attentes et de répondre à vos questions. Un « Village Humaniste », associant les commerçants et acteurs associatifs locaux, accompagnera cette rencontre citoyenne. J’ai hâte de vous y retrouver. Dominique de Villepin Lien d’inscription en bio. 📸 Julien Lienard
Le 28 mai prochain, je serai à Périgny, en Charente-Maritime, pour vous rencontrer, échanger, dialoguer. Ce rendez-vous sera l’occasion d’écouter vos attentes et de répondre à vos questions. Un « Village Humaniste », associant les commerçants et acteurs associatifs locaux, accompagnera cette rencontre citoyenne. J’ai hâte de vous y retrouver. Dominique de Villepin Lien d’inscription en bio.
Le « non » d’Olympe de Gouges est un cri qui résonne encore aujourd’hui. Aux révolutionnaires français, elle ne réclame rien d’autre que la cohérence. « La liberté ou la mort », dites-vous ? « L’égalité », dites-vous ? La dignité ? Oui, mais pour les femmes aussi ! Refusant de consentir à l’effacement, Olympe de Gouges rappelle que les humiliations sociales, raciales et juridiques sont les manifestations d’un même ordre qui distribue inégalement la dignité. Pour elle, la dignité n’a pas à demander la permission, et la justice commence par le refus de vivre sous l’assignation. Dans sa Déclaration, elle pose cette question crue : pourquoi l’échafaud est-il ouvert aux femmes, mais pas la tribune ? Une société n’est pas juste lorsqu’elle choisit ses humiliés. Voilà ce que nous apprend le « non » d’Olympe de Gouges. Voilà ce qui doit nous tenir lieu de leçon pour aujourd’hui. Son exécution est le prix d’avoir occupé un lieu que l’ordre politique et symbolique lui interdisait, car la Révolution supporte mal qu’on lui tende son propre miroir. L’enseignement ultime demeure ce devoir de résistance face à un humanisme du deux poids deux mesures : la liberté ment lorsqu’elle oublie d’inclure. Olympe de Gouges est de celles qui empêchent les grandes paroles de dormir tranquilles, nous sommant d’aller jusqu’au bout de nous-mêmes.
La paix a perdu un de ses militants les plus décidés et intrépides. Ofer Bronchtein nous a quittés. Pendant près de sept décennies, il a défendu l’idée simple et pourtant vitale d’une paix des peuples, d’une paix à égalité entre deux Etats, entre Palestiniens et Israéliens. Son idéal lui survit. Il renaîtra, car d’autres voix prendront son relais et feront vivre sa mémoire, son courage, sa vision. Même aux heures sombres que traverse la région, où tout espoir semble fou, où les principes les plus simples de justice, de droit, d’humanité sont foulés aux pieds quotidiennement, où la guerre semble devoir s'embraser à nouveau et sans cesse, à Gaza, en Cisjordanie, au Sud-Liban, Ofer Bronchtein nous laisse cet héritage indispensable : savoir qu'un jour la paix apparaîtra dans toute son urgence et toute sa nécessité. Dominique de Villepin ©️ Mathias Benguigui/Pasco and co
Une liste noire ? Vraiment ? Délit de lèse-majesté, délit d’opinion ou délit de mutinerie culturelle : du livre au cinéma, l’empire Bolloré contre-attaque. Quand le premier financeur du cinéma français laisse entendre qu’il ne travaillera plus avec des artistes, producteurs ou techniciens parce qu’ils ont signé une tribune critique, ce n’est plus seulement une querelle professionnelle. C’est un signal d’alarme démocratique. La culture française ne peut pas vivre sous surveillance. Elle ne peut pas dépendre du bon plaisir d’un actionnaire, d’un groupe, d’un pouvoir économique ou idéologique. Elle est faite d’irrévérence, de liberté, de désaccords, d’expériences, de voix discordantes. La création commence précisément là où l’obéissance s’arrête. Après la presse, l’édition, la télévision, la radio, voici le cinéma sommé de rentrer dans le rang. À cette vitesse, ce n’est plus une bataille sectorielle : c’est une bataille pour l’imaginaire français. Alors oui, il est temps que l’alliance rebelle s’organise : artistes, auteurs, producteurs, techniciens, libraires, éditeurs, journalistes, spectateurs, citoyens. Tous ceux qui croient que la culture n’est pas une annexe de la puissance financière, mais un bien commun de la Nation. 2027 sera aussi le rendez-vous de la culture française. Car une France qui laisse mettre au pas ses créateurs est une France qui renonce à parler librement au monde. Dominique de Villepin ©️ Détail de l’oeuvre sur toile de Francis Bacon. “Étude d’après le portrait du pape Innocent X de Velázquez”, 1953.
Une liste noire ? Vraiment ? Délit de lèse-majesté, délit d’opinion ou délit de mutinerie culturelle : du livre au cinéma, l’empire Bolloré contre-attaque. Quand le premier financeur du cinéma français laisse entendre qu’il ne travaillera plus avec des artistes, producteurs ou techniciens parce qu’ils ont signé une tribune critique, ce n’est plus seulement une querelle professionnelle. C’est un signal d’alarme démocratique. La culture française ne peut pas vivre sous surveillance. Elle ne peut pas dépendre du bon plaisir d’un actionnaire, d’un groupe, d’un pouvoir économique ou idéologique. Elle est faite d’irrévérence, de liberté, de désaccords, d’expériences, de voix discordantes. La création commence précisément là où l’obéissance s’arrête. Après la presse, l’édition, la télévision, la radio, voici le cinéma sommé de rentrer dans le rang. À cette vitesse, ce n’est plus une bataille sectorielle : c’est une bataille pour l’imaginaire français. Alors oui, il est temps que l’alliance rebelle s’organise : artistes, auteurs, producteurs, techniciens, libraires, éditeurs, journalistes, spectateurs, citoyens. Tous ceux qui croient que la culture n’est pas une annexe de la puissance financière, mais un bien commun de la Nation. 2027 sera aussi le rendez-vous de la culture française. Car une France qui laisse mettre au pas ses créateurs est une France qui renonce à parler librement au monde. Dominique de Villepin ©️ Détail de l’oeuvre sur toile de Francis Bacon, 1953. “Étude d’après le portrait du pape Innocent X de Velázquez”.
Quatrevingt-treize, de Victor Hugo, n’est pas seulement un grand roman historique : c’est un grand livre sur la conscience. Au cœur de la guerre civile de 1793, Hugo refuse l’opposition facile entre les « bons » et les « méchants ». Il fait de ce moment une tragédie morale, où chacun peut être à la fois admirable et terrible. Et je crois qu’en 2026, accepter cette nuance et ce refus du manichéisme ne peut que nous aider à retrouver les chemins du rassemblement. De ce drame, trois leçons s’imposent. La première : la politique devient dangereuse quand elle transforme l’adversaire en monstre, car dès que le visage disparaît, tout devient possible. La deuxième : la justice sans pitié devient une autre injustice, car la pureté peut devenir une cruauté, et l’on peut tuer au nom du bien. La troisième : la pitié n’est pas une faiblesse, mais une force plus haute que la force, celle de refuser l’inhumain même quand l’époque l’exige. En 2026, dans un monde de polarisations et de radicalités, Hugo nous avertit : on peut croire sauver un pays en perdant son âme. La vraie victoire est plus difficile : c’est celle qui maintient une limite. Lire Hugo aujourd’hui, c’est apprendre à tenir ensemble ce que l’époque voudrait séparer : la fermeté et la nuance, le courage et la mesure, l’action et la conscience. Une République ne se juge pas seulement à sa puissance, mais à sa capacité à rester humaine au cœur de la tempête. L’humanité encore, l’humanité toujours !
Que retenir de la rencontre entre Xi Jinping et Donald Trump ? Tout, ou presque, est une affaire de tables. D’abord, quand on n’est pas à la table, on est au menu. Mark Carney a eu raison de le rappeler en janvier dernier. Sur l’Intelligence artificielle, les signaux timides, mais novateurs envoyés par Washington et Pékin autour de la recherche commune de garde-fous témoignent d’une prise de conscience de l’accélération de la puissance intrinsèque de l’IA, qui finit par être un danger même pour les puissances qui croyaient la dominer. Les apprentis sorciers commencent à s’inquiéter. Claude Mythos, le modèle d’IA d’Anthropic si puissant en codage qu’il menaçait de s’engouffrer dans toutes les failles de cybersécurité des grandes banques, est passé par là. Mais, pour nous Européens, l’anarchie internationale mâtinée de loi du plus fort que prônent, au fond, les Etats-Unis comme la Chine est à peine pire qu’un condominium sino-américain de l’IA qui viserait nécessairement à faire de l’Europe une colonie numérique dans un grand Yalta technologique dont elle serait absente. Il est urgent de bâtir un cadre européen de déploiement d’une IA de confiance : souveraine, sûre et sobre. Souveraine face au défi géopolitique. Sûre face au défi cognitif. Sobre face au défi environnemental. Ces trois défis sont existentiels. Il revient aux Etats européens volontaires de mobiliser ensemble l’investissement de départ pour des projets de rupture, dont ils seraient cofondateurs, et de fournir des capacités de calcul indispensables : l’énergie, les centres de données, les infrastructures critiques. Et pour commencer, engageons les moyens de la France qui dispose, avec son parc nucléaire et hydraulique, d’une électricité bon marché, stable et provisoirement en surcapacité. C’est cela le grand projet de rassemblement qui doit être au cœur du débat présidentiel dès aujourd’hui. Deuxième leçon, à cette table-là, être à table, c’est encore trop souvent être un homme. Quelle image stupéfiante que ces délégations face à face de part et d’autre d’une immense table – sans une seule femme appelée à peser sur la décision. Les femmes ne peuvent plus être reléguées au décor, au protocole ou au service. Il est temps que la puissance cesse de se donner le visage de l’entre soi masculin et de laisser rimer impérialisme et masculinisme. Comme il est singulier de constater encore ces pratiques d'un autre âge, trente et une années après l'adoption par 189 États de la Déclaration et d'un programme d'action de Pékin, considéré depuis 1995 comme le plan le plus progressiste et visionnaire au sujet de l'avancement des droits de la femme. D'après les chiffres les plus récents d'ONU femmes, seuls 28 pays comptent des femmes à la tête d'un État ou d'un gouvernement. Elles ne représentent que 27,4% des parlementaires et 22,4% des ministres à l'échelle mondiale. Ceci témoigne d'un préoccupant recul de leur représentation au sein de la gouvernance mondiale. Il est temps que les choses changent radicalement. La France devrait lancer une initiative avec les Etats européens volontaires permettant d’avancer vers la parité dans les réunions et les négociations internationales, incluant bien entendu les sujets régaliens. Troisième leçon, c’était un buffet à volonté et pas un plat du jour : le Moyen-Orient, l’Iran, Hormuz étaient les grands absents d’une cérémonie qui rappelait davantage les grands rituels impériaux propitiatoires de la Chine ancienne, que la diplomatie les mains dans le cambouis qu’exige un temps de crise. Car pendant que l’on multiplie les gestes et les photos, nous glissons, jour après jour, dans la pénurie de pétrole, alors qu’une part majeure des flux énergétiques mondiaux reste piégée dans le Golfe persique. Bref, il faut retourner la table. Et c’est à l’Europe de montrer qu’elle peut assumer une autre forme de leadership : non pas un leadership de domination, mais un leadership des biens communs globaux. Non pas la loi du plus fort, mais la sécurité, la stabilité, la souveraineté partagée et le droit international. Dominique de Villepin